Les enjeux de la transmission du patrimoine culturel immatériel haïtien discutés à l’Université de Montréal (UdeM)

Publié
3 mois ago
Dernière mise à jour
3 mois ago
1722 views
Time to
read
4’

Colloque Annuel d’Anthropologie de l’Université de Montréal au Pavillon Lionel Groulx (local C-3061)

Sur le thème de la transmission, du 28 au 29 mars 2019, a eu lieu la deuxième édition du Colloque Annuel d’Anthropologie de l’Université de Montréal au Pavillon Lionel Groulx (local C-3061), sis à la rue Jean Brillant au numéro 3150. Ricarson Dorcé, doctorant en Ethnologie et patrimoine à l’Université Laval (Québec, Canada) et enseignant à l’Université d’État d’Haïti, y était invité à présenter un aspect de ses recherches doctorales : « Les enjeux de la transmission du patrimoine culturel immatériel haïtien en situation de crise ». 

Ce colloque interdisciplinaire a favorisé un espace de dialogue idéal en accueillant des professeurs et chercheurs d’horizons divers. Il faut noter qu’il y a eu plusieurs présentations, une dynamique de partage d’idées, d’actions et d’expériences. Parmi les interventions qui ont marqué les deux journées du colloque, notons celle de Marie-Pierre Bousquet, professeure titulaire au département d’anthropologie et directrice du programme en études autochtones à l’Université de Montréal. Dans sa conférence, elle a capté l’attention du public en évoquant les questions liées à la thématique centrale du colloque : « À qui transmettre ? Comment et quoi ? Comment garder une trace durable d’un long passé transmis par les récits familiaux, mais aussi par des chroniques d’étrangers ? ». Quant à Vincent Fournier, professeur agrégé au département de communication sociale et publique de l’Université du Québec à Montréal, il a abordé la question de la transmission de la culture, en se basant sur les travaux de Sperber (1996), Wenger (2005) et Verdon (1991). 

D’autres présentations très intéressantes étaient également à l’ordre du jour. C’est le cas de la communication de Corentin Sire, doctorant en cotutelle au département d’histoire de l’Université de Caen et au département de criminologie de l’Université de Montréal, qui a réfléchi sur l’histoire conceptuelle du terrorisme en lien avec la notion de transmission sociale. Pour lui, « étudier l’histoire du concept de « terrorisme » et sa place dans la transmission sociale semble être le meilleur moyen d’en comprendre le phénomène ». En ce qui concerne Adrian L. Burke, professeur au département d’anthropologie de l’Université de Montréal, il s’est intéressé au processus de transmission des objets et des matériaux en rapport avec le capital social. On ne saurait oublier Raphaël Preux, doctorant au département d’anthropologie de l’Université de Montréal, qui a revisité la notion de transmission culturelle en fonction du symbolisme, des techniques vocales, et des contextes interactionnels des chants waorani (Amazonie équatorienne). Il a présenté différents modèles waorani de la transmission, tout en montrant certaines limites de la conception cognitiviste de la transmission (transfert d’informations). La dernière intervention qui a marqué la journée du jeudi 28 mars est celle de Pascale Laneuville, coordonnatrice de la chaire de recherche Sentinelle Nord sur les relations avec les sociétés inuit de l’Université Laval. Elle a mis en lumière l’apparition d’un nouveau paradigme permettant aux autochtones de trouver un écho favorable à leurs aspirations, celui de la recherche « décoloniale » et participative. Pour elle, « le transfert des connaissances ne devrait pas être perçu comme une étape isolée et terminale de la recherche, mais doit être réfléchi à l’intérieur d’un processus continu d’apprentissage réciproque, permettant la coproduction et la transmission d’un savoir spécifique ». 

Par ailleurs, durant la deuxième journée du colloque, soit le vendredi 29 mars, Bernard Bernier, professeur au département d’anthropologie de l’Université de Montréal, a traité des mécanismes de transmission du titre d’empereur dans la tradition japonaise. Quant à Olivier Bélanger-Duchesneau, en s’appuyant sur la sociologie de la mutation psychique de Christopher Lasch, il a fait le point, à partir de l’exemple de la « peur de vieillir » propre aux sociétés occidentales, « sur les impasses contemporaines de l’inscription de l’humain dans la durée ». Ce phénomène de perte de « sens de la continuité historique » est, selon l’intervenant, « révélateur d’un échec de la transmission intergénérationnelle ». Pour ce qui est de Rim Otmani, chercheure associée à l’Institut Convergences Migrations (ICM, Paris) et au Centre Maurice Halbwachs (CMH, Paris), elle a traité de l’importance de la transmission dans le contexte migratoire illégal. « Les interactions et les engagements divers au sein de la communauté clandestine procurent un contexte particulier dans lequel l’apprentissage se réalise à partir de la transmission des savoirs et des savoir-faire », affirmait-elle. « De la transmission des savoir-faire nait l’acquisition du savoir-migrer », poursuivait-elle. 

Parmi les présentations qui ont touché le public, on peut bien souligner une dernière, mais non la moindre : celle de Ricarson Dorcé, membre de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique. Ce jeune chercheur haïtien a mis en évidence la problématique de la transmission du patrimoine culturel immatériel haïtien en situation de crise. Haïti détient un patrimoine culturel immatériel très riche. Malheureusement, peu de réflexions théoriques et de recherches-actions ont été dirigées vers les mécanismes de sauvegarde et de mobilisation du patrimoine culturel immatériel en situation d’urgence. Or, il est de plus en plus prouvé que des situations de crise politique, de réchauffements climatiques ou d’autres catastrophes naturelles fragilisent les différents patrimoines à travers la planète, notamment le patrimoine culturel immatériel. Haïti n’est pas à l’abri de ces événements malheureux. À titre d’exemple, les dommages provoqués sur notre patrimoine par le tremblement de terre, l’Ouragan et les différents conflits politiques qu’a connus le pays. En ce sens, la communication de l’enseignant Ricarson Dorcé a apporté une contribution importante au caractère interdisciplinaire du colloque. C’est un point de vue scientifique critique prenant en considération les différents facteurs en vue d’une excellente compréhension des risques de catastrophes et de conflits concernant le patrimoine culturel immatériel à des fins de sa transmission. Selon Ricarson Dorcé, le constat est qu’en situation d’urgence, le patrimoine culturel immatériel peut être menacé. À cet effet, il mérite d’être sauvegardé, donc mis en valeur et transmis. Mais, il peut également être mobilisé à des fins de « résilience », de cohésion sociale et de redémarrage. 

La deuxième édition du colloque du département d’anthropologie de l’Université de Montréal a été, en raison de la qualité des présentations, un véritable succès. Les actes du colloque seront publiés. Le processus de publication sera très rigoureux. Un comité scientifique est déjà mis sur pied pour mettre en place l'infrastructure nécessaire pour la suite. Ces actes représenteront une bonne opportunité de publication scientifique et mettront en valeur les recherches innovantes. 

Fritz Laventure 

Animateur (s)

Portrait de Anne Merline Eugene
La Mafia existe
1 année 2 mois ago
Portrait de Jacques Adler Jean Pierre
Agenda Culturel RTVC - 20 Avril 2017
2 années 2 mois ago