L’appui américain et l’argent du FMI suffiront-ils à sortir Haïti et Jovenel Moïse du stade de pays locked ?

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Rencontre avec le FMI

L’expression « pays locked » a fait florès ces derniers temps. C’est le slogan de notre mois de février. C’est une expression cependant qui va plus loin que les 11 jours de blocage quasi-total des activités dans la région métropolitaine et dans plusieurs villes du pays.

Une des conséquences de l’opération pays locked lancée par l’opposition pour demander le départ du président Jovenel Moïse a été l’inscription d’Haïti sur la liste des pays de catégorie 4, là où les Etats-Unis d’Amérique recommandent à ses ressortissants de ne pas se rendre tant les conditions de sécurité sont mauvaises. Deux autres conséquences ont été de porter les mêmes Etats-Unis d’Amérique à voler au secours du régime de Jovenel Moïse et de porter le Fonds monétaire international (FMI) à conclure un programme de crédit en faveur d’Haïti. L’accord de crédit ouvre la porte au retour des autres bailleurs.

Sorti du pays locked, Jovenel Moïse gagne du temps. Un répit. Il devra les utiliser à bon escient. Après le pays locked, deux réalités demeurent. Jovenel Moïse est toujours président. Haïti est dans une situation encore plus précaire. Si l’annonce de l’aide américaine et de la conclusion d’un accord de facilité élargie de crédit de 229 millions du FMI sont de bonnes nouvelles, on peut se demander si l’argent va suffire pour aider Haïti à remonter la pente avec Jovenel Moïse.

Voyons d’abord l’appui politique des USA en échange de l’alignement d’Haïti sur la politique américaine contre le président vénézuélien Nicolas Maduro.

Dans les années 80, le régime de Jean-Claude Duvalier s’était mis au service des USA dans le cadre de la politique de Ronald Reagan de soutien aux Contras qui combattaient le régime des sandinistes au Nicaragua. Cet alignement n’a pas empêché que quelque temps plus tard, le département d’Etat américain donne le coup de grâce aux Duvalier, le 31 janvier 1986, en annonçant une semaine à l’avance le départ de Jean-Claude Duvalier du pouvoir. Cette annonce précipitée et le choc qui s’ensuivit emportèrent le régime.

Pendant la présidence de Michel Martelly, les Etats-Unis bénéficièrent de l’entregent du régime Tèt Kale pour arrêter en Haïti des proches de Nicolas Maduro. Haïti servit pendant un temps de facilitateur dans les tentatives de rapprochement entres les USA et Cuba. La poignée de main entre Barack Obama et Raúl Castro a son origine en Haïti même si les finalisations furent faites ailleurs. Quand Michel Martelly se retrouva empêtré avec des élections impossibles à réaliser, les Etats-Unis se croisèrent les bras et assistèrent à son départ trois mois avant le terme de son mandat.

Aujourd’hui, c’est Jovenel Moïse qui est le bénéficiaire de l’amitié américaine ; mais en fait, si les Etats-Unis ont un ami, il s’agit d’Haïti. Celui qui le dirige importe peu. Ils feront avec celui qui est en poste au gré de leur besoin et de leur intérêt. Tout responsable haïtien doit le savoir et s’en souvenir : la prédilection américaine est infidèle et transférable à son successeur.

Il y a aussi le retour en force du FMI.

Pour ce qu’il s’agit des 229 millions du Fonds monétaire international (FMI), il faut souligner que c’est la première fois que cette institution s’engage sur des montants aussi importants avec Haïti. La dernière fois que le Fonds a décaissé 24.5 millions de dollars pour le pays remonte à 2010. Après le séisme. Tous les autres accords et transactions entre Haïti et le FMI entre 2010 et 2019 sont pour des montants modestes ou se sont faits suite à des catastrophes.

Après deux ans de tergiversations idéologiques pour savoir si Haïti devait s’aligner et passer sous les fourches caudines du Fonds monétaire international, le pays se rend aux règles de ce régulateur. Il y aura des millions et des conditions. Des décaissements en échange de performances à atteindre. Si le premier versement se fera pour sortir Haïti d’un gouffre, les autres suivront si nous sommes de bons élèves.

Et c’est là que des problèmes attendent l’administration Moïse-Céant. L’Etat haïtien se refuse depuis 2010, particulièrement parce qu’il était connecté au fonds PetroCaribe, de suivre la discipline nécessaire pour atteindre des performances mesurables dans les domaines liés au développement et au bien-être de la population. Nous ne savons plus dépenser qu’en mauvais père de famille. Haïti a multiplié ces dernières années des investissements inutiles. La corruption et le gaspillage sont devenus les logiciels de notre système.

L’appui américain et l’argent des bailleurs de fonds qui suivront le FMI ne sont pas des cadeaux. Jovenel Moïse et Haïti, donc nous tous, devront changer de façon de faire. Sinon le pays locked va se poursuivre encore des mois ou des années, car il ne faut pas se leurrer, on n’a qu’à regarder notre taux de croissance et les divers indicateurs pour se rendre à l’évidence Ayiti lòk depi kèk jou. Il y a beaucoup à faire et à redresser pour faire repartir la machine Haïti.

Edito du Nouvelliste

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Frantz Duval collabore au Nouvelliste depuis 1985. Il a une grande histoire de fidélité et de passion avec Le Nouvelliste où il a occupé les postes de responsable Création et Interactivité à partir de 2002 et de responsable de la section Economique à partir de 1994. Directeur de publication de Ticket et...

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