Le Parlement pris au piège de son inefficacité

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Les deux chambres du Parlement haïtien disposent, selon le dernier budget régulièrement adopté, de plus de sept milliards de gourdes pour fonctionner. De plus, chaque élu a le droit et se fait le devoir de grappiller des fonds dans les ministères et les organismes de l’État. L'argent coule à flot au bord de mer de Port-au-Prince où siège nos législateurs.

Grâce à son butin, le Parlement dispose du plus important arsenal de consultants, de conseillers et d’experts de la République.
L’argent et les hommes de savoir ne servent pourtant pas à grand-chose. Rares sont les lois votées dans les deux chambres ces dernières années. Rares sont les séances qui se tiennent du début à la fin. Rares sont les changements concrets que nos élus ont apportés à la vie de la population, encore plus rares sont les solutions à nos problèmes trouvées grâce aux lumières de nos honorables députés et sénateurs.

Le Parlement existe. Ses membres jouissent des privilèges. Le pays en récolte des entraves.

La séance du mercredi 7 août 2019 illustre, si besoin était, l’inanité de la 50e législature. Des mois qu’ils en parlent, des mois qu’ils en rêvent et voilà que la fameuse séance pour mettre le président Jovenel Moïse en accusation n’était pas préparée. 

Elle ne l’était pas parce que les règlements du Parlement n’ont pas chorégraphié la mise en scène de cette procédure particulière. Elle n’était pas préparée parce qu'aucune législature depuis 1988, soit de la 44e à la 50e, n’a jamais voté les lois ou la loi qui dispose de comment mettre un président en accusation.

Ce mercredi, les élus ne connaissaient ni le fond ni la forme à donner pour mettre le président en accusation.
On imagine comment il en sera pour le procès en Haute Cour de justice si l'on y arrive un jour.

Les législateurs sont pris au piège de leurs propres lacunes. Ils n’ont pas réfléchi. Ils n’ont pas travaillé. Ils n’ont pas légiféré. Leur pouvoir est vain. L'inefficacité dans toute sa splendeur a tenu lieu de spectacle ce mercredi. Les accusateurs de la minorité n'étaient pas préparés à accuser et la majorité est restée ferme sur ses bases. 

Bien entendu, le Parlement étant une assemblée éminemment politique, il peut accoucher de n’importe quelle décision n’importe quand sur n’importe quoi. Le projet de mise en accusation du chef de l'Etat peut en faire les frais. 

On a vu des vertes et des pas mûres au Parlement ces derniers temps. Que ne peut pas nous offrir la 50e législature pour les milliards qu’elle nous coûte.

Edito du Nouvelliste

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Frantz Duval collabore au Nouvelliste depuis 1985. Il a une grande histoire de fidélité et de passion avec Le Nouvelliste où il a occupé les postes de responsable Création et Interactivité à partir de 2002 et de responsable de la section Economique à partir de 1994. Directeur de publication de Ticket et...

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