(Re) penser la sécurité du point de vue d’Haïti

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Tel a été le titre d’un diner-causerie ayant eu lieu le jeudi 11 avril 2019 (11h30 AM-14H) à l’Université Laval, au Pavillon Felix-Antoine Savard (Local FAS-813).

Cet événement a réuni trois spécialistes d’Haïti. D’abord, Stephen Baranyi, professeur agrégé à l’École de développement international de l’Université d’Ottawa, qui travaille en Haïti sur plusieurs enjeux depuis 2006. Ensuite, Arnaud Dandoy, Docteur en criminologie (Université de Kent, Royaume-Uni), actuellement chargé de cours à la Faculté de Droit et des Sciences Économiques de l'Université d'État d'Haïti et membre co-fondateur du Réseau de recherche en criminologie de l'action humanitaire. Détenteur en 2015 d’une bourse postdoctorale du Fonds Croix-Rouge française pour une recherche intitulée « L’impact de la gestion des risques sécuritaires sur les relations sociales dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince », il travaille actuellement sur la réforme du secteur de la justice et de la sécurité en Haïti et en particulier sur les problématiques carcérales. Enfin, Roberson Édouard, professeur associé au département de sociologie de l’Université Laval, qui, depuis plus d’une dizaine d’années, aborde plusieurs enjeux de développement dont la pauvreté, l’exclusion sociale, la violence et la prison ; et est auteur de plus d’une vingtaine de publications scientifiques dont Violence et ordre social en Haïti. Essai sur le vivre-ensemble dans une société postcoloniale (Québec : PUQ, 2013).

L’équipe organisatrice de cet événement était constituée de la revue Aspects sociologiques, l’Association des Étudiant.e.s en Sciences Sociales (AESS), l’Association des Étudiant.e.s Antillais.e.s de l’Université Laval, etc. Selon l’équipe organisatrice de cet événement, « Haïti est souvent présenté comme un cas d’exception : pays le plus pauvre de l’hémisphère, entité chaotique ingouvernable, État faible ou en faillite, etc. C’est généralement sous l’angle d’un certain exceptionnalisme que tout ce qui s’y rapporte est ordinairement perçu ». Toutefois, poursuit le staff organisateur, « par-delà ce biais d’exception, il est possible de penser la plupart des grandes questions du monde contemporain à partir de ce pays, de son histoire et de sa population ».

Devant un public d’étudiant.e.s et d’enseignant.e.s-chercheur.e.s (environ une centaine), les intervenants ont posé des jalons pour (re) penser la problématique de la sécurité du lieu d’Haïti. Comment assurer la gouvernance et la réforme du secteur de la sécurité à partir d’Haïti ? Telle a été la question ayant servi de fil conducteur à cette journée d’échanges.

Stephen Baranyi a abordé un sujet très intéressant : « Des réformes sécuritaires de “deuxième génération” ou la violence sans fin en Haïti ? ». D’entrée de jeu, le professeur laisse entendre que, « dans la littérature sur la réforme du secteur de la sécurité (RSS), il existe un vif débat entre les optimistes qui soutiennent que la RSS de deuxième génération (RSS2G) fait son apparition dans certains contextes, et les critiques postcoloniales selon lesquelles, malgré certains changements discursifs, les pratiques sécurisées d’origine occidentale dominent toujours dans les faits ». Sa communication s’est basée sur l’approche de Larzillière (2016) montrant que « la diffusion du pouvoir mondial offre aux acteurs du Sud une marge de manœuvre pour construire des alternatives à la RSS de première génération ». En ce qui concerne le contexte haïtien, le chercheur affirme que, « si certaines parties prenantes ont utilisé la marge de manœuvre d’Haïti pour faire progresser les réformes type RSS2G, d’autres acteurs puissants privilégient des objectifs de sécurité étatique dans un contexte politique et socioéconomique qui contraint la consolidation d’une nouvelle approche ».

Le professeur Arnaud Dandoy a interrogé l'éthique du care en lien avec l'exceptionnalisme humanitaire. Sa présentation a mobilisé certaines théories féministes du care en rapport avec la criminologie critique de Jock Young. Le chercheur a encouragé le public à réfléchir sur les mécanismes inégalitaires qui sont à la base des relations entre les acteurs humanitaires et la population locale. Pour finir, le spécialiste en criminologie s’est demandé « si la solution au problème de l’insécurité pour le personnel humanitaire ne résiderait pas d’abord et avant tout dans la résolution des formes d’inégalité dans la répartition et la reconnaissance dont font l’objet celles et ceux qui appartiennent aux groupes sociaux marginalisés ».

Par ailleurs, Roberson Édouard n’a pas eu le temps qu’il fallait pour présenter les résultats de sa recherche intitulée :  « Le vigilantisme haïtien : un impensé dans la gouvernance du secteur de la sécurité ». Toutefois, il a pu expliquer en quelque sorte la problématique des « brigades de vigilance » dans les séries d’échanges avec le public. Il a mis en exergue différentes mesures de contrôle social dans le contexte urbain haïtien. Ce sont des « modes non-étatiques de protection » dont la justification se trouve au niveau de l’inefficacité « des acteurs publics de sécurité ». Durant sa courte présentation, le professeur a exploré « les prestations de services de sécurité dans les quartiers pauvres et les camps de déplacés des zones urbaines d’Haïti », posé la problématique « de la légalité des brigades, l’ambiguïté et la méfiance réciproque dans les rapports entre les brigades et les forces de l’ordre, ainsi que les significations profondes du vigilantisme en Haïti ».

 

Ricarson DORCE

Author

Détenteur d’une licence en psychologie, d’un diplôme de premier cycle en droit et communication sociale, d’une maîtrise en histoire, mémoire et patrimoine ainsi que d’un diplôme de deuxième cycle en sciences du développement, Ricarson Dorcé est doctorant en ethnologie et patrimoine (à l'Université Laval,...

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