Un quart de siècle pour! la Radio Kiskeya

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Ce dimanche, nous avons dressé un tableau sombre de la réalité de la presse haitienne qui est méconnaissable. Il y a eu beaucoup de réactions et nous avons pris note. Un fait est certain, la presse haitienne est sur le lit de mort et nous attendons un miracle. Bien que dans mon texte, j’ai pris le soin de saluer le courage de certains journalistes et de certains médias qui bravent le danger quotidiennement pour informer, former, distraire, éduquer et transformer les Haitiens ; mais certains compatriotes sont mécontents.

 L’icône nationale de la Radio Kiskeya, Mme Liliane Pierre eût à dire son mot. Nous profitons de cette heureuse occasion pour dire à la Radio Kiskeya qu’elle est au-dessus du lôt comme un nombre infirme de médias qui se soucient du combat forcené que livre le peuple haitien pour recouvrer sa liberté, sa souveraineté et avancer vers la voie de la stabilité et du développement endogène durable. 25 ans de cela, trois professionnels chevronnés, trois visionnaires ont fait l’unité dans la diversité pour porter sur les fonts baptismaux cette station de radio qui charrie la lutte de tout un peuple. Sony Bastien, Liliane Pierre-Paul, Marvel Dandin étaient parmi les meilleurs de leur génération et les plus crédibles. Quand ils ont décidé de joindre leurs flambeaux en faisceaux pour projeter une lueur nouvelle sur l’écran d’Haiti avec la Radio Kiskeya, la population était au rendez-vous pour les supporter. 25 ans n’est pas 25 jours.

Quand trois jeunes professionnels choisissent de faire front commun pour monter une entreprise dans un domaine d’activité aussi risqué qu’est la radiodiffusion dans un pays difficile, on doit saluer leur courage et leur détermination. Sony Bastien n’est plus de ce monde, mais il a marqué son temps et le peuple haitien lui sera toujours reconnaissant pour ce joyau de haut prix qu’est la Radio Kiskeya. Quand on parle de dérives constatées au sein de la presse haitienne aujourd’hui avec le phénomène de « machann mikwo », on doit souligner qu’il y a toujours des modèles acceptables et sérieux à suivre. Je n’ai jamais eu le privilège de rencontrer et de parler avec ces visionnaires qui ont donné à ce pays ce patrimoine national qu’est la Radio Kiskyea, mais j’ai appris à les connaître à travers leurs prises de position, leur engagement dans la lutte pour l’émergence d’une Haiti Nouvelle. La Radio Kiskyea a connu des moments difficiles de 2000 à 2004, mais elle a pu surmonter les obstacles et a gratifié le pays de quinze belles années de plus et l’expérience continuera vitam aeternam. La Radio Kiskeya va au-delà des personnes de Lilianne Pierre-Paul, Marvel Dandin et Stéphane Pierre-Paul. La Radio Kiskeya est plus qu’une station commerciale, c’est une radio communautaire avant tout.

La Radio Kiskyea permet de démocratiser la communication et l'accès à l'information, elle valorise la culture locale. La Radio Kiskeya est indépendante des gouvernements, des partis politiques, des entreprises commerciales et des institutions privées et religieuses en ce qui concerne l'élaboration de sa vision, de sa ligne éthique et de sa programmation. La Radio Kiskyea offre une diversité de programmes et de contenus. L’intellectuel s’y retrouve, le paysan est comblé, le travailleur s’identifie à la radio ; l’universitaire et le jeune s’y retrouvent. La Radio Kiskeya offre des émissions interactives, informatives, des causeries et des émissions éducatives. « La radio tient compte des préférences des auditeurs dans le choix des formats à retenir. Quant aux contenus, ils couvrent de nombreux sujets et reflètent également les aspirations et les besoins du public. Il est pour l'essentiel, fonction de mode de vie, des ressources de la communauté et des difficultés auxquelles elle est confrontée. » Malgré la déchéance qu’on vit aujourd’hui, la station de la Ruelle Vilemenay donne espoir. S’il n’y avait pas une station comme la Radio Kiskeya qui est nationale, comment serait la vie en Haiti qui est tout de même précaire ? Les bandits légaux, les ennemis communs d’Haiti ont voulu mettre fin à ce mariage parfait entre le peuple haitien et l’époux fidèle et responsable qu’est la Radio Kiskeya, mais l’esprit du bien et de la solidarité à triomphé sur le mal.

Aujourd’hui, avec l’essor des nouvelles technologies de l’information, les médias traditionnels n’ont pas le monopole du débat. Le journaliste n’est plus un magister dixit, il est appelé à innover, à rendre plus accessible l’information et à permettre au public d’être partie prenante du processus de décryptage de l’information. Nous savons que les propriétaires de la Radio Kiskeya ont consenti de grands sacrifices sur le plan financier pour faire les quatre volontés du peuple haitien qui est traqué par ses ennemis puissants et féroces. Durant ces 25 années, la Radio Kiskeya a formé nombre de travailleurs de presse. Certains continuent à marcher sur les traces des trois prodiges et modèles que sont les fondateurs de ce média, mais d’autres ont rejoint l’équipe solide des « machann mikwo ». Nous pouvons dire haut et fort aujourd’hui qu’il n’y a pas de « machann mikwo » à la Radio Kiskeya. Nous souhaitons de tout cœur que la population haitienne comprenne le travail de titan que font ces travailleurs de presse qui bravent le danger journellement pour l’informer et l’éduquer. Siw pa tande yon nouvèl sou Kiskeya se tripotaj li ye.

Durant le quinquennat de Michel Martelly, la Radio Kiskeya avait pris son courage à deux mains pour dénoncer l’inacceptable. Je me rappelle de cet après-midi où la présentatrice du journal de 4 heures avait dénoncé une tentative de la présidence de soudoyer des journalistes accrédités au Palais National. La Radio Kiskeya est une perle rare dans cet environnement mafieux. Les propriétaires de la Radio Kiskeya comprennent mieux que quiconque le dilemme haitien. Aujourd’hui, nous sommes des prisonniers dans notre propre pays. Ayiti pa bandi yo diferan e li se yon paradi. La Radio Kiskeya ne fait pas que dénoncer, elle agite les idées santiboniques. « Dim ma di’w » et « Intérêt Public » sont deux émissions phares qui ne laissent pas indifférents les bien-pensants et les auditeurs avisés de la radio. Il y a une guerre déclarée contre l’intelligence, contre les gens de valeurs, les gens honnêtes de ce pays. Diriger une station de radio ces jours-ci n’est pas une mince affaire. Avoir tous les yeux rivés sur soi et fonctionner dans les limites strictes des règles déontologiques du journalisme nécessite la mise en place d’un système de check and balance. A entendre les témoignages des employés de la Radio Kiskeya, les propriétaires ne sont pas motivés par l’argent, ils veulent servir avant tout. La Radio Kiskeya est à la fois une radio de proximité, une radio privée ou commerciale et une radio communautaire.

La Radio Kiskeya n’est pas la seule exception à la règle. Mais, elle reste et demeure le porte-étendard des idées nouvelles et transformatrices nécessaires pour l’émergence de la Nouvelle Haiti. Le chemin à parcourir pour arriver au bout du tunnel est tortueux, mais quand nous avons des médias qui comprennent la nécessité de donner le ton de manière positive et qui comprennent aussi que l’importance de la presse dans une société qui se veut juste et démocratique n’est pas seulement d’informer, de divertir, mais d’éduquer, nous pouvons espérer que le changement arrivera à coup sûr. Nous souhaitons que les patrons de médias, les journalistes et tous les travailleurs de presse en Haiti comprendrons qu’ils sont appelés à façonner l’âme collective et à rendre possible la mise en place de la communauté d’intérêts et de la masse critique. Nous devons être pragmatiques et réalistes, mais nous ne devons pas prendre pour acquis que nous sommes tous sous l’emprise de la mafia et des corrupteurs. Ils sont nombreux ceux qui résistent et qui sont encore debout. Il ne s’agit pas de tirer à boulets rouges sur les autres, loin de là. Nous devons apprécier le travail des institutions qui montent la garde et qui s’érigent en bons guides. La Radio Kiskeya est une fierté nationale et nous devons l’honorer. Nan ti rès ki rete nan peyi a, nou ka kontinye konte sou Lilianne, Marvel e tout lòt jounalis k ap alimante gwo tonton ekip sa Radyo Kiskeya reprezante. Ad multos anos. Longue vie à la Radio Kiskyea ! Que le combat continue pour la résurrection de la presse haitienne afin qu’elle puisse accompagner le peuple haitien vers la victoire finale qui débouchera à coup sûr la paix, la stabilité, la liberté et le progrès durable.

Kerlens Tilus 05/07/2019
[email protected]
Tel : 631-639-0844 

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