Le budget national, un hymne à l’inefficacité

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Frantz Duval - Rédacteur en chef du Nouvelliste - Président de l'ANMH

Le budget 2018-2019 est connu. Les économistes le décortiquent. Les acteurs de la société civile l’analysent. Les parlementaires doivent le mettre au vote.

Avec 172 milliards de gourdes et des poussières de millions, on a l’impression que l’État haïtien sera plus riche pour servir la population haïtienne que l’an passé. D’une année à l’autre, on a comme l’impression d’avancer quand on contemple la masse de gourdes de notre budget.

Détrompons-nous.

En dix ans, souligne Nesmy Manigat, le budget de l’État a chuté en dollars… passant de deux milliards quatre cent soixante-dix millions de dollars pour l’exercice 2008-2009 à deux milliards deux cent quarante-quatre millions de dollars pour cet exercice 2018-2019.

Les 172.8 milliards de gourdes de l’exercice actuel valent moins que les 100 milliards de gourdes du budget de la République pour l’exercice 2008-2009. La dépréciation de la gourde est passée par là.

Point n’est besoin de dire qu’en dix ans la population a augmenté. Nos besoins aussi. Le service de la dette a explosé et nos importations aussi. En un mot, dix ans plus tard, il nous faudra faire plus avec moins.

Autre sujet de préoccupation pour l’exercice 2018-2019, cette année est celle d’une échéance électorale majeure : les élections pour les maires, les députés et une partie du Sénat doivent avoir lieu au cours du dernier trimestre de 2019. Des provisions budgétaires de 3 milliards de gourdes sont faites en ce sens. Le budget prévoit aussi 720 millions de gourdes pour les partis politiques.

Pour réussir les élections, la première étape consiste à disposer d’une loi électorale et d’un système d’identification des électeurs en parfait état de fonctionnement, avec des cartes distribuées à chaque personne en âge de voter et un capital confiance qui encourage les partis politiques à se fier les yeux fermés au processus électoral.

Le budget 2008-2009 nous remet en mémoire, selon un article d’AlterPresse, que l’exécutif de l’époque avait prévu que « L’Office national d’identification (ONI) pourrait recevoir moins d’un tiers des 123 millions de gourdes sollicitées ». L’ONI a toujours été le parent pauvre de nos institutions essentielles ou l’enfant prodigue de la maison de l’exécutif.

On a dépensé des millions de dollars pour monter un premier système qui a permis la tenue des élections de 2006 et de celles de 2010. Puis quarante-huit millions de dollars avec la frime SmartMatic pour réaliser les élections de 2015-2016. Le système national d'identification a été réceptionné et certifié par l'ONI en 2015. Et on s’apprête à débourser 27,7 millions dans le cadre d'un contrat non approuvé par la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif avec la firme allemande Dermalog qui doit conduire aux élections de 2019.

Cela fait beaucoup de millions pour peu d’élections…

Mis à part le peu de transparence qui a accompagné chaque opération, doter le pays d’un système d’identification efficace et stable est un échec continu depuis 2006 et un exemple de comment l’État haïtien, d’une administration à l’autre, dilapide ses maigres moyens dans des opérations opaques.

Bien plus qu’un déficit de milliards, le processus budgétaire haïtien souffre de son manque d’efficience à tous les niveaux et pour chaque opération. De la plus simple aux plus importantes.

Edito du Nouvelliste

Author

Frantz Duval collabore au Nouvelliste depuis 1985. Il a une grande histoire de fidélité et de passion avec Le Nouvelliste où il a occupé les postes de responsable Création et Interactivité à partir de 2002 et de responsable de la section Economique à partir de 1994. Directeur de publication de Ticket et...

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