Montréal interdit les bouteilles en plastique, que fait Port-au-Prince ?

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«On ne peut pas recycler toutes les bouteilles d’eau. On souhaite que Montréal soit un chef de file et puisse limiter son approvisionnement en eau embouteillée», a confirmé à la presse M. Francesco Miele, conseiller de la municipalité Côte-de-Liesse.

La ville de Montréal venait de décider à l’unanimité le lundi 28 mai 2018 de bannir progressivement les bouteilles d’eau en plastique à usage unique dans tous ses établissements et toutes ses unités d’affaires de la ville, à l’exception de l’approvisionnement nécessaire en cas de crise ou situation d’urgence. Le projet présenté par l’opposition officielle, Ensemble Montréal, a été voté par tous les élus du conseil municipal. Tous les bureaux de la ville et les édifices municipaux, y compris les centres sportifs, sont visés par cette décision.

Benoît Dorais, président du comité exécutif, a indiqué que la ville de Montréal appliquera progressivement la décision. «On va mettre de l’avant les mesures qui s’imposent, en respect des compétences des arrondissements. Ce qu’on entend, c’est une volonté du conseil municipal de s’attaquer à la surutilisation du plastique», a-t-il soutenu.

Par cette décision, supportée par la mairesse de Montréal, Valérie Plante, la distribution des bouteilles de 500 millimètres dans les arénas, les bibliothèques et les diverses installations de la ville de Montréal sera bannie. Environ 700 millions de bouteilles en plastique se retrouvent chaque année dans les lieux d’enfouissement au Québec. M. Francesco Miele, concepteur de la nouvelle décision, croit que cette de nouvelle mesure pourra permettre d’économiser des milliers de dollars.

La Commission sur l’eau, l’environnement, le développement durable et les grands parcs consultera la population, les entreprises, l’industrie du plastique et le milieu environnemental afin de déterminer les modalités d’application de la nouvelle mesure. La ville de Montréal a également pris la décision de mettre sur pied une stratégie globale de réduction du plastique sur l’ensemble de son territoire. La réduction du plastique sera incluse dans le Plan de gestion des matières résiduelles que proposera la ville cette année. «Il faut une stratégie mesurable et chiffrable pour limiter la dépendance au plastique à usage unique», a indiqué M. Miele, rappelant notamment la hausse des coûts de tri des matières recyclables, dans des propos rapportés par le journal Metro du 29 mai 2018.

Auparavant, la ville de Montréal avait décidé d’interdire les boissons sucrées dans ses installations. Les ententes avec les fournisseurs de ces boissons sont en cours de renégociation. Parallèlement, le début de l’année 2018 a sonné le glas des sacs de plastique minces à Montréal, mais aussi dans plusieurs autres villes et pays du monde. La ville de Montréal permet toutefois aux commerçants d’offrir des sacs plus épais avant de penser à interdire tous les sacs de plastique dans un horizon allant jusqu’à cinq ans ».

À partir du début du mois de juin, les commerçants montréalais qui continuent à distribuer des sacs en plastique de moins de 50 microns sont passibles de sanctions. Les autorités municipales prévoient des amendes pouvant varier de 200 $ (s'il s'agit d'une première infraction) à 4 000 $ dans le cas d'une récidive.

Au début de l’année 2018, Recyc-Québec a publié une étude qui révèle que les sacs plus épais doivent être utilisés trois à six fois pour avoir un meilleur impact environnemental que les sacs minces.

Un mouvement mondial

Actuellement, environ une soixantaine de pays ont réglementé la réduction de l’utilisation des sacs de plastique. Les municipalités ont joué un rôle prépondérant dans ces règlementations. Plus de 300 villes ont pris des actions visant à réduire la consommation de sacs à usage unique. En moyenne annuelle, la consommation de sacs s’élève à environ 1 000 milliards à travers le monde, dont environ 380 milliards aux États-Unis, 100 milliards en Europe et 3 milliards au Canada. Il se pose alors un problème de recyclage crucial à travers le monde. D’autant plus que chaque sac en plastique met plus de 400 ans à se dégrader dans la nature.

Il y a cinq ans, en 2013, la Commission européenne avait pris la décision d’imposer aux États membres l’obligation de réduire la quantité de sacs de plastique à usage unique. La Commission avait fixé la limite de consommation annuelle à 90 sacs par personne d’ici 2019 à 40 sacs par personne d’ici 2025. Il était prévu également que les États devaient s’assurer, qu’à compter de l’année 2018, les sacs ne soient plus offerts gratuitement. Une approche économique visant à décourager leur utilisation.

 

La Pologne, la Grèce et Chypre figurent parmi les plus récents pays à adopter ces types de réglementations. L’Irlande et le Danemark sont les pays européens qui ont réussi à réduire le plus drastiquement la consommation de sacs à travers une taxe très élevée sur ces sacs. L’Irlande arrive à réduire la consommation des matières plastiques de 95 %. En moyenne, elle est passée de 328 sacs par personne par an à 18 sacs. Au Danemark également, les autorités avaient imposé une taxe allant de 0,40 $ à 0,70 $ par sac, ce qui a engendré une baisse de 50 % du nombre de sacs utilisés qui est passé de 800 millions en 1994 à 400 millions récemment.

Aux États-Unis, l’État de la Californie a interdit l’utilisation des sacs en plastique bien avant la ville de Montréal. Celle-ci s’inspire d’ailleurs grandement des normes adoptées par la Californie. Portland a pu réduire sa consommation de sacs en plastique de plus de 300 % depuis la décision l’interdire ces produits. Washington, pour sa part, a imposé une taxe qui a fait diminuer sa consommation de 80 % en un an.

Les Philippines restreignent l’utilisation de ces sacs depuis le passage du typhon Ondoy en 2009. Ce dernier avait provoqué des inondations qui montraient l’ampleur de la catastrophe que provoque l’utilisation des sacs en plastique. Ces sacs bloquaient les systèmes de drainage, ce qui avait pour conséquences d’amplifier les dégâts.

L’Afrique aussi

Plus d’une dizaine de pays africains ont déjà emprunté le pas. Ils ont pris la décision d’interdire ou de taxer fortement les sacs en plastique. Le Kenya a adopté des mesures drastiques à la fin de l’année 2017. Il s’agit de l’une des réglementations les plus sévères au monde, qui prévoit des amendes de 40 000 $ et quatre ans de prison pour les personnes qui produisent, vendent ou distribuent des sacs en plastique.

Le Rwanda a suivi la même logique. Il envisage des peines de plus de six mois de prison contre les importateurs clandestins. Certaines entreprises ont même été fermées pour avoir utilisé du plastique. Des avertissements sont affichés depuis l’aéroport de Kigali afin de prévenir les touristes contre toute utilisation des sacs en plastique.

Qu’en est-il d’Haïti ?

La quantité de matières en plastique qui jonche les rues de la capitale haïtienne démontre sans ambigüité la nécessité d’agir. Jusqu’à présent, les mesures les plus utilisées à l’étranger demeurent l’interdiction ou la taxation. Un arrêté en date du 18 juillet 2013 visait à interdire la production, l'importation, la commercialisation et l'utilisation, sous quelque format que ce soit, des sacs en polyéthylène et des objets en polystyrène expansé (PSE ou PS cristal ou styrofoam). L’usage des plateaux, barquettes, assiettes et gobelets en foam ainsi que les sacs en polyéthylène devait être strictement interdit.

L’arrêté ne mentionnait pas les matières en plastique qui sont tout aussi nocives. Qui pis est, même pour les produits prévus, l’arrêté n’est pas vraiment appliqué. Que fait-on vraiment en Haïti pour combattre les matières en plastique et protéger l’environnement ?

Source Le Nouvelliste

Author
Détenteur d’un doctorat en sciences économiques de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) en rédigeant une thèse sur l’épargne et la littératie financière des ménages au Canada, Thomas Lalime est spécialisé en microéconomie, économie du développement, évaluation de projets et en micro-économétrie. Il a...

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