Les problèmes de Jovenel Moïse s’accumulent, Haïti cuit dans son jus

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Jovenel Moise

Sept mois après avoir pris un arrêté présidentiel pour consacrer la gourde comme la seule et unique monnaie de transactions commerciales sur tout le territoire, le gouvernement rapporte la mesure administrative et la remplace par un nouveau texte moins contraignant. S’il est toujours dit qu’il faut libeller et afficher les prix des biens et services sur le territoire haïtien dans la monnaie nationale, on donne l’impression dans la nouvelle règlementation de laisser en paix le dollar. La devise américaine a cours légal dans le pays depuis 1919 et plus de 60 % de l’épargne nationale est conservée en billet vert.

La mesure initiale, précipitée et mal préparée, prise le 28 février 2018 avec mise en application immédiate le 1er mars, avait suscité la grogne de tous les acteurs économiques et provoqué, avec d’autres conditions, le doublement du rythme annuel de la dépréciation de la gourde haïtienne vis-à-vis du dollar américain, ces derniers mois.

Lundi, un dollar valait 72 gourdes, mercredi après-midi, après la publication de l’arrêté, il fallait 72,50 gourdes pour un dollar et encore plus si la somme est importante. Pour le moment, les turbulences provoquées en mars n’ont pas un début de solution.

Il n’y a pas encore de retournement de tendance et on ne s’attend pas à un miracle. La décision de revenir sur la dédollarisation autoritaire est tardive, l’État haïtien l’a adoptée sous pression et tous les autres indicateurs comme le taux d’inflation, le déficit budgétaire, le déficit commercial sont au rouge.

Pour ne rien arranger, jour après jour, il est palpable que la population perd confiance dans les capacités du gouvernement à juguler la crise pré et post-émeutes de juillet dernier. On a aussi l’impression que la communauté internationale laisse le président Jovenel Moïse cuire dans son jus. Voyages et rencontres se succèdent sans donner l’impression que la bouée de sauvetage viendra de la communauté internationale.

 

Le principal handicap de l’administration Moïse, d’un premier ministre à l’autre, est le déficit chronique et son incapacité à se vendre comme un vecteur de bonne gouvernance. Les dépenses augmentent, les recettes diminuent. Les promesses se multiplient, les réalisations sont rares. Il n’y a pas assez de succès pour construire la confiance.

Si l’État haïtien a été incapable d’augmenter les prix des produits pétroliers en juillet, si depuis il subventionne toute la consommation nationale de carburant, lundi, avec l’ajustement à la hausse du salaire minimum, les travaux à haute intensité de main-d’œuvre que le gouvernement de Jean-Henry Céant annonce vouloir lancer vont creuser le déficit du premier employeur du pays. Les spéculateurs du change ont ajouté à la liste des charges qui pèsent sur la valeur de la gourde cette nouvelle variable.

En Haïti, personne ne veut consentir des sacrifices et on puise dans les ressources imaginaires de l’État: le déficit.

Autres décisions que les économistes examinent : le rétablissement du versement des salaires dans l’administration publique par virement bancaire, annoncé mercredi. La décision est intervenue après la découverte, il y a quelques mois, d’un nombre important de zombis, ces fonctionnaires qui reçoivent leur salaire sans jamais se présenter au travail. Après des mois d’enquête, les trois ministères qui avaient débusqué les sinécuristes sont toujours sous observation mais les autres qui n’avaient pas chassé leurs zombis renouent avec le virement automatique. Pas un procès n’a été engagé contre un zombi. Pour les économistes, l’État haïtien a renoncé à mettre de l’ordre dans le rang de ses 91 000 fonctionnaires.

Pour un président qui avait identifié la corruption comme Le problème du pays, Jovenel Moïse n’a pas de victoire au compteur et la bataille qu’il dit livrer contre la corruption ne convainc ni les citoyens ni les amis d’Haïti.

Les séismes de samedi et de dimanche derniers n’arrangent pas les choses… Là encore, ce n’est pas tant l’ampleur des deux séismes-5.9 et 5.2 sur l’échelle de Rictcher- ni les dégâts (17 morts et plus de trois cents blessés) qui inquiètent, mais bien la fragilité du pays.

L’épisode sismique meurtrier de la fin de semaine écoulée était le premier depuis le terrible tremblement de terre du 12 janvier 2010. Haïti est apparu fragile et vulnérable avec des institutions faibles. Ce tableau ne rassure pas.

La population et les potentiels investisseurs sont inquiets. Le président, son premier ministre et le gouvernement doivent se mettre au travail pour renverser la situation au plus vite. Trop de dossiers sont en souffrance, trop de faiblesses mises à nu, trop de mauvaises notes parsèment le carnet du pays.

Nous donnons tantôt l’image d’un panier de crabes que tout le monde veut fuir, tantôt l’image d’une ruche où chaque abeille, au lieu de se mettre au travail pour l’ensemble, cherche à tirer profit de la situation à son seul avantage. L’efficacité de l'équipe placée autour du président depuis le début de son mandat est questionnable et le nouveau gouvernement n’imprime pas encore sa marque.

Haïti cuit dans son jus et le crabe est maigre.

Edito Du Nouvelliste

Author

Frantz Duval collabore au Nouvelliste depuis 1985. Il a une grande histoire de fidélité et de passion avec Le Nouvelliste où il a occupé les postes de responsable Création et Interactivité à partir de 2002 et de responsable de la section Economique à partir de 1994. Directeur de publication de Ticket et...

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