L’Institut de Politiques Publiques (IPP) pour un engagement citoyen, un accompagnement scientifique et rigoureux du faire politique haïtien.

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​​​​​​​Edelyn DORISMOND, PH D Président (IPP) Et Yves LAFORTUNE, MAP, Av Secrétaire Exécutif (IPP)

Le constat est unanime : le pays très mal ; il s’engouffre dans la misère économique et morale. Ce qui est signe de son effondrement annoncé par plus d'un. La crise qui le ronge depuis sa fondation atteint une phase inquiétante de pourrissement ou de décomposition qui appelle la vigilance de l'analyse, la froideur de la critique et la rigueur des démarches de compréhension, des propositions de sortie qui devront aller au-delà des intérêts de chapelle au nom du bien-être collectif ou de l’être-ensemble, modalité fondamentale de la vie politique.

Face à cette tournure particulière de l'histoire politique, sociale et économique de la société haïtienne, pour l’élaboration de meilleures perspectives, il est important de diagnostiquer avec perspicacité les facteurs qui ont produit cette dynamique morose, porteuse de désespoir et de peur. Tel est l’un des objectifs que s’impose l’Institut de Politiques Publiques (IPP), évidemment à côté des tentatives d’esquisser des voies de sorties soutenues par les exigences des sciences.

Diagnostics. Une posture sociologisante de l’état sociopolitique et psychologique actuelle

Aujourd’hui, nous nous inquiétons tous du silence du chef de l’état face à la situation de délabrement de la vie sociale haïtienne où l'humain se réduit à un objet futile : en effet, il est devenu objet donné en pâture à des porcs sur des piles d’immondices. Plusieurs événements nourrissent cette inquiétude et accusent l’impuissance, l’incapacité, l’incompétence ou la mauvaise volonté des responsables politiques, particulièrement du président de la République, de répondre de manière adéquate et efficiente à ces problèmes plus politiques que sociaux ou économiques.

D’abord, prenons en exemple, l’irruption du banditisme, devenue par sa densité, son intensité ou sa prégnance un mal-heur social, inspire une peur chronique chez les citoyens qui se trouvent pris par un état de couvre-feu informel les contraignant de se cloîtrer chez eux, en dépit du fait qu’en Haïti la majorité des citoyens vivent au jour le jour. Leur espérance ne dure que le temps de la journée.

Pourtant, ils font face à l’imminence de la mort chronique, puisque des gens armés peuvent décider à chaque seconde de leur vie. Nous en parlons tous, mais nous en parlons avec une telle peur que notre voix devient inaudible, silencieuse. Un silence non complice couvre le mécontentement des citoyens. Face à ce silence précautionneux, (qui se dit : mieux vaut vivre que de mourir pour rien dans une société d’impunité et de complicité des hauts responsables de l’Etat avec des bandits), des soupçons fissurent le sentiment de peur et de précaution et interpellent le pouvoir central, critiquent son indifférence par sa complicité.

De ce point de vue, un discours sur le fond de ce silence souligne que le banditisme actuel est un banditisme dʼEtat, comme autrefois on parlait de terrorisme dʼEtat. Il faudrait remonter à la formation haïtienne pour saisir le propre cette relation de l'Etat haïtien avec le banditisme, et mettre à jour le véritable nom de cette alliance : répondre à son incapacité à contrôler le territoire entier par le transfert de la puissance de la peur aux notables contrôlant en revanche leur portion de territoire.

Ensuite, depuis presqu'une décennie, le dollar déploie une course infatigable face à la monnaie haïtienne qui connait des moments progressifs de dévaluation. Depuis quelques mois, cette dynamique dévaluatrice atteint un pic qui fait trembler les citoyens de la prétendue classe moyenne qui deviennent spectateurs impuissants et pleurnichards de leur confort réduit en peau de chagrin. Cette dynamique ne fait pas seulement trembler les pauvres gens, ceux qui ont toujours connu la misère, la pauvreté comme lots de vie, ils atteignent le fond de l'indignité: l’exemple le plus révoltant et criant est la prostitution des jeunes filles et des jeunes hommes pour sauver une vie qui devient au jour le jour superflue. La qualité médiocre de la vie haïtienne va de mal en pis. Les salaires, non ajustés, deviennent insuffisants contre l’augmentation des prix, et les gens mangent ceux qu’ils se refusaient à manger autrefois ou s’endettent pour sauvegarder un certain style de vie. C’est l’espérance comme modalité de la vie humaine qui est ruinée au profit de la déception, du mal-être, de la grande inquiétude, de la lamentation chronique du jusqu’où ça va s’arrêter ? Ce questionnement n’est que sentiment d’impuissance qui devient la forme dominante de la vie sociale haïtienne.

A côté de cette conscience inquiète, qui se fait inquiétante aussi vu sa potentielle charge de colère et de violence, qui se déchire entre le risque du mourir auquel conduisent la précarité de la vie sociale et le banditisme comme politique dʼEtat, un petit groupe s’enorgueillit des profits tirés quotidiennement de cette misère, de cette boue puante, de cette honte écœurante, de cette animalisation de la vie sociale, croyant renforcer leur arsenal de sécurité précaire en soudoyant élus et bandits. Tel est au fond le sens de la politique haïtienne qu’il faut entendre comme la politique de la survie, la politique du laisser mourir à petit feu où l’enjeu n’est pas la qualité de la vie, la vie bonne, mais la jouissance cynique à partir de la souffrance douloureuse du grand nombre, à partir de leur misère qu’on veut rendre la plus douloureuse possible.

Enfin, il est clair que cette dynamique chanpwèl qui phagocyte l’énergie du grand nombre, surtout des plus jeunes, n’est pas une improvisation, mais un projet politique de zombification renfermant avant tout comme intention une compréhension de l'humanité en hiérarchie qui ordonne l'humanité en homme authentique et en homme à asservir. Cet état de fait, qui est contemporain de la formation de la société haïtienne dans l’enfer colonial, n’est que la manifestation de l’absence de la conscience éthique que supposent l'égale fragilité de la condition humaine et la nécessaire solidarité entre les hommes. Nous connaissons une situation éthique désastreuse qui n’est pas capable d’inspirer une politique de l'humanité et de la responsabilité. L’intention politique qui habite les pratiques politiques haïtiennes souffre d'une consistance éthique, et se pourvoit sans vergogne de la corruption, de la malversation, bref de l’usure de l'humain comme condition d’enrichissement ou de réalisation de soi.

Empêtrée, depuis sa gestation dans le marasme colonial, la société haïtienne assiste avec douleur au scandale le plus honteux du début du 21e siècle (inévitablement les historiens choisiront notre présent moment historique comme le début du 21e siècle haïtien) où l’Etat garant des biens publics et du bien-être de chacun par la juste redistribution de ces biens, est pris d'une grosse arnaque, qui finit par devenir, du fait des embûches mises en place par certaines autorités, arnaque dʼEtat contre une société à bout de souffle, au poids à une misère nauséeuse.

Nous avons pris trois types d’exemple pour montrer l’état de la dégradation sociale, économique et éthique de la société haïtienne, dont personne ne se pense capable de proposer de manière adéquate les modes de sortie de cette grande nuit. C'est à cela que s’adonne l’Institut de Politiques Publiques (IPP) , sans avoir aucune prétention de se mettre à la place de l’Etat, représentant l’institution par excellence de la gestion du commun et des biens communs au nom de la justice et de l’égalité.

L'’Institut de Politiques Publiques (IPP) et la sortie par la culture des sciences comme méthode de compréhension. Il s'agit d'abord de formuler des connaissances sur le sens de ces pratiques que nous reprouvons afin d'écarter les formes les plus têtues du conditionnement. En réalité, la dynamique sociale, économique et politique actuelle nous conforte à l'idée que nous sommes, semble-t-il, entravés dans des corsets historiques liés à nos expériences passées, qui maintiennent une division de la société selon les critères de couleur, des critères économiques donnant lieu à des formes les plus révoltantes de ségrégation, des pratiques politiques, sociales et économiques les plus humiliantes d'exclusion ou de discrimination.

Tous ces facteurs sont les causes et effets de ce que nous observons avec consternation sous la forme d'une politique de la misère. A présent, nous devons être courageux pour le dire : la politique haïtienne est une politique de la honte, puisqu'elle est une politique de la misère. Une politique qui semble se donner l'objectif de réduire la société en champs de guerre, de guerre civile, de transformer le vivre ensemble en chacun pour soi et l'espace social en charnier. Il est temps, face à cette situation sombre, de soumettre nos expériences à l'exigence de la pensée méthodique selon la rigueur des sciences, du fait que les pratiques politiques font appel aux connaissances éprouvées selon des méthodes, elles-mêmes éprouvées.

L’Institut de Politiques Publiques (IPP) se donne la mission d'installer dans le paysage social et culturel du pays une nouvelle manière d'aborder la chose haïtienne, la manière rigoureuse, soutenue par le souci des sciences sociales et des sciences exactes. Nous avons besoin de comprendre ce qui nous arrive et agir sur ce qui se pose comme fatalité, comme mauvais destin d'un peuple qui, pourtant, a annoncé au monde l'orientation fondamentale de la politique : la prise en charge de l'humain comme condition du vivre en commun. Le pari proposé est d’inscrire dans nos démarches d'explication, de compréhension et de propositions de sortie de ce marasme séculaire, les exigences des sciences afin de réduire d'une part la grande passion qui traverse les divergences, les « mésententes » ou les haines et d’autre part, couper court à l’amateurisme ou l’improvisation dans la mise en œuvre des politiques publiques, des décisions qui engagent le destin collectif. C’est donc un apport méthodologique, épistémologique que l’Institut entend proposer.

Edelyn DORISMOND, PH D Président (IPP) Et Yves LAFORTUNE, MAP, Av Secrétaire Exécutif (IPP)

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