Tourisme durable : Comment le Sud peut inventer son avenir ?

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Saut Mathurine

Le texte ci-après de l'ancien ministre des Travaux publics, Transports et Communications (TPTC), Frantz Verella, sera publié en plusieurs parties. Veuillez trouver dans ce numéro la première partie.

Le tourisme dans le Sud du pays dispose d’un potentiel économique fort qu’il s’agit aujourd’hui de mettre en valeur pour faire de cette région  comme dans le tableau de Prefet Duffaut « un jardin posé sur la mer ». Le tourisme  pourrait ainsi être un levier fort de croissance économique et de création d'emplois ; mais, il est en perte de vitesse dans la région même si le Sud d’Haïti reste un diamant à l’état pur qu’il faut retirer d’un sac de charbon et le ciseler sans se salir les mains.  En effet, les nombreux rapports récents consacrés à son attractivité mettent l’accent sur deux   points:

 Le manque de vision stratégique des espaces dédiés au développement touristique, l’anticipation insuffisante en matière de planification territoriale, et la nécessité de mieux prendre en compte l’économie touristique et ses liens avec l’économie  du territoire où ces projets touristiques vont prendre formes ;

l’incapacité manifeste de l‘état déconcentré et des municipalités à assurer une gouvernance effective du territoire particulièrement face aux risques.

La composante  « tourisme » de tout projet de développement de la région doit donc être définie à partir des orientations d’aménagement et de développement de l’offre  fixées dans une stratégie touristique locale  sur la base d’un choix de positionnement marketing. Les plans d’urbanisme doivent donc être élaborés en tenant compte du tourisme comme secteur économique  à part entière en se basant sur cette stratégie touristique locale. Comme celle ci n’existe pas, dès lors, les opérations d’hébergements touristiques marchands structurantes doivent faire l’objet d’une réflexion spécifique  dans la définition des opérations d’aménagement pour en déduire  les effets induits par un développement touristique .

La question du développement de l’hébergement marchand doit donc  être abordée de manière globale. La réflexion sur l’attractivité de la région doit porter d’abord sur la qualité du cadre urbain environnant (bâti et non bâti). Un travail sur l’image des villes cœurs devrait être mené par les collectivités, qui peuvent prévoir par exemple des actions de requalification des espaces publics (front de mer, circulations douces internes, place centrale…), des actions sur les façades (ravalements) et des opérations de rénovation de l’immobilier et l’aspect extérieur des constructions, sur la protection du patrimoine paysager ou urbain. Cette réflexion doit porter également sur les moyens que la collectivité est en mesure de mettre en œuvre pour favoriser l’implantation de nouveaux hébergements ou la rénovation d’hébergements existants. La collectivité peut par exemple intervenir en amont, en réalisant un programme d’équipements publics adaptés (moyens de communication, centre multimédia, réseaux d’assainissement, réseaux d’énergie, stationnement, équipements sportifs, etc.).

Cette réflexion  doit en plus s’inscrire dans ce qui fait cruellement défaut dans le projet de tourisme côtier durable financé par la BID : un schéma de cohérence territoriale (ce qui est différent de la stratégie de Développement Grand Sud). Ce document porteur d’une vision intégratrice des problématiques d’urbanisme, de déplacements, de démographie et d’habitat, devrait être le cadre privilégié pour accompagner et anticiper le développement économique dans une logique de cohérence et de complémentarité avec les autres composantes de la planification touristique sur le  territoire du Sud. Sa vocation devrait être de traiter, par exemple, des enjeux portant sur la consommation d’espaces par les activités touristiques et tertiaires, sur les conflits d’usages et la requalification d’espaces économiques mal utilisés, sur l’équilibre entre économie productive et économie résidentielle, sans oublier la pêche, l’activité agricole et les problématiques d’usage du foncier ou encore les technologies de l’information et de la communication principalement dans leurs relations avec les systèmes productifs locaux de la région.

Par ailleurs, l’élaboration d’une stratégie de tourisme  durable exige avant tout que l’on soit capable de dire ce qu’il faut faire dans chaque éventualité. Ainsi, à partir d’une distribution de probabilités sur les scénarios possibles de développement dans la région, on adopte une règle  permettant de classer les orientations retenues en fonction  des différents scénarios. Ici, on pourrait par exemple  imaginer trois scenarios : d’abord le statu-quo et ses crises politiques; ensuite, dans un environnement de stabilité politique, un scénario de  développement sobre et intelligent de tourisme durable reposant sur la diaspora et les élites à Port-au-Prince et dans les principaux chefs lieux d’arrondissement, et finalement un scénario de boom touristique avec des ressorts dans les sites balnéaires : Cotes de Fer, Aquin, Ile à Vache et Port Salut. On pourrait alors dire dans chaque cas les orientations retenues ; où, à chacun de ces scénarios seraient attachées des évolutions démographiques différentes et des contraintes  spécifiques.

Il faut  donc mettre en musique les villes et bourgs  cœurs du tourisme côtier durable dans une réflexion plus ambitieuse ne se limitant pas aux seuls sites balnéaires. La stratégie doit éviter les pièges de la ville linéaire sur les nouveaux axes principaux des villes réhabilitées. Dans le cas d’Aquin par exemple, la stratégie doit ici en plus prendre le parti pris de construire un espace polycentrique Aquin-Vieux Bourg d’Aquin avec des équipements collectifs partagés (stade, centre multimédia, école professionnelle du tourisme ou des métiers de la mer…).  entre Terre Blanche (Hôpital Charles Pasqua) et Kafou Felix. Mais, toujours, le plus important est de s’en tenir à l’Objectif Global qui doit être de contribuer au développement socioéconomique de la Cote Sud d’Haïti. Dans cet esprit, les orientations à retenir doivent tourner autour de quatre directions essentielles. Il s’agit d’une part de dynamiser ce territoire en facilitant l’accès et en mettant en place une gouvernance renouvelée et de l’autre, en construisant un espace économique prospère où il fait bon vivre et protégé contre les risques tout  en  propageant à travers une stratégie marketing ciblée une nouvelle image festive du Sud.  

DYNAMISER LE TERRITOIRE DE PROJET

Les solutions retenues dans un projet dit de Tourisme Côtier Durable doivent contribuer à dynamiser les territoires où ce projet est implanté avant de procéder à la valorisation des attraits de la région.

I.1  Améliorer l’accès.

Présentée comme une contrainte majeure, l’accessibilité devrait contribuer à améliorer l’attrait de la région puisque  la croissance du tourisme est indissociable du développement du transport. Pour garantir le développement durable du secteur touristique dans la région d’importants défis devront cependant être levés tant sur le plan de la mobilité que de l’accès car un touriste va là où il peut aller. L’accès aérien ou maritime est fondamental pour un touriste venant de l’étranger. Or, l’aéroport des Cayes, en cours de réhabilitation depuis 3 ans, mais porte d’entrée de la région, n’est jamais terminé et est incapable d’accueillir des avions « moyen courrier ». L’allongement de la piste à 2400 mètres, le nouveau terminal et les équipements d’aide à la navigation ne sont pas encore au rendez vous. La connectivité avec la RN2 et avec le port pour l’Ile à Vache est mal assurée. Il faut donc : d’une part, fluidifier le trafic vers le giratoire à 4-Chemins en élargissant la chaussée et  étudier une connexion directe à la RN2 à la hauteur de Laurent pour diminuer les temps de transport vers les destinations autour d’Aquin ; et, de l’autre finir les travaux de construction  liés à la desserte aérienne de l’Ile à Vache.  Le développement de cette liaison  directe à l’aéroport des Cayes par Laurent et la RN2 est nécessaire pour renforcer l’attractivité et améliorer l’accessibilité des destinations autour d’Aquin. Mais qu’on ne s’y trompe pas ; c’est d’abord l’existence et la pertinence de l’offre touristique autour d’Aquin et à Ile à Vache qui va favoriser le développement de ce trafic.

Le débarcadère nouvellement construit à Port Salut par la MINUSTAH qui pourrait amener  des plaisanciers et être utilisé par les pêcheurs de la zone ou des touristes en provenance de Gelée-Cayes ou d’Ile à Vache était mal dimensionné et s’est effondré sans événement majeur (cyclone ou raz de marée). Celui d’Aquin tout aussi mal dimensionné ne pourra pas résister aux raz de marée et est incapable de desservir Grosse Cayes dans l’hypothèse où il y aurait des croisiéristes sur cette ile.  De plus, le Projet ne concerne pas seulement Port Salut et Aquin, mais aussi Gelée, Ile à Vache  et Cotes de Fer ainsi que d’autres sites attractifs répertoriés. Il faut donc en profiter pour d’une part fluidifier la circulation sur la Nationale RN2 en ses points critiques et diminuer ainsi les temps de transport vers ces destinations et de l’autre réaliser la connectivité entre le Grand Sud et la Grande Anse via Carcasse (Tiburon-Les Irois). Parallèlement, le développement de nouvelles pistes rurales entretenues par la direction déconcentrée des TPTC faciliterait l’accès aux attraits répertoriés comme les grottes… Vieux Bourg d’Aquin est la porte d’entrée de l’Asile et des communes avoisinantes dans les Nippes (Changieux, Lièvre, Arnaud…). Il faut donc un projet de réhabilitation de la route l’Asile-Vieux Bourg d’Aquin pour donner à ce carrefour et son marché tout leur potentiel. Par ailleurs, le marché de Fond des Blancs est l’un des marchés régionaux le plus important de l’arrondissement mais reste isolé eu égard à l’état de la route entre Kafou Moussignac et Mouillage Fouquette et l’arrêt des travaux sur la route « 44 ».

Ensuite, il faut apporter des solutions pérennes aux problèmes de sécurité à Cité de Dieu et à Martissant (Gran Ravine, Tibwa) où les combats de gang bloquent souvent la circulation vers le Sud du pays. Parallèlement, l’échangeur  autoroutier à Bizoton à coté de la Marine Haïtienne doit être terminé et la  gestion du trafic entre Martissant et Bizoton, entre Mariani, Gressier et Carrefour Dufort prise en main sérieusement par la police routière. L’entretien des ravines qui, à chaque pluie,  comblent la chaussée de la RN2 de débris à Papacito, Brea, Mariani et Gressier et gênent le trafic, doit être fait de manière périodique. Les parapets de nombreux ponts entre Petit Goave et Fond des Nègres emportés par les eaux doivent être réparés ; et, les piles de sable et détritus qui débordent sur la chaussée régulièrement enlevées par un service d’entretien des routes efficace qui nettoie fossés de drainage et caniveaux régulièrement.

Parallèlement, la réglementation des petits marchés sur la RN2 aux abords de Carrefour Dufort, de Grand Goave, de Petit Goave, de St Michel du Sud, de Cavaillon devrait empêcher les débordements sur la voie  les jours de marché. La situation est plus critique à 2ième Plaine Vialet, à Fond des Nègres (mardi et vendredi), à Vieux Bourg d’Aquin, à Aquin (mercredi et samedi) qui méritent de nouvelles constructions de vrais marchés plus éloignés de la RN2 et mis en place avec la participation de la population locale. Il en est de même sur la RD205 à Valere, Kafou Mason et Carpentier.

Les entrées de ville doivent être traitées différemment avec des giratoires.    Les voies d’entrée et de sortie des villes de la RN2 et de la RD205 doivent  être portées à sens unique. Quant aux futures aires de stationnement aux deux entrée et sortie  de ville, elles méritent  d’être organisées certes  pour accommoder les motos taxis et les vélos, mais aussi pour prendre en compte les futurs projets structurants de développement et  répondre ainsi à la demande. Ces aires doivent être associées à une gare routière suffisamment éloignée  des routes nationale et départementale pour éviter les embouteillages associés aux ruptures de charge des véhicules de transport public. Les réponses apportées à la question du stationnement et de desserte des véhicules de livraison les jours de marché doivent être adaptées. Une station d’essence et de lavage de véhicules construit dans l’aire immédiate de ces  parking  pourrait proposer, en plus de boissons rafraichissantes, divers produits de la région (Clairin Dazma, Bois Bandé…) et accueillir un kiosque  avec des dépliants publicitaires qui informeraient le visiteur sur les activités dans les villes coeurs et leurs environs.

Les accès à des sites particuliers doivent aussi être traités. Ainsi, la route d’accès au centre d’accueil de la Grotte Marie Jeanne construite sur le talweg doit être traitée avec des ouvrages de drainage appropriés. La réhabilitation du Boulevard et de la rue des Notables à Port à Piment complétée par des ravalements de façade et des aménagements paysagers doivent faire partie intégrale du projet. Le stationnement prévu pour un bus (de 16 à 48 places) le long de la route d’accès est incompatible avec la taille de la plateforme de l’observatoire qui ne peut accueillir autant de personnes (18 prévues dans le cas de groupes scolaires accompagnés d’un enseignant). La solution serait de prévoir une aire d’attente pour fluidifier la fréquentation tout en créant une véritable ambiance susceptible d’occuper les visiteurs qui doivent attendre au minimum une heure après le départ d’un groupe pour la grotte.

I.2 Protéger l’environnement et mieux gérer les risques.

Les rapports sur l’attractivité de la région proposent qu’une « attention urgente et toute particulière soit accordée à la protection et mise en valeur des paysages » et s’arrêtent là. Cela manifestement  ne suffit pas. En effet, les littoraux dans tous les pays de la Caraïbe sont des espaces convoités dont les ressources principales (la mer et la plage) méritent d’être protégées. Eu égard aux grandes richesses écologiques qui les caractérisent, ils sont soumis à des pressions fortes en matière d’aménagement. Ces espaces présentent également d’autres caractéristiques :

•  Des ressources foncières limitées, des contraintes de pente et de fragilité des falaises,

•  Des risques naturels très présents  (séismes, cyclones chaque 5 ans, inondations, glissements de terrains dans les falaises et chutes de pierre…) qui contribuent à raréfier la ressource foncière ;

•  Une grande fragilité des écosystèmes et des paysages  (dégradation de l’environnement du à la culture du vétiver, du sisal et la production de charbon, déprise agricole, risques d’érosion, de perte de biodiversité, destruction de mangroves…), avec des milieux d’autant plus vulnérables qu’ils sont localisés dans des territoires fortement convoités par l’aménagement.

La préservation de ces richesses naturelles et paysagères doit donc revêtir ici un aspect fondamental dans l’élaboration de la  stratégie de développement touristique de la région. La restauration des mangroves est certes un projet intéressant; mais, c ‘est peu par rapport à ce qu’il faut faire pour protéger par exemple Losandieux, Pointe Sable et Petite Anse. La mise en valeur de ces littoraux et des espèces végétales  dans les zones d’extension  future des villes côtières doit être une priorité des communes qui doivent en faire un point fort de leur stratégie d’aménagement urbain et d’attractivité touristique.

Aussi, le MTIC et le MDE devraient fixer clairement des orientations de développement permettant de protéger ces richesses pour que ces espaces littoraux puissent conserver leur atout compétitif et maintenir  leur qualité.   Toutes les plages de Cotes de Fer à Ozanna,  de Petite Anse à La Cahuane en passant par Pointe Sable sont envahies périodiquement par des déchets de sargasses (varèch en créole). De plus, en l’absence de  travaux d’aménagement sur les Bassins Versants (BV)  des rivières, les baies et embouchures associées sont régulièrement envahies par des débris et matériaux de toutes sortes provenant de ces cours d’eau. Il faut donc s’entendre d’un coté  avec nos voisins de la Caraïbe pour contrôler la quantité de sargasses sur ces plages, et de l’autre  avec le MARNDR pour engager des travaux dans les BV associés à ces cours d’eau de manière à diminuer de manière drastique les apports solides dans leurs embouchures. L’utilisation des assiettes en « foam » doit être interdite, les bouteilles en plastique ou en verre recyclées et les déchets régulièrement enlevés dans les marchés  et amenés dans des décharges contrôlées gérées par les municipalités de la zone dans le cadre de projet d’intercommunalité. Des coulées vertes, le long des berges des  cours d’eau, en feraient des espaces de promenade  agréables. La production de charbon de bois, de sisal  et de vétiver  doit être organisée et contrôlée et la protection des mangroves renforcée pour faire de certains territoires un espace naturel protégé.

Jadis, les collines avoisinant Port à Piment au bas du Macaya (nan Baley, Nan Jonf et principalement Ka Lio) étaient réputées pour la qualité de leur café très recherché.  Aujourd’hui, des cyclones dévastateurs, la compétition du charbon de bois, du vétiver et des cultures sarclées impropres aux collines à forte pente du Macaya comme le maïs, le sorgho ou le haricot, et l’effondrement des prix  du café ont détruit le couvert végétal nécessaire à la production du café entrainant un déboisement anarchique dans le bassin versant de la rivière de Port à Piment engendrant ainsi des épisodes d’inondations récurrentes. Il faut donc pour améliorer les revenus des paysans engager des actions dans quatre directions essentielles :

Production et rénovation du verger actuel et surtout arbres de couverture : (sucrin, citrus, avocatier, « arbre veritab »

Protection contre le scolyte du café en trois composantes :

Action sanitaire au niveau des branches

Piégeage des femelles colonisatrices

Application rigoureuse des opérations d’entretien

Appui a la commercialisation et facilitation de l’accès aux marchés

Mobilisation de l’INCAH avec son plan de développement de la filière café.

Dans d’autres régions, le déboisement anarchique, les pratiques agricoles hostiles à l’environnement, l’absence de politique de substitution au charbon de bois et au vétiver ont créé des menaces potentiellement importantes dans les bassins versants des différentes rivières. Les inondations récurrentes lors d’événements cycloniques chaque 5 ans ou même lors de crues mineures, sont les indicateurs indubitables de l’exposition de la région aux aléas naturels. Cette exposition, ajoutée à la vulnérabilité chronique de l’habitat et les développements urbains pas ou peu planifiés sont les éléments constitutifs du risque. En clair, le risque dans la région résulte de la juxtaposition de deux éléments : un phénomène aléatoire (crue, cyclone, raz de marée…) et des enjeux (des personnes ou des biens fortement menacés par ces aléas). Le risque devient majeur soit quand le phénomène qui le sous tend et qui pourrait survenir a une faible probabilité mais que ses conséquences en termes de dommages sont très importantes soit quand la probabilité d’occurrence est élevée et les conséquences moyennes. Les risques majeurs dans la région sont les risques d’inondation et de raz de marée.

Dès lors, la mise en œuvre d’une stratégie de mitigation ou d’atténuation des risques  doit reposer sur une bonne connaissance des phénomènes à l’origine du risque. Plusieurs facteurs interviennent pour expliquer les inondations :

L’intensité, la répartition et la durée des pluies dans les bassins versants.

La nature et la densité de la couverture végétale qui accélèrent ou ralentissent la formation des débits,

L’absorption par le sol et l'infiltration dans le sous-sol qui alimentent les nappes souterraines (un sol saturé n'absorbe plus),

L’action de l'homme : déboisement, feux de forêts qui rendent le sol plus propice au ruissellement et à l'érosion. L'imperméabilisation, due au développement de la  ville linéaire.

Le réseau de pluviomètres et pluviographes sensé être installé par le Service Hydrologique du MARNDR est inexistant. Les moyens d’information, d’observation et de mesure disponibles lors de dépressions tropicales sont essentiellement les données du centre météorologique NOAA à Miami. Ces données permettent de localiser les masses nuageuses et d’estimer les précipitations à attendre sur la trajectoire probable d’un cyclone. Or, la bonne connaissance du risque d’inondation et donc de l’aléa est un préalable obligé de toute stratégie de réduction de la vulnérabilité surtout en ces temps de changement climatique marqué, dans une région où le régime pluviométrique est mal connu .

L’érosion en nappes de sols lessivés  dans les collines avoisinantes des sites balnéaires apporte une masse de matériaux fins argileux dans la basse plaine et sur les plages. De plus, en l’absence de  travaux d’aménagement sur les Bassins Versants (BV)  de la rivière de Vieux Bourg d’Aquin, de la rivière de Brodequin, de la Ravine d’Haiti, de la Ravine Kodass, de la Rivière Salée et la Rivière Citron, la baie d’Aquin  est régulièrement envahie par des débris et matériaux de toutes sortes provenant de ces cours d’eau. On doit donc s’interroger sur la réalité des actions mises en œuvre durant ces dix dernières années dans la partie amont des bassins versants pour limiter ou restreindre l’augmentation des débits. Ce phénomène d’érosion qui n’est pas récent est le prolongement des altérations géologiques qui expliquent la formation de la couverture verdoyante des  collines avoisinantes productrices de café pendant le siècle dernier.

L’altération profonde des roches calcaires dans ces hauteurs a fourni des matériaux de choix pour une érosion en ravines intense entrainant des éboulements, des arrachements, et des glissements de terrains importants  transformés en limons lorsque mélangés aux matériaux fins argileux et aux débris végétaux qui recouvrent plus de la moitié de la partie basse des villes cotières d’une épaisse couche de boue en période pluvieuse. Quand  les matériaux meubles des bassins  versants sont détrempés par des pluies abondantes, le matériau n'adhère plus à la pente et glisse en masse sous forme de coulées de boues. Les extractions intenses dans le lit moyen des rivières pour la construction ont dégradé l’équilibre écologique. Dès lors, un seul épisode de dépression tropicale peut ainsi rehausser la cote du lit de ces rivières accroissant le risque d’inondation dans la basse plaine.

Eu égard à l’importance de la charge solide,  de la taille des matériaux grossiers emportés et l’accumulation d’un très haut niveau d’énergie en tête des bassins dans les hauteurs où prennent naissance les rivières, les écoulements dans ces rivières obéissent à une dynamique torrentielle difficilement modélisable. Par ailleurs, le risque d'inondation dû à une crue  de ces rivières peut être accru par un risque de remontée des eaux des nappes souterraines dans les lagons qui bordent les baies principalement à Aquin. Dans certains endroits, la nappe semble  même jouer un rôle prépondérant particulièrement dans les terrains adjacents aux baies. Il apparait ainsi que la connaissance du diagnostic solide et du fonctionnement réel de la nappe phréatique est telle qu’elle ne permet pas réellement d’apprécier le risque d’inondation et devrait faire l’objet d’une réflexion plus approfondie.

I.3 Améliorer l’offre  pour mieux répondre à la demande

Dans l’hypothèse d’un climat de stabilité politique de long terme, le renforcement de l’attractivité de la destination Haïti Grand Sud et de sa compétitivité nécessite une adaptation de l’offre au nouveau contexte politico-économique et aux nouvelles attentes de clientèles exigeantes. Après avoir amélioré l’accessibilité de la destination, l’adaptation de l’offre implique à la fois :

de construire des stratégies touristiques locales,

de faire émerger de nouvelles offres et  réhabiliter une partie du parc d’hébergement existant,

de renforcer les entreprises du tourisme, tout en développant l’offre immatérielle, en termes d’accueil, de formation et de services spécifiques.

Construire des stratégies touristiques locales

D’abord, il faudra prolonger la réflexion stratégique déjà conduite par le Ministère du Tourisme et des Industries Créatives (MTIC) et le Groupe Lemay en définissant dans le département des stratégies touristiques locales avec des données plus précises sur les offres d’hébergement touristique et la fréquentation des attraits.

En l’absence d’un schéma de développement du tourisme et des loisirs, la stratégie touristique locale portée par les municipalités  doit aborder le tourisme en tant qu’activité économique.  Elle doit aboutir à un plan d’actions  qui peut porter sur des domaines très variés (urbanisme et aménagement, projets de développement et/ou réhabilitation, marketing/promotion, accueil et commercialisation, organisation et formation, déplacements, etc.). Cette stratégie touristique à moyen et long terme devrait déboucher sur un Cahier des Charges Tourisme inscrit dans leur plan local d’urbanisme (PLU). A partir d’une définition claire de l’ambition de la destination, ce cahier des charges  pourrait permettre de construire une réflexion stratégique (positionnement marketing, cibles de clientèles, produits phares…) qui aboutirait à la définition des axes marketing (promotion, communication, commercialisation) et des axes d’aménagement et de développement de l’offre (hébergements, équipements pour la pratique d’activités de loisirs, animations diverses (centre de convention, centre sportif), services (hôpital, gestion de déchets, ATM, banques et maisons de transferts, supermarchés…), infrastructures en réseaux associées).

Malheureusement, cet outil n’existe pas et aucune démarche n’a été entreprise pour combler cette lacune et du même coup connaître les logiques des acteurs de l’aménagement (promoteurs, investisseurs, exploitants…) pour d’une part en déduire une politique d’urbanisme et d’aménagement ainsi qu’une politique foncière susceptibles de les rassurer; et de l’autre, anticiper montages puis constructions des différents projets d’aménagement.  Cette anticipation permettrait alors de construire une politique de développement et de marketing (positionnement, image, marque, prix …)  assurant la réussite de la destination Grand Sud, d’autant que le positionnement marketing aura une influence sur les couts de la destination.

Parallèlement, il n’existe aucune donnée sur la fréquentation, la saisonnalité, la provenance des visiteurs de la région. Notre  intuition nous porterait à croire que la demande solvable viendrait principalement de la diaspora haïtienne établie sur la cote est des Etats Unis, du Canada, des territoires français en Amérique, de la population de la région émigrée à Port au Prince et des classes moyennes aisées des chefs lieux d’arrondissement. Si cette hypothèse était retenue lors d’études futures, certaines stations balnéaires pourraient être réorganisées sur le modèle de Sosua en République Dominicaine.  La première tache serait alors de changer la fréquentation épisodique de ces sites qui ont un  pic durant les semaines de fête (Noel, Pâques) et qui sont vides la majeure partie du temps sauf pour les fêtes champêtres.

 Faire émerger de nouvelles offres

Il faut pour dynamiser ce territoire faire émerger de nouvelles offres en réhabilitant le parc d’hébergements existant et en s’appuyant sur de grands projets d’aménagement urbain (Cotes de Fer, Aquin, Port Salut) pour attirer trois types d’investissement dans la région. D’abord, il faut frapper l’imaginaire des gens en donnant une nouvelle impulsion à l’offre touristique  à Losandieux, à Aquin (Cocoyer Anglade), à Ile à Vache, à Petite Anse, à Pointe Sable avec  de grands hôtels de plage (all-inclusive) de qualité ou des Eco-ressort.

Mais tout ceci  suppose des investissements importants qui ne peuvent venir que des opérateurs étrangers, et, nécessitent un environnement sécuritaire, un personnel qualifié, des interlocuteurs municipaux crédibles, un aéroport pas trop éloigné, de l’eau courante, des soins de santé efficaces et disponibles couverts par une assurance internationale, des détritus régulièrement ramassés et une production  d’électricité fiable et bon marché. Comme en République Dominicaine (Barcelo-Bavaro, Melia-Punta Cana, Club Med-La Romana), ces opérateurs étrangers seraient associés aux différentes stations balnéaires en partenariat avec des champions nationaux. Dans la majeure partie des attraits (à Grotte Marie Jeanne, à Grotte Konubwa ou dans les patrimoines militaires par exemple) l’animation et l’accueil sont des composantes importantes pour structurer  la destination touristique et lui donner un charme spécifique. Ici, eu égard à la mauvaise pratique des langues étrangères des guides et la qualité de l’accueil, un effort important de formation s’impose.  Pour renforcer la valeur ajoutée des destinations, il faut donc développer l’offre immatérielle en proposant des services online sur smartphones qui pourraient accompagner les touristes et les aider à découvrir des opportunités.

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Ensuite, il faudra utiliser les services de réseaux immobiliers aux USA, aux Antilles Françaises, en France, en Europe  et au Canada pour offrir des propriétés à vendre ou à louer pendant les hautes saisons. Il faut ici offrir à des clients exigeants habitués au confort nord américain ou européen non seulement des services de qualité en eau potable et assainissement, en électricité, en gestion de déchets et internet mais surtout un service personnalisé hors pair pour leur permettre d’acquérir une retraite en bord de mer ou profiter du charme rural près d’une paisible rivière pour écouter le bruit de l’eau. De pareils développements en cours en République Dominicaine à Sosua (Casa Linda par exemple…) ou à Barahona ou Bavaro attirent la diaspora dominicaine ou des haïtiens vivant en Floride. Ils permettraient de freiner l’étalement urbain associé à la ville linéaire  avec des développements ordonnés. Cependant, la rareté et le cout du foncier, les règlements sur la co-propriété inapplicables sans des lois d’application jamais votées au parlement,  limitent la promotion de l’habitat individuel dense où des maisons individuelles accolées permettraient d’afficher clairement une volonté de rompre la monotonie et de personnaliser chaque maison avec des couleurs différentes dans un style « made in the caraïbean ».

Pour supporter cette offre, le gouvernement  devra mener des actions dans trois directions essentielles.

D’abord il devra prolonger la réflexion stratégique déjà conduite par le Ministère en définissant dans le département une stratégie touristique locale avec des objectifs plus précis sur les attraits et les offres d’hébergement touristique :

Etat des lieux et diagnostic de l’activité touristique ;

Choix des orientations stratégiques :

Positionnements, marchés cibles, produits

Aménagement et développement

Marketing et organisation

Plans d’actions, suivi et veille technologique.

Ensuite, les orientations stratégiques retenues concernant l’hébergement touristique doivent être en harmonie avec les plans d’urbanisme (Aquin, Port Salut, Cayes, Cotes de Fer) et les schémas de mise en valeur du littoral et de la mer. Se rappeler à ce propos les dégâts causés par la construction d’une route sur la plage de Port Salut avec des exutoires de drainage dans la mer ou des canaux de drainage construits  par les TPTC se déversant  dans la mer à Cocoyer Anglade. Il faut donc impérativement dans toutes les destinations balnéaires retenues élaborer des schémas de mise en valeur du littoral et de la mer. Parallèlement, les actions règlementaires, contenues dans des plans d’aménagement et de développement durable, et  liées au respect des règlements d’urbanisme, à la protection du littoral et  des aires protégées doivent être scrupuleusement engagées et suivies pour corriger au plus vite les écarts aux endroits même où ils se produisent.   Les actions opérationnelles d’aménagement qui traduisent les orientations stratégiques doivent aussi être précédées d’actions foncières (déclarations d’utilité publique, expropriations, et plans de réinstallation associés…) facilitant la réalisation des projets.

Enfin, en troisième lieu,  il faut donner une nouvelle impulsion à l’offre touristique en :

En visant l’excellence dans la simplicité ;

En faisant volontairement et pleinement le choix du développement durable ;

En choisissant  clairement un produit et innover ;

En segmentant et ciblant ;

En s’adaptant  aux TIC et aux  nouvelles formes de commercialisation.

Avec une sensibilité grandissante face aux défis cycloniques, au changement climatique, et aux effets négatifs de l’activité humaine sur les écosystèmes, les acteurs dans les territoires du Grand Sud vont devenir de plus en plus socialement exigeants et vont opter pour le développement durable.  Les clientèles du Nord de l’Europe et de l’Amérique, de la Californie et de l’Asie  très attentives aux efforts environnementaux dans les destinations touristiques ont aussi fait ce choix. Le gouvernement doit donc faire hardiment le choix du développement durable.

Pour donner cette  Nouvelle Impulsion à l’Offre, il faut en plus : Segmenter et Cibler en construisant  une offre spécialisée et ciblée en opposition à une offre indifférenciée, en articulant les choix en fonction des marchés visés : Amérique,  Europe du Nord, Pays Arabes,  mais surtout Asie ; et en adaptant l’offre en fonction de l’âge et des pratiques culturelles et sociales des clients. Ici, une meilleure  connaissance   des touristes étrangers et de la diaspora avec des outils de « data mining », de « machine learning » est  la clé de la réussite pour valoriser des parcours et des lieux culturels et transformer l’internaute en acheteur de la destination. Mais qu’on ne s’y trompe pas: rien ne sera possible sans la présence d’expatriés venant des pays des clientèles visées et possédant des hébergements marchands  sur ces sites.

Enfin, il faut stimuler le développement de filières thématiques et d’activités spéciales :

Tourisme culturel

Ecotourisme

Tourisme balnéaire

Tourisme de croisière

Fêtes champêtres

Dans cet esprit, la visite guidée (si possible en deux langues) de la Grotte Marie Jeanne doit être renouvelée. En particulier, les guides doivent donner à ceux qui le désirent la singulière sensation ressentie par un vrai explorateur en transmettant leur amour de Marie Jeanne comme un vrai passionné, comme un vrai envoûté du lieu. Aujourd’hui tout ceci est impensable avec les guides actuels qui pourront difficilement suivre la formation proposée sur tous les aspects techniques du discours interprétatif : géologie et géomorphologie, connaissances sur la culture et l’ethnographie locales, premiers soins....

Mais, une grande partie de l’espace dans les  bords de mer ou dans les plaines a été occupée par une concentration de ménages pauvres où le taux de chômage est élevé et le panier moyen du consommateur faible (Port à Piment). Or, il n’y a pas d’aménagement durable réussi sans développement économique pour donner des revenus aux gens des zones ciblées  et favoriser les consensus sociaux. Un des objectifs de ce projet de développement durable doit donc être  de proposer aux pêcheurs au bord de mer à Aquin, Port Salut et aux ménages  pauvres à Madan Bernard (Ile a Vache) ou à Losandieux une qualité de vie qui s’exprime dans une dimension sociale par des objectifs d’équité, de solidarité, de mixité sociale et de participation citoyenne. Cet aspect ignoré doit faire partie intégrante de la revitalisation des territoires sus-cités.

Il faut donc favoriser l’équité et la cohésion sociale par :

l’accès à l’emploi (principalement dans la pêche, l’agriculture verte, l’élevage et les services),

l’insertion économique des jeunes et des femmes,

l’accès au logement de qualité et à la formation.

Aussi, les projets immobiliers à mettre en œuvre dans les zones d’extension à Aquin et Port Salut pour empêcher l’étalement urbain et prendre en compte les besoins de ces couches pauvres, devront donner formes à ces territoires et en même temps encourager la mixité sociale, renforcer la cohésion sociale, permettre un meilleur apprentissage de la tolérance et favoriser l’égalité des chances avec par exemple dans chaque site balnéaire un lycée public technique  multilingue, des espaces publics de rencontres de qualité (centre multimédia, des garderies pour les enfants par exemple…) des centres de santé et/ou hôpitaux de référence  ou des jardins familiaux partagés pour recréer du lien social et responsabiliser les habitants à l’égard de leurs habitats et de leur environnement.

Renforcer les entreprises du secteur tourisme

Aucune entreprise de la région, hormis le nouvel hôtel Sommet en construction à à Port Salut n’a le standard d’un hôtel comme Caribe ou d’un ressort comme Decameron. Aussi, dans un environnement financier difficile et face aux nouvelles exigences environnementales, le développement des entreprises dans le secteur doit se faire autour de  quatre facteurs clés : l’innovation, la compétitivité, l’investissement, et la rentabilité.

Pour innover, il faut aller vers l’excellence dans la simplicité. Il faudra retenir d’une part des technologies de construction simples couplées à  des formations techniques adaptées et facilement appropriables par les communautés locales, et, de l’autre des  design d’intérieur conciliant innovation et tradition avec des installations sanitaires, électriques et télécoms  conformes à l’état de l’art dans la matière sur le modèle de l’hôtel Sommet de Port Salut.

Ici, la qualité principalement dans la  gastronomie  ne doit pas être un luxe mais un enjeu majeur de différentiation, de commercialisation et de fidélisation. Le couplage Antilles Francaises-Vietnam-Hounan avec la gastronomie haïtienne est l’orientation  à retenir pour faire du Sud la Maison de l’Asie du Sud Est et attirer les asiatiques compte tenu de l’évolution économique et sociale de la zone ASEAN. En effet, avec une économie florissante et 1,4 milliard d’habitants dont le revenu progresse, la Chine constitue le principal réservoir de croissance du tourisme mondial. Au delà des nouvelles classes moyennes accédant à la possibilité de voyager dans la Caraïbe (Voir les développements récents au Bahamas), la Chine présente aujourd’hui des segments à forte contribution d’une clientèle, portée par le développement de séjours luxueux pour des nouveaux riches.

L’innovation ne peut non plus  se cantonner uniquement  dans les technologies de construction, dans  le marketing et dans  le développement  d’une nouvelle image de marque mais doit s’étendre à l’organisation, à la finance et aux ressources humaines. En ce sens, il faut mieux répondre à l’évolution des rythmes et des pratiques de consommation des touristes, personnaliser les offres, concilier innovation et tradition, combiner authenticité et modernité avec la promotion de la culture créole.

Pour innover, les entreprises dans toute la chaine de valeur (hébergement, restauration, loisirs, construction…) doivent en plus être  compétitives et centrées leur action  sur la qualité, la formation, le management et les nouvelles technologies. Mais comment demander à un restaurant à Aquin d’être compétitif quand elle doit s’approvisionner aux Cayes à des prix exorbitants ou à un hôtel à Port Salut d’être compétitif quand l’électricité  est vendue à EDH aux Cayes à plus de 0.30$US par Kwh et qu’il doit s’alimenter en électricité par ses propres moyens. Peut être des partenariats avec des champions nationaux (Caribe, Montana…) utilisant leur ingénierie et leurs réseaux pourraient permettre de dynamiser ces entreprises locales pour les amener à être en conformité avec les nouvelles normes de classement et leur  apporter une garantie de qualité de service normée ainsi qu'une lisibilité commerciale renforcée, et leur permettre ainsi de bénéficier d’un positionnement plus concurrentiel. Il faut donc, avec la BNC,  stimuler l’effort d’investissement vers ces entreprises locales tout en sachant : d’une part, que les officiers de crédit dans la région sont de simples boites aux lettres dans de rares succursales bancaires qui sont en fait des maisons de transfert ; et de l’autre, que le sous investissement dans le secteur est intimement lié au caractère saisonnier de la demande et aux incertitudes liées au climat politique.

II. APPUYER L’ECONOMIE VERTE  ET BLEUE

Cinq systèmes productifs locaux méritent une attention spéciale si l’on veut aller vers le développement durable.

D’abord la pêche.

Les  littoraux sont des espaces écologiquement riches et fragiles, mais  fortement convoités. Leur  gestion est donc complexe et doit s’accompagner d’un mode de développement équilibré et intégré. Dans le cadre d’un développement touristique, l’attractivité économique de ces bords de mer va progresser régulièrement sur la  frange côtière avec  les désordres associés à un état faible incapable de faire respecter des réglementations minimales pour protéger ses écosystèmes marins menacés.

Aussi, les projets liés à l’aménagement de ces littoraux devraient ainsi viser à anticiper les dommages  tout en permettant un développement économique compatible avec le développement durable.  Développer des outils pour détecter l’origine des pollutions et les contrôler, garantir la qualité des eaux, empêcher la destruction des mangroves, protéger des écosystèmes marins menacés ou gérer les sédiments en provenance des rivières et ravines  doivent  faire partie des programmes pour un développement équilibré du littoral sur les cotes de la région. Les solutions à mettre en œuvre devraient aussi tendre  vers une protection accrue de ces cotes  et vers la lutte  contre les trafics illicites grâce à une police maritime, des débarcadères différents de ceux récemment construits à Port à Piment et à Port Salut et des équipements de surveillance permettant d’avoir une région plus sûre.

Pour la pêche et l’aquaculture, il s’agit d’évoluer vers une activité raisonnée liée à une meilleure connaissance des ressources biologiques. Les professionnels de la pêche devraient préparer ensemble des solutions innovantes pour construire de nouveaux DCP, améliorer les engins de capture principalement pour la pêche en haute mer, développer les systèmes de repérage optiques et acoustiques, et ceux qui permettent l’acquisition et la transmission de données en temps réel. Mais l’effort particulier doit se développer en direction des constructeurs de filets, de nasses et de sènes dont les mailles sont trop petites.

La pérennité des produits de la mer requiert l’utilisation de nouvelles techniques de pêche respectueuses des écosystèmes, mais aussi le développement responsable des systèmes aquacoles et des techniques de réfrigération ou de conservation éprouvés construites autour des énergies renouvelables comme à Dalmassin. La région doit plaider pour la mise en place d’un encadrement légal et réglementaire visant à mieux gérer la ressource : périodes de pêche pour les espèces à protéger, tailles minimales autorisées, réglementation sur les instruments de pêche, protection des zones de reproduction principalement aux embouchures et au voisinage des mangroves, quotas de pêche… Les exportations de poisson frais et d’autres produits de la mer à destination de la Caraïbe et des États-Unis devraient être développées en conformité avec les règlements sanitaires de ces pays. Il s’agit pour les acteurs impliqués dans la région d’Aquin et de Saint Louis du Sud de conserver leur avance, tant dans la conception et la construction de navires en développant le marché de la construction navale dans la Baie du Mesle et la Baie des Flamands,  que dans l’élevage d’huitres fertilisées dans des parcs leur permettant de grandir dans des conditions optimales ; ce qui est une spécialité de la région aquinoise. Il en est de même de l’élevage de crevettes et de homards.

La pollution apportée par les canaux de drainage se déversant directement dans la mer avec la route à Pointe Sable (Port Salut) ou les canaux de drainage sur la plage à Cocoyer Anglade (Aquin) va gêner l’élevage des homards. Une fois ces corrections faites, des mesures de conservation doivent être immédiatement mises en oeuvre: limiter le nombre de casiers par pêcheur, fixer des périodes de pêches comme à Turks and Caicos (le lambi à partir du 1er Août) et au Bahamas (le homard à partir du 1er Octobre), rejet obligatoire des femelles qui ne doivent pas être repêchées, empêcher la commercialisation des homards à peine mature.

De manière spécifique,  il faut :

Cesser d’ici 3 ans toute pêche sur le plateau continental.

Installer des DCP au large des  côtes de Saint Jean du Sud à Tiburon.

Soutenir la formation et le fonctionnement de coopératives de pêche.

Aider les pêcheurs et les villages à s’équiper pour la pêche au DCP.

Aider dans le financement d’installation  d’un réseau d’usines à glace et de chambres froides.

Implanter une école technique des métiers de la pêche et de la mer à Aquin.

Mettre en place un programme d’amélioration des conditions de vie et de travail dans les nouveaux villages de pêcheurs.

Ensuite le vétiver

Dans certaines communes autour de Cayes et de Port Salut, l’activité la plus rentable et la plus pratiquée par les paysans est le vétiver où un seul acheteur aidé par une nuée d’intermédiaires achète tout le vétiver de la région appelée « la cocaïne locale ». Ce marché, qui dans bien des cas peut être assimilé à un  marché de « futures » (on achète parfois du vétiver aujourd’hui (« sur pye ») qui sera délivré dans le futur à un prix fixé à l’avance), a une structure de prix imparfaite (un camion de vétiver se vendant à près de 300,000 gourdes) qui mérite d’être régulé ; car, pour se protéger contre l’aléa moral (le paysan producteur modifiant la parcelle achetée avant la date de livraison) l’unique acheteur propose alors un prix bas pour contrecarrer ce risque. Il faut donc une  action volontariste de l’Etat pour rétablir le prix réel du vétiver en y intégrant les couts cachés de dégradation de l’environnement. Cette action  doit se prolonger par des « mesures régulatoires » sur le marché du vétiver  pour corriger la structure imparfaite du marché (monopsone) et ses imperfections (aléa moral et asymétrie d’information entre les vendeurs et l’acheteur).

Mais, qu’on ne s’y trompe pas vétiver, sisal  et charbon de bois sont bien souvent les seuls revenus des paysans pour entretenir leurs enfants étudiant aux Cayes ou à Port au Prince. Il faut donc en plus des activités de reboisement et d’aménagement des bassins versants offrir d’autres alternatives aux paysans ; car, sans  revenus, les populations avoisinantes ne pourront jamais prendre les mesures de protection de l’environnement et s’engager dans des actions pour se protéger contre les risques associés aux catastrophes naturelles. Pour cela, il faut miser sur un développement sobre et intelligent en produisant de la richesse à partir de l’élevage bovin sans détruire l’environnement et  en s’engageant dans une activité écologiquement performante raisonnée et responsable. L’élevage bovin de races à forte valeur ajoutée achetées à Léogane et utilisées très souvent pour des combats de bœufs (dezafi) à Port Salut semble être une alternative qu’il faudrait explorer (le prix d’un bœuf oscillant entre trente  et quarante mille gourdes).

Après le sisal

Dans les années 1950, le sisal était le produit d’exportation le plus important après le café dans la zone de Bainet et de Cotes de Fer. La région était réputée pour la production de sisal où l’on produisait les pousses pour la production à Bainet, Flamand et Frangipane (Tout le monde se rappelle de l’âge d’or du sisal avec Andral à Cavalier). Sa culture est relativement simple car elle résiste bien aux maladies et nécessite comparativement peu d’intrants. Récolté deux ans après avoir été planté,  sa vie productive peut atteindre 12 ans. La production de sisal induit des pertes minimales en amont et en aval de la récolte. Le rendement moyen en fibres séchées s'établit à une tonne par hectare. 

 Le sisal est la ressource renouvelable intéressante et pourrait aider à relever le défi du changement climatique. Tout au long de son cycle de vie, il absorbe plus de dioxyde de carbone qu’il n’en produit. Au cours de la transformation, il génère principalement des déchets organiques et des résidus de feuilles qui peuvent être utilisés pour produire de la bioénergie et fabriquer des aliments pour animaux ; en fin de cycle, il est totalement biodégradable. De surcroît, le sisal réduit l’érosion des sols en raison de ses profondes racines et contribue à une bonne gestion des bassins versants. Planté en haies dans la plaine de Frangipane et à Mayette, il pourrait constituer une barrière végétale efficace pour protéger les cultures et accompagner l’élevage bovin dans la zone ; car,  les déchets issus du décorticage peuvent être utilisés comme engrais ou aliments pour animaux.

Aujourd’hui, la demande pour les fibres naturelles s’est renouvelée et le sisal devrait bénéficier de l’expansion des marchés à plus forte valeur ajoutée (papiers, composites de renforcements).   Il  a donc un avenir prometteur, non seulement du fait de ses nouveaux usages, mais aussi parce que les sous-produits de l’extraction du sisal (déchets) peuvent être utilisés pour fabriquer du biogaz, et des matériaux de construction. Afin de valoriser économiquement ces résidus, on pourrait  créer une usine de traitement des résidus du sisal pour produire du biogaz, de l'électricité et des engrais.  L'énergie produite pourrait être distribuée aux foyers ruraux et 25 pour cent utilisée pour transformer le sisal ou être combinée avec des sources non traditionnelles (éolienne, solaire).

Le développement des usages novateurs du sisal montre que cette fibre est de plus en plus largement reconnue comme une ressource précieuse aux applications diverses. Et, s’agissant des sous-produits, les déchets de pulpe issus des décortiqueuses pourraient trouver de nouveaux emplois intéressants en plus de leur utilisation comme aliments pour animaux et biogaz.  

Les projets réalisés à Cotes de fer  pourraient alors contribuer à faire évoluer la manière dont le secteur public perçoit l’industrie du sisal et de nombreux petits exploitants des régions traditionnelles de culture comme Cavalier ou Boucan Moran pourraient envisager de nouveau cette fibre comme une culture commerciale fiable. Il faut donc construire des alternatives économiques pour libérer le potentiel commercial du sisal. 
Les études de marché menées par Sisalco ont montré qu’il existe des opportunités dans le secteur et que la mise en place d’une pépinière et d’un site de production pré-transformation pourrait représenter un montant de 1 million de dollars pour 1000 hectares avec un retour annuel de plus de  300 000 dollars pour le site de pré-transformation. Il faut donc renouer avec cette tradition dans deux directions: d’une part, augmenter la production de pite tillée servant à la fabrication industrielle de sacs d’emballage des denrées (on pourrait produire plus  d’un million de sacs par an), de cordes et de ficelles agricoles et à la confection d’articles artisanaux à Grisgris, Maillette, Cavalier, et à Boucan Moran ; et, de l’autre   améliorer la commercialisation par l’installation de petits décortiqueurs mécaniques d’une capacité de 150 kg de fibres par jour qui réduiraient le temps de décorticage et augmenteraient le gain des producteurs. Cependant, l’Etat devrait en plus  intervenir pour corriger les imperfections d’un marché où existe un seul acheteur fixant les prix et une nuée d’intermédiaires.

Trois conditions sont cependant nécessaires pour profiter de la reprise de la demande mondiale de sisal. D’abord, il faut que le débouché portuaire à Jacmel soit accessible par une route en bon état et le port géré de manière efficace avec des tarifs raisonnables. Ensuite, il faut de l’énergie électrique fiable et bon marché en utilisant des énergies renouvelables pour mettre en place une usine de transformation locale car les couts de transport de la matière première jusqu’à l’usine de Sisalco au Parc Industriel de Caracol (PIC) sont prohibitifs. Enfin, il faut organiser l’appui aux producteurs dans des coopératives sur le modèle de la Plantation Dauphin. Deux obstacles majeurs sont à contourner : il faut des pistes rurales raccordées à la RD208 pour acheminer la production et corriger les pentes raides et les rayons de courbure faible de la RD208 en construction par la Caravane entre la Montagne et Jacmel, construction menée  vraisemblablement sans prendre en compte les études en cours.

Puis, le sel marin

Dans la commune d’Aquin, l’activité salicole est une pratique artisanale rencontrée au niveau des le zones humides, telles que les lagunes de Trou King (Trou Hing en créole). Des aménagements souvent sommaires sont effectués pour assurer la production du sel en utilisant une  technologie très ancienne où le processus de production se fait par une technique solaire dans des bassins artificiels conçus à cette fin mais malheureusement chargés de boues et souvent de déchets organiques. Ces bassins aménagés avec des outils simples (brouette, bêche, rabot, pelle…) sont irrigués par gravité.

Il faudrait passer à une  technique plus moderne récemment expérimentée à Jacquesyl  dans le Nord Est où la production se fait en trois étapes. D’abord, la préparation et l'entretien des marais se fait en hiver et au printemps puis  l'eau de mer, amenée dans un réservoir, circule d'un bassin à un autre. Dans le deuxième bassin qui joue le role d’un condensateur sous l'effet du soleil et du vent, le phénomène d'évaporation se produit et la teneur en sel de l'eau augmente pour atteindre la concentration de cristallisation au niveau du dernier bassin appelé « crystalliser ». Dans ce cas, les technologies utilisées nécessitent beaucoup plus d’équipements (pompes, dames, planches, “poella dans le « crystalliser », brouettes, pelles, compacteurs et travaux de plomberie...) pour lesquels  les producteurs devraient obtenir des financements et des supports technologiques.

Enfin, le charbon

La construction de la RN7, de  la route départementale 205  et les cyclones successifs ont encouragé la production de charbon à partir principalement des arbres renversés puis des bayahondes et des mangroves. Cette activité déjà florissante dans les collines avoisinantes des sites balnéaires mérite d’être contrôlée et des actions de mitigation engagées. Dans cet esprit, des prix rémunérateurs de Sisalco pourraient encourager le passage du charbon à la production à grande échelle de sisal.

Dans les montagnes, la  dégradation de l’environnement est certes due à des facteurs multiples dont l’insécurité foncière, l’élevage libre des animaux, les cultures sarclées, les techniques de brulis  sur des terres à forte pente,  et la distorsion des prix des produits vivriers par rapport aux cultures de rente; mais c’est  surtout la consommation urbaine de charbon de bois qui est un des principaux facteurs de la déforestation.  Or, le prix au consommateur final de charbon de bois n’intègre pas le coût de renouvellement de la ressource et donc induit une externalité négative, en clair incite au gaspillage d’une ressource rare. De plus, des coûts élevés des combustibles domestiques résultant, d’une part, de l’offre insuffisante de charbon et, de l’autre, de la structure  de compétition imparfaite de l’industrie du gaz liquéfié et de l’étroitesse de ce marché, pénalisent les consommateurs qui ont fait le choix optimal du point de vue de l’intérêt collectif. En  l’absence   de politiques fiscales et tarifaires qui d’une part rétablissent les prix réels des ressources rares de l’économie et découragent du même coup l’utilisation abusive de ces ressources et, de l’autre, permettent de contrôler l’exploitation irrationnelle de ces ressources en interdisant drastiquement la coupe de bois dans les zones fragiles ou en subventionnant la production fruitière, des noix d’acajou,  ou des   pins, il y a donc lieu de s’attendre à une aggravation du phénomène.

Malgré des campagnes massives de publicité, l’adoption de produits de substitution au charbon s’est révélée un échec. Les systèmes de diffusion sont inadaptés ; et sans système de financement approprié, l’équipement initial est hors de portée des ménages pauvres  récemment urbanisés qui refusent les nouvelles technologies de cuisson. D’où la nécessité d’établir un dialogue avec les utilisateurs pour comprendre leurs besoins car si les ménages pauvres consomment ainsi c’est qu’ils ont de bonnes raisons de le faire. Le produit de substitution ne doit donc pas être seulement acceptable, il faut qu’il séduise par des atouts rationnels et culturels. Il doit en plus être abordable et facile d’accès comme le montre l’exemple de la vente du GPL dans les stations d’essence en République Dominicaine.

Cependant, la satisfaction des besoins en énergie domestique au coût le plus bas possible est une condition importante du développement et de la survie de ces couches urbaines défavorisées. Faciliter l’accès de ces couches à l’acquisition d’équipements de cuisson plus économes en énergie et modifier les pratiques des grands utilisateurs de bois de feu verts tels les boulangeries, les « guildives » et les entreprises de nettoyage à sec voici deux lignes directrices qui pourraient constituer une cible privilégiée pour des actions de maîtrise de la déforestation. Le nombre d’interlocuteurs dans les entreprises consommatrices de bois de feu vert est ici relativement faible, les potentiels de substitution sont importants et les bénéfices pour la compétitivité de ces secteurs pourraient être immédiats. Malheureusement, l’État, par des mesures dérogatoires notamment au plan fiscal n’encourage pas ce mouvement  vers les énergies de substitution et  ne construit pas  avec les banques locales (il faut malheureusement aller jusqu’au Cayes ou à Aquin pour en trouver une), qui sont en fait des maisons de transfert et non des organismes de crédit, des outils de financement appropriés et des mécanismes de garantie souples facilitant le  passage à des énergies moins destructives pour l’environnement.

Il faut malgré tout en plus faire émerger des projets d’économie locale : banques, ATM et maisons de transferts (Aucune banque commerciale n’est présente à Port Salut, Cotes de Fer  ou à l’Ile à Vache ; et, seule la BNC est présente à Aquin), épiceries et stations d’essence, services divers  limitrophes aux aires de parking (salons de beauté et de massage, cours d’anglais et d’espagnol, école de danse, marché sec artisanal sur le modèle de Bavaro …). Mobiliser des partenaires institutionnels (Chambre de commerce(CCIS), organisations touristiques du sud (ATSUD, OPDETH,CTGS), associations de pêcheurs, de marchandes…) et les sociétés de microcrédit, ne pas faire aveuglément confiance aux forces du marché, s’opposer à l’économisme, faire en sorte que l’équité sociale ne soit pas un vain mot : voilà comment nous pourrons construire le développement durable dans la région avec une nouvelle approche de la performance économique qui malheureusement est absente.

Ces orientations, si elles étaient retenues, apporteraient des revenus aux gens et permettraient de créer les consensus sociaux nécessaires à la paix sociale et  pour attirer les investissements et soutenir une demande stable tout au long de l’année. Dès lors, eu égard à cette nouvelle clientèle, il serait possible de créer des activités économiques, de favoriser la création d’entreprises et de nouvelles sources de richesse. On peut alors imaginer  le développement d’équipements de loisirs : piscine publique payante, location et vente d’équipements  de sports nautiques et de  plongée sous marine, locations de chaises longues, de Kayac, de tentes et parasols à Pointe Sable, Gelée et Cocoyer Anglade. L’aménagement des bords de mer et les  débarcadères nouvellement construits permettraient à des voiliers  à moteur de réaliser des excursions à Ile à Vache,  et Grosse Cayes ainsi que  l’organisation de tours.

III.  UNE NOUVELLE   GOUVERNANCE POUR LA GESTION DE LA REGION

Mais, les obstacles les plus sérieux au développement du tourisme dans la région sont bien plus politiques qu'économiques ou naturels. Cette région ne pourra se développer si elle est minée par des conflits politiques internes qui absorbent l'essentiel des énergies, désorganisent la production, et, paralysent le monde de l'éducation et du travail.  La stabilité politique, ardemment réclamée par tous les secteurs rencontrés est donc la condition nécessaire du succès de tout programme de tourisme durable.  Aujourd'hui face aux multiples exigences de la population de plus en plus sensibilisée au risque d’inondation, cet État faible, assiégé par le clientélisme politique et la corruption, a perdu toute capacité d'apporter des réponses satisfaisantes pour que les principes qui constituent les fondements d’une république (liberté, égalité, fraternité, neutralité, légalité) soient respectés. 

Cette réforme de l’administration est d’autant plus difficile que  l’Etat déconcentré est ici  une juxtaposition de services cloisonnés et disparates dans leur mode d’organisation et dans leur rapport au vice-délégué ; ceci, malgré l’existence virtuelle  du comité technique interdépartemental qui devrait être  un organe indispensable pour favoriser les échanges et fédérer les composantes de l’Etat. Or, les politiques  liées à des domaines de compétence partagées de facto (contrôle de la bidonvilisation, protection de l’environnement, préventions et protection contre les inondations…) nécessite de surmonter les cloisonnements administratifs et de créer des pôles de compétence en vue de privilégier une appréhension globale commune  des problèmes à traiter. Mais, les services déconcentrés de l’Etat dans les arrondissements sont soit inexistants soit ne disposent pas  de moyens et d’effectifs suffisants ni pour assurer efficacement leur charge de travail ni pour  accompagner la décentralisation prônée dans les textes administratifs mais jamais opérationnelle. Dès lors, puisqu’ils sont absents sur ce territoire, il est très difficile de développer une approche conjointe des ministères en charge des infrastructures (MTPTC, MARNDR, MDE, MTIC) avec les municipalités pour  faire converger leurs interventions vers des objectifs transversaux dépassant la responsabilité particulière de chacun d’eux.

Mais, qu’on ne s’y trompe pas, une telle stratégie si elle était appliquée  heurterait de plein fouet les mœurs administratives des différents services déconcentrés de l’Etat, car ils répugnent à coordonner leurs efforts même dans les opérations de crise intéressant plusieurs d’entre eux. L’agent 1 du  CNE ou de la Caravane ne reçoit d’ordre que de son principal: le Palais. Les TPTC et la Caravane ont « leurs » routes qu’ils ne veulent pas partager ni avec le CNE ni avec le Ministère de l’Agriculture qui a « ses » champs et « ses » rivières qu’il ne veut pas partager avec le Ministère de l‘Environnement  et chacun d’eux voudrait mener seul son affaire sans concertation avec l’autre et surtout pas avec le CIAT qui a ses programmes d’aménagement et de développement urbain et  pas avec le Ministère du Plan qui a ses « livres blancs » mais ni l’un ni l’autre n’a  de schémas de cohérence territoriale.

Il faut donc avant tout un secteur public dynamique capable de reconstruire le lien entre l’Etat et cette région. En effet, aucune transformation de la région n’est possible sans un renforcement institutionnel des services déconcentrés des ministères en charge des infrastructures (TPTC, MARNDR, MDE, MTIC), sans le re-engineering des fonctions de service aux usagers, et la prise en compte d’impératifs transversaux qui exigent de mettre en cohérence les interventions, d’intégrer toutes les infrastructures qui donnent formes au territoire dans un programme d’aménagement équilibré et de réduire au minimum les nuisances à la mise en œuvre des projets. En clair, rien n’est possible sans une délégation qui joue véritablement son  rôle de représentant de l’Etat dans la région.

Par ailleurs, la décentralisation incitative prévue dans la loi est en conflit avec les objectifs de coordination opérationnelle et les activités à décentraliser n’existent pratiquement pas au « centre » où il y a lieu en fait de les créer. La planification rarement mise en œuvre quand elle existe et la fragmentation des interventions sans coordination des différents ministères, de la mairie, et des ONG financées par les institutions financières internationales empêchent de profiter des synergies entre les différents projets. Compte tenu des maigres ressources dont disposent les directions déconcentrées, cette politique de renouveau des services publics ne peut se faire sans encourager la synergie entre les missions de plusieurs administrations déconcentrées. Dès lors, pour remettre en ordre ce territoire, réduire les coûts, créer des emplois, réaliser les arbitrages difficiles qui s’imposent, en clair pour accéder à la maitrise des horloges seule une délégation forte appuyée par une assistance technique  solide pourrait apporter les solutions appropriées de construction d’un état réactif.

L’état déconcentré est certes inexistant. Mais, plus grave les mairies ne disposent ni de ressources humaines ni de ressources financières pour relever ces défis. A titre d’exemple la mairie de Port Salut  partage un minuscule bâtiment, sans électricité et sans ordinateur avec  le tribunal de paix et avec le service d’eau potable (CAEPA qui n’a pas d’ingénieur). Le seul technicien « urbaniste » a été démis de ses fonctions par le maire. Comment alors demander à cette entité d’accomplir des tâches de zonage ou de faire respecter des règlements d’urbanisme quand les ressources humaines et financières propres de la commune sont si maigres.

En effet, alors que la ville de Port Salut compte plus de 15 hôtels, autant de restaurants et boutiques, une trentaine d’établissements d’enseignements privés,  le montant des recettes de la patente était évalué à 16,700 gourdes soit moins de 300 gourdes par établissement. Pour un immeuble loué ou pouvant être loué à 50,000 gourdes par an le barème de l’impôt locatif (CFPB) est de 5% et pour un immeuble pouvant être loué à 200,000 gourdes le barème est de 10%. Or, le montant de la CFPB perçu en 2016-2017 par la mairie était inférieur à 150,000 gourdes. Ce qui laisse croire qu’il n’y a pas dans Port Salut 8 maisons pouvant se louer à 200$ US le mois ou 60 maisons pouvant se louer à 50$ US le mois. Ce qui est tout à fait absurde.  Rien d’étonnant que la mairie ne possède et ne peut gérer aucun équipement pour le ramassage des ordures.

Ensuite, pour bien mener ce projet de tourisme côtier durable, il faut d’abord clarifier le statut foncier des terrains limitrophes du domaine public maritime aujourd’hui souvent vandalisés par des squatters comme à Gelée. Les municipalités et les Casec n’ont aucune capacité pour résoudre ce problème. Il revient donc au  MTIC de clarifier les droits de propriété sur les plages publiques  à Gelée, à Pointe Sable, à Petite Anse, à Losandieux, à Ile à Vache, à Grosse Cayes, tout en  faisant  face au principal défi  de la région qui reste la maitrise des risques liés à des cyclones potentiellement dévastateurs.

Cependant, l’autre obstacle majeur à surmonter reste   la clarification de l’autorité de gestion des projets touristiques.  On ne peut laisser leur gestion après les travaux d’aménagement et d’embellissement des communes concernées à un simple comité de gestion issu de la mairie. Il faut avoir une vision plus large d’une entité qui exploiterait les synergies entre les différents sites dans le Sud.

Bien avant le démarrage des  travaux d’aménagement des sites repérés, un Service d’Exploitation des Sites Touristiques du Sud devrait être créé comme un Service public industriel et commercial à simple autonomie financière, qui aura  la particularité d’équilibrer ses comptes par ses propres recettes (billetteries, restaurants, projets, etc) avec pour tâches la gestion des déchets, des sanitaires et de l’entretien des  sites de la région. Ce service aurait aussi pour missions de conduire les enquêtes pour le compte des mairies concernées et du MTIC. Elle devrait être l’opérateur unique de l’Etat dans la région et serait chargée d’assurer le développement de ce secteur en agissant sur trois leviers  principaux:

• En  ramenant l’offre touristique à un niveau compatible avec la demande

• En contribuant à la promotion et au rayonnement de la Marque SUD Haiti.

• En effectuant un travail d’accompagnement personnalisé auprès de chacun de ses partenaires, privés comme publics (mairies et services déconcentrés de l’état), à tous les niveaux de la chaîne de production touristique afin d'accroître sa compétitivité économique.

Sa mission serait aussi d’entretenir un dispositif approfondi et permanent de veille et d’analyse des marchés de l’offre et de la demande touristique dans la région. Elle apporterait son expertise en ingénierie  afin d'accroître la compétitivité des entreprises du secteur hôtelier et l'attractivité des destinations. Son expertise en montage de projets lui permettrait d’apporter un appui à la définition et à la mise en œuvre  des stratégies touristiques retenues dans chaque arrondissement.

Elle aurait à mettre en oeuvre une série d’actions et participer à la définition d’une politique nationale de formation au tourisme afin de :

• Mieux adapter la formation aux besoins des entreprises du secteur.

• Créer un lien permanent avec les entreprises pour ajuster le contenu

de ces formations.

• Et contribuer ainsi au développement de l’emploi.

Cependant, avant toute action de formation, il faut sensibiliser la population locale à l’importance du tourisme. Ensuite, dès l’école fondamentale des enseignements d’éducation à la citoyenneté doivent aider à la construction de consensus et à comprendre le rôle du dialogue dans la résolution des conflits. Parallèlement, les enseignements d’éducation environnementale, d’éducation technologique et l’apprentissage des langues étrangères comme seconde langue (français, anglais, espagnol) viendront renforcer le développement et la formation des travailleurs qui iront en formation continue ou en formation longue dans l’Institut de Formation Hôtelière et Touristique (IFORHT) des Cayes. En faisant porter les efforts sur le savoir être, l’accueil, la restauration, la gestion des sites touristiques, on renforcera la qualité des services des entreprises du secteur. Des accords de partenariat pour l’internationalisation des formations universitaires entre  l’Université Publique du Sud et  l’UAG (Martinique, Guadeloupe) ou l’Université Autonome de Santo Domingo et l’Université Catholique de Santiago (PUCMM) assureront une meilleure adéquation des formations aux métiers du tourisme. Des stages de formation à l’étranger (Vietnam, Chine, France, Floride, Espagne) en ingénierie, management, gestion viendront consolider les compétences des cadres de la région.

La participation des habitants est indispensable au développement du tourisme et au renouvellement des villes. Aussi, l’une des taches prioritaires de cette entité de gestion serait d’encourager et de dynamiser la participation de la population principalement à l’aide  d’une stratégie innovante de « land restructuring » et de réinstallation des populations déplacées lors des expropriations. Mais, la démarche participative telle qu’organisée dans la région ne saurait être conçue avec pour seul enjeu la communication des données du projet aux seuls groupes organisés des communes en oubliant les acteurs comme les promoteurs et investisseurs intéressés à la région. Cette participation  devrait s’organiser autour de trois objectifs :

Démocratiser l’action publique de manière que les nouvelles destinations  soit le fait et la production de tous les habitants ;

Associer les propriétaires, les usagers à cette production et à la gestion des services urbains ;

Favoriser le développement d’initiatives, de projets, et soutenir la création d’activités par les habitants.

En clair, ce projet ne sera un projet de développement durable que si les habitants du Sud s’approprient les projets de développement touristique,  d’urbanisme et de renouvellement urbain en participant :

à un diagnostic partagé de ces territoires et à la définition des enjeux à partir  d’un état précis des lieux,

à la définition des objectifs (tourisme local vs tourisme international) et à la hiérarchisation et programmation des différentes cibles à atteindre,

à l’évaluation scrupuleuse des projets,

à la réalisation des travaux,

et au mode de suivi collectif.

CONSTRUIRE UN ESPACE OÙ IL FAIT BON VIVRE

Après une analyse des freins au développement des activités touristiques dans la zone,  le Ministère du Tourisme et des Industries Créatives (MTIC) doit agir sur plusieurs leviers pour accroitre  l’attractivité de la zone.  En clair, il doit  mettre en œuvre une politique de communication regroupant principalement des actions de publicité, de marketing direct et de promotion de la destination. Mais comment peut-on construire une offre différenciée si on  ne dispose pas de données concernant ni la fréquentation de la zone  (nombre de nuitées,  clients par chambre, durée du séjour, taux d’occupation, saisonnalité, motif et provenance des touristes, typologie des clientèles),  ni l’activité touristique sur la zone. Ici, une meilleure  connaissance   des clients est  la clé pour valoriser la destination Grand Sud, pour séduire le client en amont, et transformer l’internaute en acheteur de la destination à partir de la connaissance de son profil comportemental.  Les municipalités avec l’appui du MTIC doivent donc observer les fréquentations et mettre  à jour les informations sur le parc d’hébergements et les investissements réalisés.

Un site web, en plus des infos pratiques (comment y aller, où se restaurer, où se loger aux environs, consignes à suivre…)  devrait fournir des infos sur les destinations (tous leurs aspects et offres packagées). Il s’agit ici de construire une relation de confiance avec le client en produisant des contenus (vidéos, textes, photos…) en corrélation avec les comportements des clients potentiels repérés à partir d’une analyse fine de la fréquentation du portail et des venues aux sites. Le cout associé à de pareilles initiatives doit figurer dans le budget du MTIC ou être pris en charge par le MTIC. Il s’agit parallèlement de miser sur une activité locale perçue comme authentique pour construire une image de marque spécifique (« Prestige » et la mer, la route du Clairin, dégustation d’huitres, d’homards et de crevettes par exemple, plaisance ou surf vers l’Ile à Vache ou Grosse Cayes).

Le Sud  est connu pour son art de vivre, et véhicule une image positive de convivialité.  C’est inéluctablement la destination du bien vivre. Aussi, elle se doit de devenir une destination dans l’air du temps et moderne. Elle doit donc  donner en plus  l’image d’une destination en perpétuel mouvement, et doit développer des nouveaux produits plus adaptés au mode de vie et aux appétences de modernité et de dynamisme : comme des nouveaux événements, des festivals ou des activités innovantes. C’est bien connu : l’événementiel améliore fortement la notoriété et la visibilité des destinations. L’organisation d’événements est le plus souvent génératrice de valeur et, à plus long terme, d’effet d’image. La qualité des événements comme Destination Aquin, leur organisation, leur caractère innovant et la communication déployée à cette occasion sont susceptibles d’en faire de véritables sources de valeur.

Il faut donc :  

coordonner des événements « hot » avec  les fêtes champêtres :         Saint Joseph 19 Mars (Cotes de fer), Saint Jean  24 Juin (Saint Jean du Sud et Miragoane), Notre Dame du Perpétuel Secours 27 Juin (Cavaillon), Notre Dame du Mont Carmel 16 Juillet (Arniquet), Sainte Anne 26 Juillet (Camp Perrin) et Sainte Dominique  8 Aout (Port Salut), Notre Dame de l’Assomption 15 Aout (Gelée), et Saint Michel 29 septembre (Roche à Bateau);

y associer des circuits de visites d’autres sites (Forteresse des Anglais, le Bonnet Carré, la grotte Marie Jeanne, l’Ile à Vache) avec des activités intercalées entre deux fêtes (festivals de la mer et/ou de la rivière, de la musique (vodou/jazz/rap), de l’artisanat, de la gastronomie créole, Festi Prestige Rara, Bikini Festival, Fête des morts, Plaisir des Iles de l’Avant, Carnaval, Destination  Aquin (Paques)). 

L’entretien et les travaux de rénovation doivent être engagés eu égard aux changements climatiques et aux cyclones pendant la période morte du 15 septembre au 1er novembre.  Et la première semaine de novembre, on pourrait redémarrer avec le « Guede Show and Danse Festival ». Pour attirer cette clientèle, la destination Haiti Grand Sud devra donc jouer sur une marque forte, et au positionnement clair pour permettre de révéler des opportunités, des ambiances qui correspondront aux attentes des touristes. Enfin, il faut stimuler les interactions entre les hôtels de la région  et mobiliser les visiteurs avec des publicités dans ces hôtels et sur Booking.com, Expedia, Baidu, Facebook, Tripadvisor, AirBNB ou à travers des accords de partenariat qui inviteraient les clients à visiter différents sites. 

 Voilà comment le MTIC peut  renforcer l’image festive du Sud comme un espace où il fait bon vivre.

Frantz Verella source Nouvelliste

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