Le règne de la banalité : Faites des conneries et créez le buzz

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Gamal Augustin - Directeur de la RTNH

Il me semble que les choses de l’esprit et les actions positives ont moins de chance de faire le buzz médiatique ou d’attirer l’attention du plus grand nombre. Pour défrayer la chronique plus facilement, oubliez les choses de l’esprit. Soyez ridicule, montrez vos fesses, montrez vos seins, faites des sottises, soyez stupide tout simplement.

L’intervention de Gamal Augustin à la chaine de télévision française Guyane la 1re enflamme les réseaux sociaux depuis ce weekend. Le directeur de la Radio et Télévision nationale d’Haïti (RTNH) s’est exposé à la risée des internautes. Ses détracteurs estimaient que le directeur du média d’État a déconné. Aucune prise de parole de Gamal Augustin n’a suscité autant de réactions, autant de débats dans les médias traditionnels comme sur les réseaux sociaux. Il a peut-être l’habitude de réaliser ou dire des choses positives qui mériteraient d’être connues du grand public, mais il me semble que la négativité l’emporte souvent sur la positivité. Je pourrais citer une multitude d’exemples, mais je prends ce cas pour jeter un regard beaucoup plus large sur les sujets qui semblent attirer l’attention du grand public et les actions qui sont susceptibles de rendre populaire une personne plus facilement. Je me demande donc quelles sont les actions permettant à un individu de créer un buzz médiatique ou d’attirer l’attention des gens de son réseau social.

Une simple observation des faits qui créent le buzz dans les médias traditionnels comme sur les réseaux sociaux m’amène à penser que les choses de l’esprit ou les actions positives ont moins de chance d’entrainer le grand nombre, de créer un buzz médiatique autour de soi. Ils sont plutôt rares des gens qui, par leurs actions positives, attirent l’attention du grand public. Il est plus facile d’accrocher les gens en étant ridicule, belliqueux, scandaleux et amusant. C’est le cas pour certains artistes en baisse de popularité. Ce ne sont pas forcément les belles réalisations, le niveau d’étude, la compétence, les beaux discours, le rang social, les dures années de travail et de sacrifices d’une personne qui intéressent les gens, mais plutôt ses bêtises les plus sordides, son incapacité, ses impérities, ses erreurs, la mise en scène de son animal de compagnie. Un simple détail sur la vie privée d’un personnage public a plus de chance de créer le buzz que ses grandes réalisations, ses plus grands succès. Pourquoi une telle motivation pour les futilités au détriment des choses positives ? Je n’ai pas la réponse. Ce texte relève plutôt d’une simple perception intuitive.

Personne n’est épargné des conneries qui circulent sur le web. Par curiosité, par intérêt ou par obligation, chacun de nous a au moins une fois été attiré par des contenus de moindres importances diffusés dans les médias sociaux ou traditionnels. C’est un virus qui atteint même les plus avisés. Avec l’omniprésence des caméras, des téléphones intelligents, nos moindres faits et gestes sont filmés et risquent d’être publiés dans les médias sans le vouloir. Autrement dit, nous risquons de créer le buzz sans le moindre effort et devenir la risée du monde. Alors, soyez prudents. Personne n’est épargné.  

Les technologies numériques permettent à chaque internaute de se mettre en scène, de sélectionner, de traiter et diffuser des contenus en fonction de ses propres critères et de ses propres intérêts. Une seule publication peut atteindre un nombre infini de personnes et peut être reprise par des médias classiques du monde entier. C’est d’ailleurs une tendance actuelle. Les personnalités publiques diffusent des messages sur leur page Facebook ou Twitter qui sont repris par les médias classiques du monde entier. Le cas du président américain, Donald Trump, en est une belle illustration. Cette nouvelle pratique remet en question certaines grandes théories médiatiques comme le gatekeeping et l’agenda setting. La préséance des contenus de moindre importance est loin d’être une nouveauté ou un effet des réseaux sociaux, mais un prolongement ou l’amplification des pratiques médiatiques traditionnelles qui sélectionnent leurs informations en fonction des critères bien spécifiques. Cette réalité peut aussi être considérée comme le résultat d’une stratégie globale d’une élite visant à prendre le contrôle de l’esprit humain en détournant l’attention sur les vrais problèmes de nos sociétés actuelles.

Tout compte fait, jamais l’accès à la « connaissance » n’a été aussi facile. L’internet ouvre la voie à presque toutes formes de savoirs du monde, mais également à toutes formes de dérives et de banalités. Il y en a pour tous les goûts. C’est le règne de la liberté individuelle et de la bêtise. Vous êtes libre de « liker » ou de ne pas « liker », de « share » ou de ne pas « share ». C’est votre droit. Toutefois, le constat est que si vous voulez créer le buzz médiatique dans votre réseau personnel rapidement et facilement, oubliez les choses de l’esprit. Soyez ridicule, montrez vos fesses, montrez vos seins, dites des sottises, faites des conneries ; donc soyez stupide tout simplement !

Wisnique Panier

Québec, le 21 janvier 2019

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