Le pays éclatera, ce n'est juste une question de temps

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Kerlens Tilus

Depuis 22 jours, le gouvernement est démissionnaire et gère les affaires courantes. Le président de la République, Jovenel Moise a décidé de consulter plusieurs secteurs de la vie nationale pour choisir un premier ministre. Quatre noms figurent sur une courte liste.

La question fondamentale qu’on se pose jusqu’ici est la suivante : « Est-ce que Jovenel Moise a une vision claire de la direction qu’il veut donner au pays ? » A mon humble avis, je ne crois pas que Jovenel Moise comprend ce que c’est diriger ni il ne maitrise les enjeux de la bonne gouvernance. Le président de la République ne réalise qu’il est édenté après les évènements regrettables du 6, 7 et 8 Juillet, sinon, il agirait autrement dans le choix du premier ministre. Est-ce l’urgence consiste en la nomination d’un nouveau premier ministre ? Non. L’urgence c’est d’apaiser la population, de permettre à cette dernière d’avoir confiance en ces dirigeants et de mettre sur pied un plan de gouvernance viable où tous les secteurs de la vie nationale puissent se retrouver et travailler pour rehausser l’image de l’Etat et du pays en général. Quand je regarde la liste des prétendants au poste de premier ministre, je me suis dit que Jovenel Moise prend tout le monde pour des cons. Le président souffre lui-même d’un déficit de légitimité et il est sur le point de choisir de nommer un premier ministre qui n’est pas crédible comme lui. Il ne s’agit pas ici de faire la promotion de quiconque. Il faut aller au-delà des personnalités et voir en quoi un premier ministre peut changer les données en ce présent moment. Même quand on arrive à trouver un personnage sérieux et honnête pour prendre les rênes de la primature, le système déjà corrompu ne lui permettrait pas d’effectuer des changements véritables et finirait par le broyer.

Les acteurs politiques n’arrivent pas à avoir une lecture claire et rationnelle des émeutes du 6, 7 et 8 Juillet. Ils pensent réellement que ces évènements ont été spontanés. Ce qui est clair aujourd’hui est que le peuple est imbu de ce qui se passe dans les couloirs du pouvoir et ne veut plus continuer à être le dindon de la farce. Nous le répétons à qui veut l’entendre : le pays finira par éclater, ce n’est qu’une question de temps. Tous les indicateurs macroéconomiques sont au rouge et rien n’indique que les acteurs en présence sont conscients que les choses vont mal. Si Jovenel Moise était réellement sérieux et voulait débloquer le pays, il ne consulterait pas seulement des secteurs pour choisir un premier ministre tout simplement. Il ferait des consultations pour élaborer une feuille de route pour le prochain gouvernement et ce sont des experts en développement et des professionnels férus de science qui seraient consultés. Un internaute s’est posé la question : Que peut-on espérer d’un Premier Ministre ? Je reproduis ici son questionnement :

« La nation attend - ou pas - le choix d’un nouveau locataire pour la Primature. On appréhende ce qui va se passer avec une impression de déjà vu... et des questions plein la tête...

Qu’est-ce qui va prévaloir dans ce choix? Sera-ce les intérêts supérieurs de la nation ou ceux des profiteurs habituels?

Au parlement, va-t-il s’agir d’une ratification ou d’une marchandisation?

Sera-ce un autre deal entre l’exécutif et le législatif à coup de millions et d’avantages perso de part et d’autre?

Va-t-il, comme Jacques Guy Lafontant, rester dans l’ombre du président-ministre-maire-casec qu’est devenu Jovenel Moïse?

Les officiels vont-ils continuer à mener une vie princière sans aucune pitié pour un peuple qui crève de faim?

Va-t-il diligenter une enquête indépendante sur les 3 milliards USD du fonds PetroCaribe?

Va-t-il renforcer les institutions pour diminuer la corruption qui gangrène l’administration publique?

Va-t-il former un gouvernement avec une dizaine de ministères essentiels ou un tas de ministères encombrants et budgétivores?

Cette nouvelle administration pourra-t-elle mettre la nation en confiance ou sera-t-elle aussi perçue comme une bande de voyous?

Entre-temps, il n’est que d’attendre et croiser les doigts. » (Junior Mesamours)

Quel que soit la personne qui est retenue pour devenir premier ministre, il ne sera qu’un agent de la bourgeoisie qui travaillera de même que Jovenel Moise pour sauvegarder les intérêts des nantis. Ce qui est important pour Jovenel Moise, ce n’est pas de défendre les intérêts de la population, c’est plutôt de chercher à protéger ses intérêts, les intérêts de ceux qui l’ont placé au pouvoir et de voir dans quelle mesure il peut boucler son quinquennat. Personne ne peut empêcher au président de la république de penser à son futur et de faire de son mieux pour protéger ses intérêts. Mais, les intérêts du chef de l’Etat devraient coïncider avec les intérêts suprêmes de la nation. Nous avons le pressentiment que nous ne parlons pas le même langage que le président de la République et des gens qui l’entourent. Ce qui saute aux yeux de tous semble être étranger au président de la République et son entourage. Les dirigeants au pouvoir jouent avec le feu et croient qu’ils peuvent continuer à berner la population. Il y a des dossiers qui ne vont pas disparaitre du jour au lendemain. Ici, on parle du dossier de Petrocaribe, le salaire minimum, le train de vie exorbitant des ténors de l’Etat, des réformes fiscales qui sont plus que nécessaires, des réformes en profondeur au niveau de l’administration publique.

Le président de la république est entouré de flatteurs qui lui disent qu’il a de beaux yeux et que tout marche comme sur des houlettes. Le président lui-même n’a pas cette clairvoyance pour comprendre que la population doute de tout ce qu’il dit et se méfie de tout ce qu’il entreprend. L’une des priorités que le président de la république devrait avoir c’est de redorer son blason et inspirer confiance à la population. Comment inspirer confiance à la population ? Le chef de l’Etat doit se mettre à l’écoute de la population et des bien-pensants qui exhortent et prodiguent de judicieux conseils. L’avenir d’Haïti est incertain et inquiétant. On prévoit que d’ici la fin de l’année, il y aura une vague de sécheresse dans plusieurs endroits du pays. La population peine à joindre les deux bout, avec cette saison sécheresse, elle sera clouée au pilori. Nous avons comme l’impression que le pays est sur autopilote. Personne n’est en contrôle. Depuis plus d’un an, j’avais prédit que le gouvernement de Jack Guy Lafontant n’irait nulle part parce que l’on pouvait voir que les feuilles de route des ministères étaient superficielles et qu’il n’y avait pas de sincérité dans le discours des responsables. Le peuple voit tout et comprend bien. Si Jovenel Moise croit qu’il peut continuer à bluffer toute une population, qu’il peut continuer à faire les quatre volontés des nantis au détriment du peuple haïtien, il sera éjecté du fauteuil présidentiel.

Il y a une tendance en Haïti quand on dénonce ou critique le pouvoir en place, on est taxé de travailler pour ceux qui se disent être en opposition au pouvoir. Je suis peut être en opposition au pouvoir de Jovenel Moise parce que mon bon sens me dit que ce dernier travaille contre les intérêts de la nation et n’est pas en mesure de gouverner comme il se doit, mais je ne supporte aucun groupe qui est en opposition au pouvoir en place. Je ne me prêterai jamais au jeu « ôte-toi pour que je m’y mette ». Il n’y a pas d’opposition constituée par rapport au pouvoir en place. Nous sommes en présence d’un groupe de bluffeurs et d’opportunistes qui cherchent à tirer leurs épingles du jeu, et qui se livrent à un jeu de positionnement. Les Haïtiens sont conscients que rien de bon ne peut sortir de cette classe politique, voilà pourquoi ils ne font plus confiance aux politiciens. Les gens se rendent compte qu’ils sont livres à eux-mêmes et qu’ils doivent mener le combat pour la libération du pays pour leur propre compte. Les gens ne sont pas sincères. C’est une question d’argent et de pouvoir qui se discute. 22 jours après les émeutes de Juillet, Jovenel Moise n’est pas en mesure de dire à la population ce qu’il veut vraiment réaliser, et le peuple est patient. Les Haïtiens finissent par se rendre compte qu’ils sont dans la merde et qu’ils doivent se débrouiller seuls pour sortir de la latrine. Toute cette tergiversation autour du choix d’un premier consiste en des tractations du secteur privé des affaires, de la présidence et du pouvoir législatif pour pouvoir tirer leurs épingles du jeu. Personne ne pense au bien-être du peuple haïtien qui est délaissé comme un orphelin.

Je crois qu’il faut continuer à prodiguer des conseils à ce président de la République qui fait le sourd. Les propos de mon ami Pierre Yves Roy sont corrects en cette circonstance. Ecoutons le docteur Pierre Yves Roy :

« Cette nouvelle crise haïtienne met en scénario un peuple vilipendé, bafoué, trompé et souffrant, qui exige l’accomplissement des promesses que le Président et le Parlement lui ont faites--des promesses traditionnelles qui semblaient tenir plus du théâtre que de la réalité. En d’autres termes, les masses réclament l’éradication de la corruption, le travail, la santé, les bananes etc.,--le mieux-être que Jovenel Moise, les sénateurs et les députés lui ont promis à grands renforts de tambour. Ici, il y a une victime et deux coupables collectifs: l’Exécutif et le Parlement. Ayant reconnu son échec, le Président Jovenel Moise a été poussé de faire un pas vers la résolution de la crise en renvoyant son gouvernement ab initio. Maintenant c’est le tour du Parlement d’en apporter l’équivalence: soit sa démission en bloc, comme l’a proposé le sénateur Nénel Cassy1, ou son amenuisement à 50% en membres, en salaires, en pouvoirs et en subventions. Une loi virtuellement similaire au “Plan Macron pour réduire les pouvoirs du Parlement2”. En Haiti, une telle loi aurait comme corollaire une autre loi pour donner plus d’ouverture à la presse haïtienne qui suppléerait, dans sa fonction de sentinelle, au manquement parlementaire en gardant un œil ouvert sur le flux et reflux du prochain gouvernement. La promulgation de ces deux lois aurait des résultats immédiats plus que positifs dans le pays: des 7.2 milliards de gourdes octroyés au parlement en salaires et en subventions dans le budget 2017-20183, 3.51 milliards seraient retenus au Trésor public pour aider le gouvernement à développer la potentialité du peuple. Cela contribuerait également à engendrer un regain de confiance perdue depuis 1991 dans le processus démocratique en Haïti. Et ce serait le premier pas des leaders haïtiens vers la solution temporaire de l’imbroglio politique actuel.

En second lieu, pour continuer à gouverner dans cette conjoncture à haute tension, le Président Jovenel Moise devrait s’efforcer à ne plus considérer le pouvoir un héritage de son parti qui lui forcerait de choisir l’un parmi les siens comme chef de gouvernement. Grave erreur! Au contraire, il ferait mieux de former une nouvelle commission spéciale pour l’aider à accueillir les recommandations des différents secteurs d’influence et du secteur sinistré pour le choix du premier ministre. Cette nouvelle commission spéciale devrait être constituée de trois (3) membres dans chaque secteur d’influence, et dans le secteur sinistré --non seulement ces trois (3) membres pourraient voter entre eux, leur choix passerait l’épreuve d’un autre vote entre les principaux représentants des différents secteurs pour le choix final du Premier ministre. Le nouveau gouvernement qui naîtrait de ce choix aurait trois (3) objectifs principaux à atteindre: 1) l’accompagnement de la politique du Président; 2) une prise en charge plus responsable des dossiers de la corruption; 3) la préparation des prochaines élections.
Dans les douze prochains mois, l’urgence du nouveau gouvernement serait d’apporter un soulagement significatif aux besoins du peuple haïtien à travers des programmes sociaux d’urgence pour soulager les douleurs des plus démunis, sans négliger des programmes à vocation éducative et professionnelle permettant au peuple de se prendre en charge: le gouvernement devrait investir davantage dans le peuple.

Parallèlement, le gouvernement doit se prononcer avec plus de fermeté sur les dossiers Petrocaribe, ONA et autres. Parce que, s’il y a une chose qui parait révolter le peuple au plus haut point aujourd’hui, c’est le dossier Petrocaribe que le gouvernement traite en enfant abandonné. Il est donc important au gouvernement d’affirmer et de confirmer sa volonté de prendre ce dossier au sérieux: cela prouverait sa vraie légitimité au pouvoir et sa bonne foi dans la lutte contre la corruption, qui semble être le point saillant de la crise.
Ce prochain gouvernement, n’ayant pas assez de temps, se disposerait à la préparation des prochaines élections. Les élections passées ont été désastreuses; elles ont laissé le peuple avec un arrière-goût de fiel à la gorge. Ce gouvernement ferait de son mieux pour prévenir que les prochaines élections ne soient pas teintées de corruption. Le peuple haïtien ne voudrait pas que le doute soit rétabli dans les procédures électorales: s’il perd aux élections, il veut savoir comment il a perdu. De nouvelle structures préventives doivent être mises en place pour barrer la route à la corruption ou la sélection d’un candidat.

A l’état de trouver de l’argent pour satisfaire ces revendications. Cependant, l’on sait que la politique économique de Jovenel Moise au cours de ces deux années a été plus qu’ambiguë. Presqu’une année de cela, des propositions économiques lui ont été adressées par la République de Chine (ROC) et la République Populaire de Chine (RPC): $150 million de Taiwan pour l’électrification contre $4.7 billions de la Chine pour la reconstruction de Port-au-Prince. Le président a choisi les $150 millions de Taïwan et a laissé tomber les $4.7 billions de la Chine, et davantage. Un choix qui nous parait mathématiquement et économiquement insensé, puisqu’il est contre le développement d’Haïti. Mais, seuls le Président, son staff et ses alliés comprennent la logique de leur choix. Aujourd’hui le peuple est debout; et il attend, nerveux. »

Nous faisons de notre mieux pour prodiguer des conseils et jouer notre rôle d’avant-gardiste. Le président de la république ne peut pas dire qu’il n’était pas conseillé. Tôt ou tard, le pays éclatera et ce ne sera pas beau à voir. Que le Dieu qui sonde les cœurs et les reins puissent animer nos dirigeants de bonne volonté afin qu’ils puissent prendre conscience et travailler pour le bien-être de la population qui souffre. Que vive Ayiti.

Kerlens Tilus 08/05/2018
Futurologue/ Templier de Dieu/ Ecrivain

Tel : 631-639-0844

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