Le sénateur Aya et sa paire de bottes

Publié
5 jours ago
Dernière mise à jour
5 jours ago
19388 views
Time to
read
2’

Ce matin, en faisant comme à l'accoutumée, le tour des réseaux sociaux, je suis tombé non sans grande stupéfaction, sur une vidéo de quelques secondes du sénateur Aya exhibant une paire de bottes, on dirait, qu'il vient tout juste de se la procurer. C'est une botte du style Louis Vuitton avec chaîne Couleur Or( plus de 2 000 dollars américains). Et le parlementaire dans un sursaut de fanfaronade, se vante de la chèrete excessive de ses chaussures qui, lache t- il, sur un ton moqueur et fier, valent toute la garde-robe de ceux-là qu'ils qualifient de "ti egri".

Quel cynisme! Dans un contexte de grande précarité économique, où la grande majorité, étant dépourvue du strict minimum, tente difficilement de joindre les deux bouts, un sénateur de la République ne trouve rien d'autre à faire, que l'exhibition de ses marques de richesse sur les réseaux sociaux. Quel mépris envers ces petits marchands, ces artisans, ces paysans, ces journalistes, bref ces catégories sociales du pays dont les revenus mensuels, je suppose, sont nettement inférieurs au coût de la paire de bottes du sénateur. Aya s'adresse quasiment à tout un pays, car 95% de la population ne peuvent pas se payer un tel luxe. Par cet agissement fantaisiste et puéril, Gracia DELVA vient de cracher son mépris sur toute une population dont il devrait être, dans le meilleur des mondes, les dignes représentants au parlement. 

Cependant, on peut alors absoudre à Aya son cynisme, car il n'aurait pu avoir d'autres formes de comportements. Premièrement, en raison de son arrivisme habituel. Deuxièmement, en raison de ses limites intellectuelles. En effet, l'homme limité intellectuellement qui devient riche, est comme le "colonisé ", une victime sociale. Pour se venger de ses frustrations enfouies dans son subconscient, il n'a que sa richesse comme preuve existentielle. Autrement dit, il n' pas d'autres moyens de recours pour s'imposer et de se prendre au réel que par l'arrogance du matériel. Sinon, le sénateur saurait qu'il est des comportements qu'un sénateur de la République ne devrait pas afficher, ne fût-ce que par stratégies politiques. Toutefois, étant donné qu'il est un être borné, il ne lui reste qu'à s'appuyer sur son paraître pour prouver son existence. Il devient, comme l'aurait dit Fanon, enfermé dans un arsenal complexuel qui réduit son être au simple fait de posséder. Donc, Il faut être tout de même indulgent en vers ce genre d'hommes qui sont des victimmes sociales au même titre que ces éléments de la masse et de la classe moyenne que le sénateur traite de "ti egri". 

En tout cas, le comportement d'Aya n'est pas pire que les bêtises parlementaires auxquelles on est habitués, mais à l'analyse, témoigne d'une importante légèreté due à l'idiotie qui le caractérise et qui l'a fabriqué. Son attitude participe du discours selon lequel, l'homme n'a de la valeur que s'il est riche. Ce genre de discours est très dangereux pour la jeunesse haïtienne surtout ces jeunes démunis prêts à emprunter quelque soit le raccourci pour faire de l'argent. Ce genre de discours est à banir de notre passage social. 

Donc, je le répète avec plus de sincérité: il faut être indulgent envers le chanteur. Il faut quand même lui pardonner sa pauvreté d'esprit, car il paraît un peu logique quand un pauvre d'esprit accède à la richesse d'avoir une telle attitude. Notre indulgence devrait nous porter à ne même pas mettre en question l'origine douteuse de la richesse du sénateur ni de sa responsabilité parlementaire. Car, un Aya devenu sénateur, ne pourrait être différent de ce vulgaire rappeur qui chantait ces paroles:<< Obama pa ka pile tenis mwen. Ou mèt pile madanm mwen, pa pile tenis mwen>>. 

Animateur (s)

Portrait de Anne Merline Eugene
La Mafia existe
10 mois 3 semaines ago
Portrait de Jacques Adler Jean Pierre
Agenda Culturel RTVC - 20 Avril 2017
1 année 11 mois ago