La présidence royale

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Jovenel Moise

Sans préjuger du fond de l’affaire opposant l’Etat haïtien à la Sogener qui, en principe, doit être débattue au tribunal, les responsables de l’Etat, même dans la défense des intérêts de la communauté, ont l’impérieuse obligation de respecter les procédures et la forme établies par la loi. Quand ils décident de passer outre, nous entrons dans une autre dimension.

Et quand un président élu se retrouve sans garde-fou institutionnel, il change de statut. Il devient comme un empereur, un roi, un monarque de droit divin. L’Etat de droit se retire, bousculé par les faits, l’état de nature prend la place. On peut alors gérer les affaires publiques en bon père de famille ou se comporter comme on le souhaite. Il faut craindre qu'Haïti, lentement, tombe dans la présidence royale.

Ce n’est pas la première fois que cela nous arrive. Nous avons connu depuis Toussaint Louverture plusieurs formes de pouvoir absolu en Haïti. Avec ou sans institutions fonctionnelles. Avec ou sans opposition apparente. Avec ou sans le silence de la société civile. Avec ou sans l’approbation du secteur privé. Avec ou sans la bénédiction américaine. Avec le peuple en spectateur actif ou résigné.

En investissant les locaux de la Sogener vingt-quatre heures après avoir cité au tribunal les responsables de l’entreprise et des hauts fonctionnaires actuels et passés qui avaient lié par contrat l’Etat et ce fournisseur d’énergie électrique, le président Jovenel Moïse et le gouvernement Lapin traduisent dans les faits le rêve de tout chef haïtien : faire ce que je veux, quand je veux, comme je veux. Fini le paravent juridique, place à l’action de force !

Ce coup de dés intervient après le passage en Haïti de l’ambassadeur américain à l’ONU et après consultation des trois pouvoirs par le président Moïse. Faut-il y voir un signe ? Il ne manque qu’un article dans le journal du gouvernement L’Union pour dire que « Le bal est fini » comme cela avait été écrit après l’élection de Ronald Reagan au début des années 80. On se le rappelle, cela allait lancer le virage autoritaire du régime de Jean-Claude Duvalier après des années de détente. Fini Jimmy Carter et son carcan des droits de l’homme, vive les manières de cowboy de l’acteur Reagan !

Ce coup de force est aussi une réponse à l’essoufflement des manifestations de l’opposition et des velléités de plusieurs acteurs de montrer la porte de sortie au président. Jovenel Moïse reprend la main et frappe ceux qui ne sont pas de son camp. Où s’arrêtera-t-il ? Qui, quelle entreprise est le prochain sur la liste ? se demandent de nombreux observateurs le vendredi 23 novembre 2019.

Dans la bonne tradition politique haïtienne, l’exécutif devrait profiter au maximum de son avantage et mettre à profit le momentum favorable qu’il croit avoir. Ses idéologues ont beaucoup de corrections qu’ils souhaitent opérer pour installer la présidence royale, on va sans doute les voir à l’œuvre.

Pourquoi s’arrêteraient-ils en si bon chemin… ?

Reste à voir les résultats… Allons-nous avoir le courant électrique 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, maintenant que l’EDH a repris le contrôle de Varreux ? On le saura très vite.

Sommes-nous en marche vers un pays de rêve ? On le saura très vite.

La présidence royale a rarement été favorable au pays. Un pays où quand on passe au plan B c'est parce qu'il n'y avait pas de plan A. 

Edito du Nouvelliste

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Frantz Duval collabore au Nouvelliste depuis 1985. Il a une grande histoire de fidélité et de passion avec Le Nouvelliste où il a occupé les postes de responsable Création et Interactivité à partir de 2002 et de responsable de la section Economique à partir de 1994. Directeur de publication de Ticket et...

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