Vertières: 215 ans après

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Depuis quand 18 Novembre et même 18 mai se célébraient nécessairement au Cap-Haïtien et à l’Arcahaie au point de considérer comme une mise en échec l’absence des dignitaires de l’Etat venus de Port-au-Prince en ce jour?

J’ai grandi sous François Duvalier qui ne quittait jamais le Palais National que pour se rendre en inspection.

Le 18 mai les élèves étaient contents de se diriger sur la pelouse du Palais National pour participer au défilé des écoliers qui commençaient à exécuter des morceaux artistiques d’une cohérence extraordinaire. Les discours se faisaient à partir du péristyle monté en la circonstance par des ingénieurs d’art. C’était beau et propre. Bien décoré.

C’était pareil pour le 18 Novembre. Une parade militaire était organisée sur la pelouse du Palais National avec deux ou trois bataillons: un de la Garde Présidentielle et l’autre des Casernes Dessalines et un peu plus tard un bataillon melting-pot qui réunissait des Corps d’élite comme celui des Léopards rejoint par des Cadets en formation et des autres camps d’entraînements. Certaines années la parade était rejointe par les VSN. Eux tous formaient la garnison de la grande parade après le protocole d’usage.

Ai-je dit protocole ? Nous avions des Chefs de Protocole qui contrôlaient aussi bien la tenue des invités ordinaires que celle des hôtes d’Honneur.

Un seul discours était programmé en ce jour: celui du Chef Suprême et Effectif. Ce message s’appelait l’Ordre du Jour que délivrait lePrésident de la République aux Officiers, sous-officiers et soldats. Il y avait des citations à l’ordre du jour et des décorations. Par exemple, ce policier de l’USGPN baigné dans son sang le 17 Octobre qui a reçu un coup de pierre en plein milieu de la tête serait décoré. L’homme assurait la sécurité présidentielle. Il est resté impeccable comme un robot dressé pour faire une besogne. Il s’est assuré que le Président de la République quitta sain et sauf. C’est un ancien militaire qui forma le premier contingent de l’Unité de Sécurité Générale du Palais National. Il nous fait penser que Capois-la- Mort n’était pas une simple légende.

Parmi les exercices auxquels on avait droit le 18 Novembre, des Hélicoptères faisaient descendre dans des cordes sur la pelouse du Palais National des hommes en tenue de combat, mitraillettes au dos, en quantité suffisante pour électriser la foule et peut-être effrayer. Ils avaient reçu leur entraînement de militaires israéliens et américains enconjonction.

Je dis qu’ils faisaient peur puisque les chasseurs à réaction de marque italienne SIAI-Marchetti ( quatre au total ) achetés par Duvalier qui décollaient de l’aéroport militaire de Bowenfield nous avaient valu une pluie de protestations de la République voisine. Ils étaient 7000 Officiers, Sous-Officiers et soldats, la Police incluse, ils étaient euxde l’autre côté de la frontière 70000 au moins, mais ils avaient peur de nos troupes. Et nos frontières étaient bien gardées et respectées. Les militaires dominicains ne peuvent pas passer un jour sans manger, les militaires haïtiens pouvaient vivre dans les bois de sangliers et d’ignames sauvages, ils donnaient des résultats.

À la chasse des rebelles ils franchissaient les frontières de Juan BOSH et dans leurs fougues de jeunes officiers endoctrinés etélectrisés ils croyaient qu’ils pouvaient entrer jusqu’à la Capitale à la poursuite des terroristes parce qu’à l’époque ils étaient armées aussi de fortes notions sur la psychologie de l’adversaire…

Bref nous avions une petite armée qui célébrait Vertières avec son peuple et fiers de cette symbiose. Malheureusement cette armée a disparu dans les méandres des rivalités politiciennes parce que les militaires étaient entraînés pour vivre loin de la politique sous François Duvalier. Et quand Jean-Claude Duvalier leur a remis ou confié le pouvoir parce qu’aucune structure civile n’était prête pour exercer la position du Chef Suprême etEffectif ou Chef du Pouvoir Exécutif, l’armée avait déjà franchi le Rubicondans le cheminement qui devait conduire à sa disparition.

Un officier comme le général Raoul Cedras n’était pas un politicien et n’était pas fait pour commander. C’était un officier d’Etat-Major bien entraîné qui avait auparavant le Commandement ou faisait partie d’un groupe d’unité d’élite chargée de la sécurité du président de la République en dehors de la chaîne habituelle de Commandement de la Garde présidentielle. Cette unité avait été mise sur pied sur la recommandation de nos services de renseignements tout de suite après l’assassinat du président Sadate par un groupe d’hommes armés qui avaient infiltré l’armée régulière à l’occasion d’un défilé militaire d’une parade et exécutèrent leur morceau avec brillo.

L’année dernière, c’est à la demande de l’Etat-Major de la Police que le Président de la République décida d’organiser la parade du 18 Novembre, au Cap-Haïtien. Les membres de l’Etat-Major flattaient le bas instinct du Président pour lui faire comprendre comment il était aimé des Capois et comment ils seraient heureux de célébrer la remobilisation des ForcesArmées dans le Nord. J’ai lu l’hypocrisie sur le visage du Commandant de la DCPA d’alors qui fut appuyé dans son numéro par son Directeur Général tout naturellement et par le Président du CSPN, notre cher et tendre Premier.

Le Président capitula en faveur du Cap-Haïtien. Quelques jours plus tard, quand nous ne pouvions plus faire marche arrière dans l’organisation de la parade civilo-militaire les mêmes hommes de la Police faisaient courir le bruit que les Capois n’acceptaient pas la ré mobilisationdes Forces Armées comme s’il revenait à eux et à leurs acolytes de décider du destin de ce pays comme les 6, 7 et 8 juillet 2018.

Finalement le Président a été à Vertières. Mais après Vertières il a dû se déshabiller et ensuite se rhabiller pour participer aux cérémonies du jour tellement cette place historique était en piteux état d’accueil.

Cette année après l’incartade de Moïse Jean-Charles, un bouffon érigé en leader ou improvisé comme tel et qui après sa sortie sur scène ne croit pas qu’il vivait juste un épisode, le pèlerinage à Vertières n’aura pas lieu. Ce pèlerinage du 18 Novembre commença à prendre corps après la destitution de l’armée. Mais on a toujours compris que le Capois n’était pas fier de ce Monument si mal gardé. Il fallait une huitaine de jours de nettoyage pour rendre cette visite possible par le Chef de l’Etat à cause des insalubrités qui jonchaient l’espace chaque fois qu’arriva le moment de la célébration de cet anniversaire dont l’écho a dépassé nos frontières, comme si l’ordre de nettoyage de ce monument qui fait l’honneur des Capois et de la nation toute entière devait venir du Palais National.

Dans les récentes années il en a été encore pareil, que le Chef de l’Etat soit un fils du Nord ou quelqu’un d’autre. C’est que ce monument, inondé d’excréments de toutes sortes ( humaines compris) n’intéresse pas les Capois. Ils n’en sont pas si fiers qu’on le penserait . Il faut de plus en plus déplacer ce site au MUPANAH où dorment, respectueusement, les pères de la patrie. Comme dorment les grands transférés dans un Panthéon. Peut-être qu’à côté du Palais, quelqu’en soit le locataire, les bandits ne pourront pas y accéder.

Ayibobo! Qu’on en finisse

Yves Germain Joseph

 

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