Si Jovenel Moïse est le dirigeant qu’il prétend être, il doit sortir de sa cachette et gouverner

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La rédaction de Le Nouvelliste publie in extenso la traduction de cet éditorial du Miami Herald, paru le mardi 1er octobre 2019, qui fixe la position du journal floridien face à la conjoncture politique, marquée par des manifestations émaillées de violences contre le pouvoir en place, et l’incapacité du président Moïse de reprendre la main.

Rien n'a jamais été facile pour Haïti et ses habitants. Une fois de plus, le pays est sur le point de subir un nouvel effondrement violent alors que les Haïtiens descendent dans les rues pour dénoncer une économie en chute libre, une gouvernance inepte et un trop grand nombre de scandales de corruption qui ont exacerbé leur méfiance à l'égard des personnes élues pour les représenter.

La crise a été aggravée par une pénurie chronique de carburant, et par une dette de 130 millions de dollars, qui perturbait déjà la vie quotidienne avant que la colère suscitée par les problèmes économiques et politiques ne gagne une nouvelle fois les rues.

La dernière crise a été déclenchée par la tentative du président Jovenel Moïse et de ses partisans au Sénat de ratifier son dernier Premier ministre, un bureaucrate du gouvernement accusé d'avoir versé 500 000 dollars à 5 sénateurs pour assurer sa ratification et d’avoir fait main basse sur des millions de dollars de contrats du gouvernement alors qu’il travaillait dans les ministères des Finances et de l’Agriculture.

La séance s'est terminée dans le chaos avec un photojournaliste et un agent de sécurité qui ont été blessés par un sénateur qui, après avoir ouvert le feu, est reparti sans autre forme de procès. Les Haïtiens sont descendus dans la rue pour manifester spontanément, et la situation allait empirer deux jours plus tard lorsque le président a finalement rompu le silence après plus d'un mois avec une adresse à la nation  prononcée à deux heures du matin.

Depuis lors, le président Moïse est apparemment entré dans la clandestinité en demeurant introuvable alors que son pays est en flammes et que des commerces sont incendiés par des manifestants en colère réclamant sa démission. Les appels à sa démission ne cessent d’amplifier, provenant non seulement de l'opposition, mais également de l'Église catholique, du barreau et même d'anciens alliés politiques.

Le peuple haïtien, qui n’a pas accès à de l’eau potable, à une éducation ou à des soins de santé décents, a raison de dénoncer Jovenel Moïse. Il n'a tenu aucune des promesses qu'il avait faites en tant que candidat à la présidence ou en tant que chef de l’Etat après son entrée en fonction il y a 31 mois.

Pour le moment, dans ces conditions aussi imprévisibles, les écoles, les entreprises et les bureaux du gouvernement sont fermés. Dimanche, les Haïtiens ont eu un bref répit après les manifestations de la semaine dernière et les lignes ont commencé à se former à nouveau aux stations-service alors que les Haïtiens ressortaient leurs gallons jaunes.

L'opposition est catégorique: la seule issue à la crise est le départ de Jovenel Moïse. La communauté internationale, y compris l’administration Trump, a gardé le silence sur la corruption et la mauvaise gestion de Moïse. Mais il a réprimandé l'opposition pour son comportement au Parlement, insistant pour que les deux camps dialoguent.

Des décisions doivent être prises pour sauver le pays de cette dangereuse chute libre.

Ce qui est clair, c’est que ce sont les Haïtiens qui doivent prendre en main leur destin. Et la bonne voie devrait être celle qui convient le mieux à Haïti. Les Haïtiens qui veulent chasser Moïse du pays doivent se conformer à un plan d'action visant à empêcher le pays de sombrer dans le chaos.

Jovenel Moïse, pour sa part, doit réapparaître rapidement et montrer aux gens qu'il peut les guider hors de ce pétrin. Il a besoin de parler à la nation, pas à 2 heures du matin dans une adresse préenregistrée, mais de vive voix à un moment où tout le monde peut l’entendre. Il doit instaurer la confiance dans l'économie. Il doit lutter contre la corruption, en commençant par desserrer la mainmise du gouvernement sur l’achat de carburant et en toute transparence. Il doit montrer qu'il est prêt à faire des concessions.

Et il doit montrer qu'il veut vraiment sauver Haïti.

Traduit de l’anglais par Patrick SAINT-PRE source le nouvelliste

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