Lettre ouverte du député Rolphe Papillon au président de la République

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Deputer Rolphe Papillon Corail

Monsieur le Président,

Cela fait longtemps que l’Histoire frappe à votre porte ; de gr'ce, ouvrez-la !

Louis XVI, qui fut pourtant un bon roi, a dû payer de sa vie les erreurs de ses prédécesseurs à cause de sa faiblesse de caractère et pour n'avoir pas compris qu’il était en fin de période historique et que des réformes profondes s'imposaient en France. Quand un changement de régime s'impose dans une société, celui qui s'y oppose s'expose.

Pourquoi l'État haïtien doit-il continuer à honorer les contrats iniques d'électricité dénoncés par tous ? Pourquoi continuer à tolérer la contrebande et le système de monopoles qui affaiblissent notre économie ? … Pourquoi enfin ne pas encourager la tenue de procès contre tous les crimes financiers commis ces trente dernières années, dont celui concernant les fonds PetroCaribe lorsqu'on sait que 34% de cet argent a été dépensé sous la présidence de M. PREVAL, 65% sous la présidence de M. MARTELLY, 1% sous la présidence de M. PRIVERT et enfin 0% depuis votre accession au pouvoir ?

Vous avez hérité d'un état faible et dépossédé. Il est dépossédé de ses outils pour assumer ses fonctions régaliennes de maintien de l’ordre et de la sécurité publique, comme par exemple l’armée, mais aussi dépossédé de ses ressources pour investir dans le sens du bien-être de ses administrés. Si à la fin des années 1980 ce que l'on craignait le plus était un éventuel retour à la dictature, aujourd’hui, le plus grand danger pour notre démocratie est le triomphe de la ploutocratie, c’est-à-dire une sorte de capture de l'État par une élite maffieuse et contrebandière qui dicte sa loi aux politiques. On le voit bien au Parlement : la parole populaire aussi bien que la volonté populaire sont confisquées, notre démocratie est séquestrée. Notre Assemblée enfin a l'air de tout sauf d'un Parlement. Les détenteurs du pouvoir public sont à la merci des oligarques et des entrepreneurs politiques de tout calibre. Il faut oser détruire ce système pour vous libérer. Vous pouvez encore incarner ce changement profond que le peuple exige.

Il n'y a pas de pouvoir durable sans idéologie ; c'est elle qui garantit la cohérence dans les actions. Vous devez trouver le courage d'assumer une identité politique propre. Votre drame, d'une part, est de n'avoir pas su convaincre les classes populaires que vous vous battez pour elles et, d'autre part, vous semblez vous contenter de faire peur à l'élite maffieuse et contrebandière sans vraiment prendre de décisions contraignantes. Ce que vous reproche nombre de nos compatriotes, ce ne sont pas tant vos actions que votre inaction : l'inaction face à ces voleurs arrogants qui ont pillé le pays au vu et au su de tous et qui aujourd’hui osent menacer la République de leurs folles ambitions "politiques", ceux-là mêmes qui financent les violences politiques ; l'inaction face à ces criminels financiers détenteurs de contrats indécents avec l'État ou encore face à ces entrepreneurs politiques corrompus jusqu’à la moelle qui exploitent nos ports, nos douanes, l'ONA… comme s'il s'agissait d'un héritage familial ; l'inaction enfin face aux couches paysannes qui ont cru en vous, qui vous ont confié le pouvoir et qui aujourd’hui, sans défense, subissent les abus de tout genre. En temps normal, près de 40% de la production agricole se perd par manque de routes et à cause de mauvaises conditions de transport. Vous avez fait des routes une priorité ; je suis le premier à le reconnaitre. Comment, aujourd'hui, pouvez-vous tolérer le blocage des grandes artères qui permettent aux paysans producteurs d'acheminer leurs produits sur les marchés ? Comment les petites gens de Port-au-Prince qui s'approvisionnent au jour le jour de ces produits survivront-elles ? Ceux-là qui ont fait le choix de s'empoisonner de produits importés au lieu de soutenir la production nationale ne connaissent pas cette réalité. Les gangs armés nous imposent leur loi un peu partout. Même dans les situations de guerre, les convois humanitaires sont respectés. Dans cette guerre qui ne dit pas son nom, rien n'est respecté : ni la vie, ni la dignité humaine, ni les écoles, ni les hôpitaux, ni les forces de l'ordre.

Boostées par des intellectuels et des journalistes assoiffés de sang et de pouvoir, cette semaine encore, Port-au-Prince et ses élites corrompues nous ont montré jusqu'où elles peuvent aller pour défendre leurs intérêts mesquins et antipatriotes. Il est clair, Monsieur le Président, qu’on vous pardonnera tout sauf votre origine sociale. La paysannerie profonde et les forces saines de la République doivent en tirer les conclusions utiles. Le Rwanda nous a montré en 1994 où l'incitation à la haine peut mener un peuple. Aucun leader responsable, aucune démocratie ne peut se payer le luxe de tolérer que des médias se prennent pour "radio Milles Collines" et diffusent sans arrêt des messages de haine. Le résultat est connu d'avance. L'État a la responsabilité de garantir la sécurité des vies et des biens de ses administrés. Je répète après vous que la stabilité est le premier des biens publics. Payons-en le prix !

L’Histoire frappe à votre porte ; ouvrez-la avant qu’il ne soit trop tard ! Montrez-vous à la hauteur de ses exigences. Vous seul, Monsieur le Président, pouvez vous débarrasser de vos amitiés nuisibles à la République. Vous seul, par vos décisions courageuses, pouvez convaincre les masses populaires que vous êtes de leur côté. Vous seul, enfin, pouvez choisir entre les conseils qui exigent des sacrifices et des choix difficiles et ceux qui vous amènent régulièrement à faire des choix politiquement suicidaires.

Mon soutien n'est pas aveugle et passionné, Monsieur le Président. Il se veut lucide et exigeant.

Rolphe PAPILLON
Député de Corail
50e législature
 

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