L’Homme d’Etat ?

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​L’Homme d’Etat est celui qui marque son temps, son époque et parfois son siècle. Il n’est pas un citoyen ordinaire. C’est un Etre de dimension gigantesque qui dépasse les rivalités de clans. C’est un personnage transcendant. Ses réflexions, ses démarches visent le bien-être collectif. Il est au service de l’humanité. Il ne s’appartient pas.

Son rêve est de guider les autres vers les cîmes de l’honneur, de grandeur, de bien-être et de dignité. Dans certains cas, il peut faire usage du monopole de la violence légitime de l’Etat pour combattre la résistance opposée par les récalcitrants et les réactionnaires, car il est un apôtre du changement et du progrès. Il se distingue par la profondeur de sa culture, par son comportement exemplaire et irréprochable, par sa rectitude dans la conduite des charges qui lui sont assignées. Son discours n’imprègne pas la haine, mais l’amour; ses enseignements ne prêchent pas la discorde, mais la convialité; ses efforts encouragent le vivre-ensemble, la concorde, la cohésion sociale.

​L’Homme d’Etat n’est pas nécessairement un haut fonctionnaire de l’administration publique, il n’est pas forcément un dirigeant politique. L’histoire universelle permet de constater que très peu de dirigeants politiques sont des Hommes d’Etat, car pour atteindre ce niveau, il faut cultiver la vertu et condanmer le vice. On peut même dire que l’Homme d’Etat est un personnage mythique et légendaire.

Malheureusement dans les pays en voie de développement, ce concept est galvaudé par plus d’un. Les dirigeants des pays pauvres surtout s’affublent du titre ronflant de “l’Homme d’Etat” alors qu’ils sont en réalité presque tous des fossoyeurs de l’Etat: des prédateurs, des dilapidateurs, des corrompus; des gens sans coeur, sans sensibilité citoyenne, sans conviction, sans idéologie ni sens patriotique. Les actes et actions posés dans leur administration sont des manoeuvres déloyales et illicites pour détourner les fonds publics à leurs avantages et pour satisfaire leurs privilèges. Ce sont de vulgaires affairistes.

​Au moment des joutes électorales, les citoyens électeurs doivent s’efforcer d’identifier les démagogues qui profèrent des promesses alors que leurs objectifs cachés et non-avoués font d’eux les pires ennemis de leurs mandants et de la société globale puisque leur plan, arrivés au pouvoir, consiste à s’accaparer des biens de l’Etat et à s’enrichir effrontément au dépens des contribuables qui paient leurs redevances pour alimenter les assiettes ficales de l’Etat. Ces démagogues sont dangereux; ils n’ont aucun programme élaboré et structuré. Tant pis pour ceux qui font foi à leurs promesses et à leurs slogans!

​Depuis des décennies, on constate que les dirigeants haïtiens sont des hommes à scandales. Ils sont, de ce fait, incapables de prendre de grandes et bonnes décisions pouvant orienter le pays dans la voie du progrès et du développement durable puisqu’ils souffrent du syndrôme de la culpabilité ou de l’asservissement. Il est temps, par contre, que les électeurs redéfinissent les critères de sélection de leurs dirigeants et apportent au timon des affaires de l’Etat les filles et les fils les plus honnêtes, les plus qualifiés-es, les plus méritoires. C’est en faisant des choix réfléchis, lucides, raisonnés et non émotionnels que l’on peut espérer, un jour, sortir Haïti de cette cour des miracles, de cette mare aux grenouilles, de ce marasme économique car il faut arriver, coûte que coûte, à un complot de l’intelligence des philantropes haïtiens pour le grand “sauvetage national” .

Yves Hubert Barreau
Léogane 18 mai 2019

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