Leadership communautaire ou banditisme Par Frantzcy Bazelais

Publié
1 mois ago
Dernière mise à jour
1 mois ago
5267 views
Time to
read
3’

Un individu, chef de gang, reproché de grand banditisme, de possession et d’utilisation d’armes à feu, sous le coup d’un mandat d’amener, prend la tête d’une « marche pour la paix » ou mieux une « marche contre la violence » sécurisée par des agents de police, prend la parole près du bureau de la Police, interdit aux journalistes-cameramen de le filmer pendant qu’il force les « marcheurs » à dénoncer un complot dont lui seul semble en connaitre les responsables.

Ce n’est pas de la fiction car certains parmi ceux qui ont marché aujourd’hui 12 février 2020 à Martissant, ont dans les micros des journalistes présents, relayé le message comme quoi « Krisla » serait un acteur social-bienfaiteur dans la communauté.

Il devient coutumier en Haïti, depuis plusieurs décennies que les bandits qui atteignent une certaine notoriété se font appeler « acteurs sociaux » par la même population qu’ils terrorisent, prennent en otage et utilisent comme bouclier et par ces jeunes qu’ils détournent du chemin de l’école pour gonfler leur armés d’ « atoufè ». Amiot Metayer, Labanyè, Ronald « Kadav » Camille, Roudy, Ti Kenkenn, Ti Je, Felix et Wilkens Bien-aime… pour ne citer que ceux-là avaient avant leur mort forcé des populations à manifester pour eux ou dénoncer des complots contre eux. Pour l’instant entre les murs de prison, le chef de gang de village de Dieu, Arnel avait, avant son arrestation, paradée devant des journalistes avec ses armes et ses éléments en conférence de presse et dans manifestations, pour dénoncer des complots contre sa personne et contre le bien qu’il fait à cette population abandonnée de la troisième circonscription de la commune de port-au-prince. Le paradoxe dans tout cela, c’est que les marches d’Arnel avant son arrestation comme celles de Krisla aujourd’hui 12 février 2020 ont été organisées sous les yeux et avec la sécurisation de la police.

Si les bandits se font appeler acteurs sociaux,  ce n’est pas seulement pour masquer leurs crimes ou pour duper la population abandonnée par l’Etat. Ils le font par ce qu’il y a d’autres groupes qui les reconnaissent comme tels. Une partie importante des politiques, des élus et des hommes-femmes d’affaires en Haïti reconnaissent les bandits souvent recherchés par la police comme des « acteurs sociaux». Jean Bertrand Aristide et ses collègues du parti Lavalas et de La fondation « Fanmi se Lavi » avaient élevé au rang de leaders communautaires des personnes (Amiot-Kiben-Metayer, Roland –kadav-Camille, Felix-Fefe- Bien Aime)  accusées de grand banditisme et de meurtre.

Le député Printemps Bélizaire, les sénateurs Garcia Delva, Hervé Foucand, Youri Latortue et d’autres ont été accusés de travailler avec des bandits. Pour se défendre, ces « élus » reconnaissaient travailler ou être en relation avec des leaders communautaires et non des bandits ; prenant ainsi le contre-pied de la Police.

Selon les résultats des investigations conduites après le massacre de La Salline, une délégation gouvernementale comprenant la Première Dame haïtienne Martine Moïse et le ministre de l'Intérieur Roudolphe Saint Albin s'est rendue à Lasaline le 13 octobre 2017 et a rencontré Hervé Bonnet Barthelemy, dit «Bout Jan Jan», et d'autres chefs de file de la zone. Entre autres questions discutées, la délégation gouvernementale a demandé à Bout Jean Jean de ne pas autoriser les manifestations anti-gouvernementales et d'opposition à l'intérieur et à travers Lasaline, ainsi qu'à Saint Jean Bosco, une zone en face du quartier voisin de Tokyo, à proximité d'une intersection fréquemment utilisée pour protestations.

Toujours selon le rapport des investigations, le 13 novembre 2018,  Junior Alexis alias Ti Junior et son groupe Chabon en perpétrant le massacre à La Salline ont étaient accompagnés d'autres éléments paramilitaires soutenus par le gouvernement, notamment le policier Jimmy Cherizier, alias «Barbecue», le policier Gregory Antoine, alias «Ti Greg» et d'autres policiers. Les habitants ont rapporté que plusieurs unités de police, dont une de la BOID et de l'unité départementale de maintien de l'ordre (UDMO), impliquant l'officier Gustave Jouspite, étaient fortement impliquées dans le soutien de Chabon, notamment en leur fournissant des munitions. [1]

Reginald Boulos, homme d’affaires, personnalités publiques très en vue depuis plusieurs décennies en Haïti et fondateur du nouveau parti politique MTV( Mouvement de la troisième voie) a utilisé l’argument « leaders communaunaires » quand il a été questionné sur ses relations avec des bandits de cité soleil, de croix-bossale ou de La Saline. En effet,  A plusieurs reprises, lors des interviews à la radio, Boulos a admis qu'il soutenait financièrement des éléments paramilitaires, affirmant que ces derniers offraient des programmes sociaux dans des zones qu’ils contrôlaient faute de l’absence de l’Etat.

Michel Martelly, Jovenel Moise, Ministres, directeurs généraux, candidats et élus pour justifier leur recours aux bandits et criminels (présumés ou reconnus) et à leurs services reprennent la chanson « acteur social ou leader communautaire ».

Le peuple est donc pris entre l’enclume et le marteau. Entre le Sida et le Cancer. Appauvri, délaissé et meurtri, il joue le jeu et devient complice d’une situation dont lui seul est le perdant car ce sont ses enfants qui ne peuvent pas avoir accès à l’école et à une bonne instruction, c’est lui qui est kidnappé et assassiné tous les jours. C’est lui qui n’a pas accès à l’emploi ni à l’assistance sociale. C’est lui qui est « relogé » comme des animaux à Morne Cabrit. C’est lui qui cherche la vie et  cohabite avec la mort sur les immondices de croix-des-bossales comme des cochons sauvages.  C’est lui qui est forcé d’aller déambuler dans des manifestations (carnavalesques) qui ne lui apporteront rien de mieux.  C’est finalement lui qui doit fuir le pays et mettre sur son dos le lourd et insupportable fardeau qui consiste à donner soins et espoirs qu’il n’a pas lui-même à ceux qui ne peuvent pas fuir cet enfer que nous nous ingéniions tant à construire.

 

[1]

Animateur (s)

Portrait de Anne Merline Eugene
La Mafia existe
1 année 11 mois ago
Portrait de Jacques Adler Jean Pierre
Agenda Culturel RTVC - 20 Avril 2017
2 années 11 mois ago