Pacte de gouvernabilité, Plan d’Action, CIRH… : Quand passera-t-on à l’action ?

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« Pacte de gouvernabilité » est l’expression à la mode aujourd’hui. Ce Pacte vise à résoudre la crise politique actuelle, à assurer la stabilité et à promouvoir le progrès social et économique du pays. Ce sont trois grands projets notamment les deux derniers qui ne sauraient être réalisés dans les trois prochaines années, contrairement aux vœux du Premier Ministre.

Quiconque lit le document se rendra à l’évidence qu’il n’est, pour une très large part, que le résumé du Plan d’action  pour le relèvement et le développement d’Haïti dont la CIRH a géré les fonds.  De plus, le niveau très élevé  de la corruption en Haïti, comme en témoigne le scandale de la gestion des fonds Petrocaribe, montre clairement que le temps n’est pas à la définition d’un Pacte mais à la mise en application des programmes existants ou à faire leur évaluation et audit. Aussi, pour bien intentionné que puisse être le Premier Ministre, faut-il voir que sa décision n’est pas trop bien pensé, car tout pacte de gouvernabilité devrait, dans la conjoncture actuelle,  se donner pour objectif de prendre les mesures de lutte contre la corruption et de les faire appliquer (même s’il est évident que ce gouvernement ne pourra pas faire le Procès Petrocaribe). De ce point de vue, j’analyse dans cette EPP deux projets du Plan d’action de la CIRH à la lumière du présent « Pacte de gouvernabilité », qui ont piteusement échoué. Ne serait-il pas mieux d’identifier les causes de ces échecs et d’y remédier que de réélaborer le même plan ? 

2 – Plan d’action et modernisation de l’administration publique  

Le Plan stratégique de développement d’Haïti qui, pour une large part, émane du Plan d’Action conçoit entre autre actions la refondation institutionnelle de l’Etat dont l’un des axes est la modernisation de l’administration publique. Ce projet visait à réaliser, entre autres choses, la mise en place d’un portail Internet gouvernemental, la mise en ligne de certains services publics et la transparence dans la gestion du patrimoine de l’État. Pourquoi ces actions n’ont-elles pas été réalisées ? La visite du portail web de l’OMRH,organe  de la coordination de l’action gouvernementale et donc l’agent par excellence de la gestion de l’administration publique haïtienne,  permet facilement de tirer les conclusions.

La plupart des sections du site web sont dites « en construction ».  Dans le cadre de la modernisation de l’administration publique, la section « Réforme de l’Etat » du site web devrait contenir des informations pertinentes. Cependant, à l’instar des autres sections, elle est « en construction ». Pis encore, les fenêtres « fonction publique », « administration centrale », « déconcentration », « décentralisation » et « e.gouvernance » sont toutes vides. La section « décentralisation » comporte un seul texte au titre ô combien attrayant « La question de la décentralisation en Haïti : Contexte historique et perspectives » et qui laisserait croire qu’il s’agissait d’un grand document de référence mais étonnamment ne comporte que 745 mots (une page et demie). Les sites web de la Banque centrale et de l’Institut haïtien de statistiques ne font pas mieux. Sites de référence pour toute étude sur le développement d’Haïti, ils contiennent très peu d’informations présentées étrangement en PDF, contrairement à la tendance globale où les données sont présentées sur des logiciels tels qu’Excel permettant leur facile utilisation. Pourquoi cette peur de mettre les informations à portée des citoyens dans cette ère de gouvernement ouvert ? Par ailleurs, nous félicitions le Ministère des Finances qui a commencé à publier certaines données en Excel.

3 – Plan d’action et projets de transport

Le Plan d’action, pour sa part, envisageait à construire 600kilomètres de routes et d’autres ouvrages nécessaires au désenclavement des régions. De plus, il était prévu la réhabilitation et l’augmentation de la capacité d’accueil de l’aéroport de Port-au-Prince et la construction de  deux autres aéroports internationaux à proximité des villes du Cap Haïtien et des Cayes, ce en vue du développement économique et du tourisme du pays. L’amélioration des ports était aussi considérée. Mise à part la relocalisation du  port de Port-au-Prince, il était aussi question de la construction de deux autres ports.

Il faut savoir pourquoi la grande majorité de ces projets, à part l’aéroport de Cap-Haitien, n’ont pas vu le jour. Serait-ce qu’ils n’aient pas été bien pensés ? Que des occurrences non prévues ont rendu impossible leur implémentation ? Ou que les fonds disponibles ont été détournés ? La réponse peut être une combinaison des trois. Au Plan d’action, l’aide qui allait être reçue de la communauté internationale devait être distribuée comme suit : un quart en dépenses de fonctionnement ou dépenses courantes et trois quarts en investissement dans des projets de développement. Cependant, tel que je l’ai montré dans l’EPP « Avec seulement 15% en investissements, les dépenses de l’Etat haïtien sont improductives et, donc, n’encouragent pas le développement», 85% du budget national est alloué aux dépenses de fonctionnement contre seulement 15% en investissement. De plus, le Plan d’action indique aussi que 20% du budget devrait être alloué à l’éducation, 17% à la production agricole, 13% aux travaux publics et 5% à la santé. Qu’est-ce qui explique que les budgets de ces différents secteurs, tous porteurs de développement, sont très en dessous de ces proportions ? Où sont passés les fonds ?  La réponse à ces questions est ce à quoi devrait s’atteler tout pacte de gouvernabilité.  Il ne fait aucun doute que la corruption y joue un grand rôle dans la non-réalisation de ces projets.

4 – Conclusion

Le rôle du « Pacte de gouvernabilité » devrait être la lutte contre la corruption, c’est-à-dire d’investiguer et de présenter au grand public pourquoi ces projets n’ont pas été implémentés. Pour ce, le gouvernement devrait inclure dans ses rangs de solides techniciens en vue de faire la lumière sur ces questions. Cependant et malheureusement, le Pacte ne fait que reprendre les idées du Plan d’action de 2010. On est donc encore à la phase de l’élaboration d’un plan (comme il en est toujours le cas), alors qu’on devrait être à l’implémentation, à l’évaluation et à l’audit, ce en vue de lutter contre la corruption.  

Enfin, tout comme le peuple juif qui a demandé un signe à Jésus, le peuple haïtien a besoin d’un signe de ces « temps nouveaux » que prêche le gouvernement. Et ce signe ne peut être que la lutte contre la corruption. S’il est clair que le gouvernement ne pourra pas faire le Procès Petrocaribe, il existe, par ailleurs,  bien d’autres cas de corruption d’envergure où le pouvoir peut manifester la volonté de réduire la corruption, ce qui est nécessaire au développement socioéconomique et politique à long terme d’Haïti.

Joseph Harold PIERRE

Economiste/Politologue

@desharolden/[email protected]

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