Le handicap et les pratiques enseignantes. Essai de présentation d'une recherche-action post-Matthew, en cours de réalisation dans les départements de la Grand'Anse, des Nippes et du Sud

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Un groupe d'étudiants-enquêteurs de l'Université publique de la Grand´Anse en formation

Le GIECLAT (Groupe d'Initiative pour l'Étude, de la Cognition, du Langage, de l'Apprentissage et des Troubles) réalise une recherche-action post Matthew, intitulé Élèves en situation de handicap et pratiques pédagogiques des enseignants dans des écoles de la Grand’Anse, des Nippes et du Sud d’Haïti.

Il s'agit d'identifier et d'observer les manifestations et les impacts du handicap à l'école, en vue de collecter des données et d'analyser l'apprentissage des élèves du fondamental et les pratiques de classes des enseignants. Cette approche renseigne le Ministère de l'éducation nationale sur l'état de la question et permettra à des organismes nationaux et internationaux d'avoir des informations crédibles pour aider à améliorer la situation des élèves et des enseignants haïtiens. Les signes du handicap  sont bien entendu traités en rapport avec les problèmes psychosociaux auxquels fait face la population scolaire des régions de la Grand'Anse, des Nippes et du Sud, depuis les catastrophes naturelles d'octobre 2016. Les séquelles épouvantables de l'ouragan Matthew servent ainsi de prétexte, pour réfléchir sur une problématique beaucoup plus globale qu'est l'exclusion scolaire.

            Cette recherche combinant la méthode quantitative et la méthode qualitative est conçue pour observer des acteurs scolaires in situ et former des étudiants-stagiaires. Deux-mille-huit-cent-douze (2812) élèves ayant des signes assimilables au handicap, deux-cent-quarante (240) enseignants, quatre-vingt-neuf (89) directeurs d'écoles, cent (100) parents d'élèves et vingt (20) professionnels d'ONG, participent à cette activité, à titre de répondants. Les enquêteurs engagés dans cette recherche sont des étudiants finissants en psychologie et en sciences de l'éducation à l'Université publique de la Grand'Anse, à l'Université  d'État d'Haïti et à l'INUFOCAD. Leur participation aux activités de cette recherche est la preuve qu'il y a un grand besoin de formation et une réelle envie d'apprendre dans le pays.

            Les départements du Grand Sud, notamment la Grand'Anse, sont choisis comme lieu d'implémentation de cette étude pilote, parce qu'il est utile et nécessaire de diagnostiquer la situation de la population scolaire frappée par le cyclone Matthew. La Grand'Anse est particulièrement considérée comme zone prioritaire, en raison du fait qu'elle a été sévèrement dévastée et de la demande d'accompagnement exprimée par l'Université publique de la Grand'Anse. Soixante-treize (73) étudiants stagiaires y collectent des données. Dans ce département, treize (13) villes et quatre (4) localités (Ravine Blanche, Guinaudé, Lopineau/Fond-Cochon et Léon)  ont des écoles où le projet se réalise. Près de 2/3 des élèves auprès desquels nous collectons les données vivent dans ce  département.

            Convaincu de l'importance de l'enseignement fondamental dans la rénovation de l'école et la structuration de la base de l'éducation, le GIECLAT a choisi spécifiquement ses répondants (élèves et enseignants, notamment) dans les trois premières classes du fondamental (1ère, 2ème et 3ème années). Un ensemble de données pertinentes relatives aux objectifs de la recherche, sont recueillies, et pour l'heure consignées dans une base de données que des chercheurs sont en train de traiter et d'analyser. Les informations déjà collectées  dans les communes de la Grand'Anse, du Sud et des Nippes, donnent une idée de la situation globale des écoles de la République.

            Les premières données qui nous viennent du terrain, grâce à la collaboration que le GIECLAT entretient avec des partenaires comme la CASAS (Commission d'Adaptation Scolaire et d'Appui Social) du MENFP, le Laboratoire LangSE de l'UEH  et l'INUFOCAD, montrent que des signes pouvant perturber le travail des enseignants et bloquer l'épanouissement des élèves, sont nombreux à l'école. Les problèmes résultent de la pratique pédagogique, du développement physique et mental des enfants, de la situation socio-familiale, de la politique d'accueil et des dispositifs didactiques mis en place. Des mesures de redressement semblent avoir été envisagées et mises en œuvre par les pouvoirs publics, mais l'environnement et le fonctionnement des écoles inquiètent davantage.

            Nous avons, à ce stade de la collecte, identifié un faible taux d'élèves souffrant de handicap visible et sévère communément appelé déficiences motrices, mentales et sensorimotrices, dans les écoles observées, comparativement au nombre d'élèves dits normaux qu'il y a. Ce constat interpelle l'équipe de recherche et la motive davantage à poursuivre l'opération en vue de comprendre et d'expliquer pourquoi la quantité d'enfants souffrant du handicap visible dits non-voyants, malentendants et muets, est si faible dans les  écoles sélectionnées, alors que le nombre de cette catégorie d'enfants augmente dans les départements, suite au séisme du 12 janvier 2010 et aux récentes catastrophes de l'ouragan Matthew.

            Le GIECLAT et ses partenaires prônent l'éducation inclusive en Haïti, à une époque où les enfants sont victimes de violences symboliques et de stigmatisation, mais il aurait été très difficile d'entreprendre cette action d'envergure scientifique sans le support financier de deux institutions américaines : le  National Academics Science (NAS) et l'USAID. Leur appui est d'autant plus important qu'il permet de faire un diagnostic du système éducatif haïtien dans les zones victimes des catastrophes de l'ouragan Matthew de 2016 et  de permettre à près d'une centaine d'étudiants venus de l'UEH, de l'INUFOCAD et de l'Université publique de la Grand'Anse de préparer leur stage de formation en sciences de l'éducation et rédiger leur mémoire en psychologie. L'apport de Queens College of CUNY par l'implication de l'un de ses chercheurs, le professeur Nathalis WAMBA, qui apporte son expertise et ses expériences dans la recherche en éducation, est aussi à signaler.

            Les activités de cette recherche sont mises en œuvre par une équipe composée de cinq (5) chercheurs et de quatre-vingt-un (82) étudiants-stagiaires, dont trois (3) dans le Sud, trois dans les Nippes et soixante-seize (76) dans la Grand'Anse.

 

Professeur Rochambeau LAINY (Ph.D)

Linguiste et psychopédagogue

Directeur de recherche
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