LA PUISSANCE DU MENSONGE

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Yves Germain Joseph

Un entrepreneur m’a appris récemment que, cherchant à récupérer son dû du ministère des Finances pour un ensemble de travaux réalisés, il avait été informé que le paiement avait été bloqué et qu’il était, par contre, attendu devant une Commission d’investigation de la Primature pour surfacturation. Il se présenta allègrement devant cette Commission, au jour et à l’heure indiqués, pour s’enquérir de quoi il s’agissait.

Une firme de supervision est, par définition, recrutée et payée pour avoir la responsabilité du chantier qu’elle contrôle. Elle prend toutes les décisions et fait des recommandations au maître de l’ouvrage. Elle tranche les conflits et sa décision s’impose, sauf recours à l’arbitrage ou en justice. Ces firmes spécialisées dans la gestion des projets existent pour parer à l’insuffisance et l’incapacité du maître d’ouvrages d’assurer la conduite technique des travaux. Les firmes d’ingénieurs conseils sont en charge. C’est d’abord par elles et à travers elles que toute enquête devrait être initiée. Sans leur rapport, toutes réclamations futures pourraient se heurter à de nombreux obstacles. Il faut toujours peut-être se rappeler qu’Haïti n’a pas inventer la roue.

Après des discussions autour du projet, des contrats et autres amendements, les enquêteurs se sont rendus à l’évidence: les Sénateurs enquêteurs, (communément surnommés PetroSénateurs), avaient eux-mêmes  haussé le coût du projet du simple au double, sans doute pour accréditer la thèse de la surfacturation aux yeux de nos populations analphabètes. Car, il ne faut pas l’oublier, l’enquête PetroCaribe a déjà créé une demi-douzaine de prétendants au trône. Ils ont fait passer le coût d’un projet de 23 à 45 millions de dollars. Il s’agit du projet du Wharf Jérémie. Le projet du président Martelly. Je ne sais pas s’il en a eu d’autres mais celui-là devait accorder aux gens de Cité Soleil d’avoir le droit de rêver.

Sous lavalas, cette zone était infréquentable et  baptisée zone denon-droit. Pour oser prolonger le Bicentenaire de Port-au-Prince dans cette direction,  il fallait une vision. Et je rends  hommage aux firmes qui ont réalisé les études et exécuté les travaux. Au tout début, des ouvriers y ont perdu leurs vies. Les chefs de gangs décidaient qui devaient y travailler chaque quinzaine et qui pouvaient y accéder et à quelle heure.

C’était une œuvre de foi, tant les techniciens vivaient au quotidien dans une incertitude permanente.

Ce lieu mal famé, servait jadis aux exécutions sommaires pendant une certaine période et les cadavres finissaient parfois dans la bouche des porcs, élevés à l’état sauvage dans cet espace. On nous pardonnera d’être trop graphique.

Comment peut-on se tromper de la sorte? Quelle gymnastique comptable ou politique a permis de transformer un projet de 23 millions de dollars en 45 millions? 

Le calcul est simple. Ce sont ces projets qui ont apporté une certaine notoriété au président Martelly au point de lui avoir permis de désigner son successeur. Il fallait s’attaquer au mythe. Il faut démystifier le succès en faisant passer ceux qui ont travaillé avec le Président Martelly dans la réalisation de ces projets, pour de vulgaires corrompus.

Mais pourquoi des hommes d’affaires comme Réginald Boulos se sont-ils joints à ce nombre? Pourquoi, se demande-t-on? Un devin arabe avait sans doute prédit à son père qu’il aurait deux fils : l’un serait sénateur et l’autre président de la République.

Quand Martelly était président, Boulos vivait dans les parages de Péguyville. Il fréquentait la maison du président presque quotidiennement. Et étrangement, pendant la Présidence de Jovenel, il s’est transporté dans le voisinage de Pèlerin 5, où vit ce dernier. Pur hasard. Mais qui surprend… C’est de là qu’il a commencé à concocter les grands projets de développement pour la Caravane. Et de leur trouver des financements dont il allait être le premier bénéficiaire. La caméra de sécurité de sa maison pouvait balayer la cour du président, contrôlant les entrées et les sorties.

Si le gouvernement possédait un service d’intelligence sérieux, les profits réalisés à partir des compagnies d’assurance,  à l’occasion des journées sombres des 6, 7 et 8 juillet écoulé, par certaines entreprises haïtiennes, devraient lui permettre d’identifier les liens entre les organisateurs de ces mouvements et la pègre dans le pays. Malheureusement les Haïtiens ne connaissent pas leurs droits. Ils sauraient ainsi contre qui se retourner et à qui demander des comptes.

La justification de cette opération de mensonges obtenue, il fallait la grossirà souhait pour mieux faire asseoir l’idée que rien n’a été fait au cours du passage du président Martelly et que les coûts des projets ont été surestimés à l’infini. 

Pendant ce temps, ils n’ont rien retenu contre les firmes qui ont accumulé des montants d’avance de démarrage et qui ne les ont pas utilisés pour faire avancer les travaux, tout simplement parce qu’elles sont les grands supporteurs des campagnes électorales de nombre de candidats au sénat. Les détracteurs de ce pays sont des fusils à tête chercheuse. Ils tentent de corrompre ou deconvaincre à leur cause même les diplômates.

J’ai savouré une réponse de Réginald BOULOS à un journaliste qui lui demandait s’il avait obtenu des contrats en provenance des fonds PetroCaribe. Après un temps d’hésitation, il lui a répondu, moi je suis payé par l’Etat à partir des fonds du trésor public. Voulant dire que c’est l’Etat qui décide à partir de quel fonds payer ses obligations. Cette réponse devrait satisfaire tout le monde, je pense.

Je suis tombé, ces derniers temps, sur une émission d’Henri Guerrier sur unemega station de la Capitale, où l’homme d’affaires Réginald Boulos affirmaient que les “parcs sportifs “ avait coûté 80 millions de dollars à l’Etat haïtien. Mensonge répandu à foison partout dans les Ambassades, sassé et ressassé. Malheureusement le journaliste ne pouvait lui demander d’où il tenait ce chiffre. 

Ce chiffre ne peut être vérifié nulle part par cet homme que l’on croirait pourtant amant de la précision. Il a simplement et crûment menti. Où donc Boulos a-t-il trouvé ce montant au point de l’avoir lâché un peu partout comme une découverte, en vrai gardien du troupeau, comme il voulait se présenter lors de cette émission à grande écoute?

Quelques jours plus tard, à la même émission, c’était au tour du sénateur Latortue de passer à l’offensive et de faire de la surenchère à propos des parcs. Pour lui, ceux-ci ont coûté à l’Etat 480 millions de dollars provenant des fonds PetroCaribe. Dans l’affaire PetroCaribe, la crédibilité appartient à qui fait sien le monopole de l’exagération. Où le sénateur a-t-il dégommé untel chiffre? Lui, pourtant, qui partage avec le sénateur-pilote le monopole de la plus grande enquête haïtienne du Siècle…

Peut-être d’un ancien DG du ministère de la Planification, membre du parti deBeauplan, qui l’avait accompagné dans  sa tournée au Cap-Haïtien, quand il a dû prestement quitter les lieux en s’enfuyant, tel un rat de gouttière, parla toîture du bâtiment, d’où il exposait, selon ses dires.

Soyons sérieux. D’où pourraient venir ces $ 400 millions de dollars de différence entre Boulos et le sénateur Latortue. Et, 460 millions entre les deux montants avancés et la réalité? 

Du mensonge. Du mensonge pur. Seulement du mensonge. Et ces gens ne se laissent pas effrayer devant le mensonge.

Très sincèrement,  je voudrais comprendre comment un projet de 21 millionsde dollars, sur lesquels il y aurait des clarifications à apporter, – je n’en disconviendrais point, – a fini dans l’opinion comme un projet tantôt de 80 millions de dollars, tantôt de 480 millions. Ou encore un projet de 23 millions de dollars dilué dans l’opinion comme un projet de 45 millions. 

Qui possède ce secret connait aussi le secret de l’accréditation de la thèse d’une dette de 3.8 milliards de dollars par Haïti envers le Vénézuela que les PetroChallengers réclament.

Yves Germain Joseph source Haiti Info Media

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