Que veulent provoquer les Américains en Haïti ?

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Frantz Duval - Président de l'ANMH - Rédacteur en chef du Nouvelliste

Les États-Unis multiplient les signaux d’apaisement dans une gestion particulière de la crise haïtienne.

"Le tout-va-bien en Haïti à l’américaine" passe par la levée du niveau d’alerte 4 en ce qui concerne les conseils de voyages pour ceux qui veulent visiter Haïti et par la visite ce lundi de nouveaux responsables politiques américains qui évitent soigneusement de donner vitrine aux plus extrémistes ou de provoquer des face-à-face entre pro et anti-Jovenel Moïse.

Si cette fin de semaine c’est le sommet Haïti Tech qui était la preuve que tout va bien et qu’on pense encore à l’avenir en Haïti, la semaine d’avant, c’était le porte-parole du Département d’Etat qui avait apaisé les ardeurs des uns et les craintes des autres en réitérant la position américaine sur Haïti.

Rien de nouveau depuis que les épisodes de la crise haïtienne se suivent et se ressemblent: Les institutions haïtiennes doivent faire leur travail. Le gouvernement doit exister et gouverner. Les manifestants doivent manifester sans violence. L’exécutif et l’opposition doivent dialoguer.

Comme on le dit si bien en Haïti “plak la kole”. Cela fait des mois que ces remèdes sont prescrits sans résultat. 

Les formules restent les mêmes et il est à craindre que les résultats aussi soient les mêmes. Chaque secteur risque de rester sur ses positions. Jovenel Moïse va se croire renforcé. Les parlementaires, de plus en plus des éléments neutres, vont se croire bousculés ou minimisés. L’opposition traduira l’appel au dialogue comme un appel au compromis, à la compromission.

La vraie fausse mission de l’OEA, comme la vraie fausse mission des mercenaires missionnaires, n’aide pas.
En fait, les Américains, comme tous les autres acteurs de la crise haïtienne contemporaine, n’ont pas de solution. Pas de levier. Pas envie de changer de position.

Chacun reste sur ses convictions.

Même pour organiser le dialogue qu’ils appellent de leurs vœux depuis des mois, les États-Unis et leurs relais que sont l’ONU et l’OEA ne se mouillent pas. Que veulent-ils que le pays comprenne de leur position ?

Sont-ils devenus des adeptes des vœux pieux alors que la situation sécuritaire sur le terrain et la situation économique empirent ?

Il y a eu des changements depuis décembre 2018 : la situation réelle s’est fortement détériorée; le crédit du président s’est amenuisé; la population a fini par comprendre que rien de mieux ne lui sera proposé.
Autres changements, les églises et le secteur privé haïtien ont décidé de rompre les amarres avec l’ordre établi.

Alors, cette fois, si les Américains ne proposent pas plus qu’un appui verbal à Jovenel Moïse, s’ils ne l’inondent pas de centaines de millions de dollars pour l’aider à sortir le pays du marasme, il est à craindre que leurs déclarations soient interprétées comme un appel aux divers camps à se radicaliser plus qu’une invitation à respecter l’ordre constitutionnel.

Ou pire une carte blanche à la mauvaise gouvernance et à la corruption et une invitation à s'en accorder. 

Edito du Nouvelliste

Author

Frantz Duval collabore au Nouvelliste depuis 1985. Il a une grande histoire de fidélité et de passion avec Le Nouvelliste où il a occupé les postes de responsable Création et Interactivité à partir de 2002 et de responsable de la section Economique à partir de 1994. Directeur de publication de Ticket et...

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