Quoi retenir de l’affaire Martelly?

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Carla Beauvais

L’ancien président d’Haïti Michel Martelly, aussi connu sous le nom d’artiste Sweet Micky, a dû annuler la représentation de son spectacle prévue à Montréal vendredi dernier. Les raisons officielles du retrait seraient liées à des problèmes de visa qu’auraient eus deux de ses musiciens à Miami.

La venue de Martelly en sol québécois avait suscité de vives réactions de la part de certains membres de la communauté haïtienne, qui s’opposaient à la venue de l’ex-président en raison de ses possibles malversations alors qu’il était au pouvoir (affaire PetroCaribe) et de ses propos misogynes, voire violents, envers les femmes. Des pressions ont été faites auprès de la mairesse Plante et du premier ministre Trudeau pour empêcher l’entrée au Canada du chanteur. Une mobilisation structurée a été lancée par le sociologue Frédéric Boisrond et soutenue par différents organismes.

La communauté haïtienne, divisée sur la question, s’est alors tournée vers les réseaux sociaux et les médias traditionnels pour étaler ses points de vue contradictoires et débattre de la légitimité ou non de refuser que Martelly se produise à Montréal. D’un côté, de fervents défenseurs de la liberté d’expression et du caractère amusant de l’artiste qu’on doit dissocier de l’homme politique, et de l’autre, un plaidoyer pour l’imputabilité politique et la justice sociale. Un dialogue de sourds qui, à part faire ressortir les travers de la communauté, n’a pas encore réussi à faire lever le débat de façon constructive.

Je me questionne sur l’impact que la communauté haïtienne pourrait avoir si elle mettait autant d’énergie et faisait davantage de lobby sur les questions liées à l’ingérence étrangère en Haïti ou à la corruption omniprésente.

Que l’annulation du concert soit le résultat de la pression exercée par les organismes ou non, il m’apparait important de souligner que cet épisode a su faire la démonstration qu’il est possible pour la diaspora haïtienne de Montréal de se mobiliser autour d’enjeux structurants pour Haïti. Qu’une force vive composée de jeunes d’origine haïtienne a la capacité d’user de son influence virtuelle pour exercer un réel leadership tout en ayant un impact concret sur l’image du pays véhiculée à l’international.

Non que le dénouement de l’affaire Martelly ne revête pas une importance symbolique dans son contexte controversé, mais il me semble qu’il serait pertinent pour Haïti qu’on mette autant d’énergie à résoudre des problèmes urgents qui feront une différence dans la vie du peuple haïtien pris en otage depuis des lustres. Que les voix qui s’élèvent de part et d’autre s’unissent pour tenter de changer la trajectoire actuelle du pays qui se dirige vers une de ses périodes les plus sombres, au lieu de s’épuiser sur des querelles autour d’une soirée konpa.

Qui a tort ou raison n’a aucune importance. Il faut qu’une mobilisation non partisane puisse émerger avec l’unique but d’apporter des solutions concrètes aux problèmes économiques, politiques, sociaux et structurels du pays. Sans discréditer les courants opposés de l’affaire Martelly, je me questionne sur l’impact que la communauté haïtienne pourrait avoir si elle mettait autant d’énergie et faisait davantage de lobby sur les questions liées à l’ingérence étrangère en Haïti ou à la corruption omniprésente.

La diaspora haïtienne à Montréal ne peut à elle seule résoudre le sort d’Haïti­, mais elle a la capacité­, le devoir et les moyens de prouver que la devise haïtienne, L’union fait la force, n’est pas qu’une rhétorique, mais la seule solution possible pour une nouvelle Haïti!

Carla Beauvais Source METRO

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