L'économie numérique: des opportunités pour Haïti

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Malgré l’existence d’une riche littérature, on peine à trouver une définition unique de l’économie numérique qui fait l’unanimité. Pour mieux la cerner, il faut plutôt regarder ses caractéristiques propres. À ce niveau, il n’existe aucun doute, l’économie numérique se retrouve au confluent de deux domaines d’études: l’économique et le numérique.

Le constat est que l'utilisation des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) a changé les modes de production, d’échange et de consommation des agents économiques. Elles s’invitent au cœur même des sciences économiques et  ne sauraient laisser indifférents les économistes. L’avènement de l’Internet a révolutionné la vie de l’homme et le fonctionnement de l’économie mondiale. Il a permis le rapprochement virtuel des personnes et des biens à travers l’émergence de marchés virtuels de toutes sortes. Aujourd’hui, on peut commander tout ce que l’on veut sur Internet et le recevoir assez rapidement chez soi.

La distance physique n’est plus un obstacle pour créer, développer et échanger des idées et des marchandises. Cette nouvelle donne a conduit à la naissance d'une nouvelle génération d'entrepreneurs et de marchés. On comprend aisément que l'usage des NTIC a eu un impact important sur tous les secteurs économiques. Le numérique devient le facteur de productivité par excellence, donc un enjeu de croissance et de développement économiques.

Le Bureau australien de statistique considère  l'économie numérique comme le réseau mondial des activités économiques et sociales qui sont activées par des plateformes telles que les réseaux Internet, mobiles et capteurs. Ces nouveaux produits ont débouché sur le commerce électronique très florissant. Ils ont permis d’atteindre un niveau inégalé d'efficacité et de productivité dans les processus de production, la gestion des stocks et des connaissances.

L'Institut national de statistique et des études économiques (INSEE) assimile l’économie numérique aux secteurs producteurs des TIC. Ces secteurs regroupent, selon l’INSEE, les entreprises qui produisent des biens et services supportant le processus de numérisation de l'économie. Ce processus transforme les informations utilisées ou fournies en informations numériques, à savoir l’informatique, les télécommunications et l’électronique.

L'économie numérique revêt donc un caractère transversal. Dans sa feuille de route en économie numérique publiée en 2015, le gouvernement du Québec la définit comme un «réseau formé par les fournisseurs et les utilisateurs du contenu et des technologies numériques utilisés dans la vie quotidienne». À la page 7 du document, on lit ceci : « Omniprésents, ce contenu et ces technologies sont essentiels à presque toutes les activités de notre économie et de notre société. Ils permettent aux entreprises d’être novatrices et productives, aux administrations d’offrir des services et aux citoyens d’interagir et d’échanger des renseignements et des connaissances.»

L'économie numérique englobe alors les services de télécommunications, l’audiovisuel, l’industrie du software, les réseaux informatiques, les équipements informatiques et télécoms, les services d’ingénierie informatique, les services et contenus en ligne, etc. Elle fait référence tant aux entreprises et aux personnes utilisatrices des TIC dans leurs activités quotidiennes qu’à l’industrie des TIC qui regroupe les fabricants et les fournisseurs de services. Elle accélère le rythme de l’innovation et de la diffusion des nouveaux biens et services, à entraîner des gains d’efficacité chez les utilisateurs et transforme les façons de faire conduisant également à de nouvelles activités économiques.

L'économie numérique représente un des moteurs de l’économie verte. Elle conduit fréquemment à l’acquisition de positions de leaders souvent dominantes sur le marché. Elle connaît une mutation rapide et perpétuelle dans tous les secteurs. Ce côté instable conduit parfois à des modèles d’affaires permettant aux nouveaux acteurs de bouleverser les leaders traditionnels. L’économie numérique a ainsi complètement secoué la notion de marché. Elle est au cœur de la croissance et de la compétitivité des entreprises, donc de la croissance et du développement économiques.

Les enjeux de l’économie numérique

Deux citations de deux anciens dirigeants québécois aident à mieux comprendre les enjeux de l’économie numérique. La première porte la signature du Premier ministre du Québec de 2014 à 2018, M. Philippe Couillard. Il écrit : « Le Québec vit actuellement une véritable révolution du savoir, de la communication et de la technologie qui s’inscrit notamment au cœur  de la croissance et de la compétitivité de ses entreprises. Nous le constatons au quotidien : l’avènement de l’ère numérique a modifié en profondeur tous les aspects de la société québécoise. Et ce n’est qu’un début. Au cours des prochaines années, l’émergence de technologies numériques novatrices continuera de bouleverser les façons de faire des entreprises et des consommateurs québécois. Le Québec entend être un acteur qui profitera pleinement des occasions d’affaires créées, entre autres, par les nouvelles tendances mondiales en matière de numérique.»

Dominique Anglade, ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation et ministre responsable de la stratégie numérique au gouvernement de Philippe Couillard, abonde dans le même sens. La fille du célèbre géographe haïtien Georges Anglade, ex-ministre des Travaux publics, Transports et Communications en Haïti durant la période allant du 17 janvier au 7 novembre 1995, affirme qu’« après la mécanisation, l’électricité et l’informatique, l’économie numérique représente la quatrième phase de la révolution industrielle». «Elle joue un rôle fondamental pour assurer notre croissance économique et mettre en valeur ce que le Québec recèle d’innovation, de créativité, de leadership et d’esprit d’entreprise. Nous devons donc saisir toutes les occasions qui en découlent», écrit-elle à la page 4 du Plan d’action en économie numérique du gouvernement du Québec.

Les positions des dirigeants québécois permettent de comprendre que l’exploitation efficace des opportunités que présente l’économie numérique passe par une volonté politique de dirigeants visionnaires. Cette vision s’exprime à travers la conception et la mise en œuvre d’un plan d’action nationale de l’économie numérique. En Haïti, deux principaux secteurs majeurs profitent énormément du domaine de la TIC: le secteur bancaire et le secteur des télécommunications. Le premier arrive à offrir des services en ligne de qualité à un ensemble de clients éparpillés à travers le monde. C’est la preuve que le réseau informatique et Internet du système bancaire fonctionne assez efficacement.

Le secteur des télécommunications a aussi connu des changements majeurs ces deux dernières années. Par exemple, le taux de pénétration de la téléphonie dans le pays est passé de 5 % en 1998 à 37 % en 2008, puis  à 61 % en 2018.

Conscient des enjeux et des opportunités que représente l’économie numérique pour Haïti, le Conseil national des télécommunications (Conatel) y prête une attention soutenue. En septembre 2016, il avait réalisé la première journée du Salon de l’économie numérique, de concert avec la Banque de la République d’Haïti (BRH) et du Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) sur le thème «L’économie numérique, accélérateur du développement économique et social en Haïti».

Cette journée visait à convaincre les agents économiques du fait qu’ils peuvent gagner en compétitivité grâce au numérique à travers une meilleure coopération. Elle se donnait pour objectif d’analyser les possibilités de faire passer Haïti du stade d’un pays consommateur à un pays producteur de technologies. On attend maintenant les mesures spécifiques à entreprendre.

Le 21 décembre 2018, le Conatel a réuni un panel d’experts pour discuter des défis de l’économie numérique (particulièrement des télécoms et des NTIC) : des principaux enjeux et perspectives pour Haïti. Le directeur général du Conatel, Jean-David Rodney, dit accorder une importance particulière à ces enjeux et continue d’explorer les possibilités de profiter des opportunités que représentent les NTIC pour Haïti. Mais cela requiert l’implication des dirigeants au plus haut niveau de l’État comme au Québec.

source Le Nouvelliste

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Détenteur d’un doctorat en sciences économiques de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) en rédigeant une thèse sur l’épargne et la littératie financière des ménages au Canada, Thomas Lalime est spécialisé en microéconomie, économie du développement, évaluation de projets et en micro-économétrie. Il a...

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