De la crise du journalisme à un journalisme de la crise en Haïti

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Journalisme Ethique

J’emprunte ce titre à mon ancien Professeur d’Epistémologie, Yves Dorestal, qui avait fait une conférence à la Faculté d’Ethnologie qui s’intitulait : de la crise de l’université à une université de la crise en Haïti. En évoquant ici l’idée de la crise, cela me fait penser encore au Professeur Dorestal qui disait souvent qu’en Haïti, il n’y a que la crise qui ne soit pas en crise. Il n’y a pas longtemps, j’ai publié un article sur FB sur la presse culturelle en Haïti que je qualifiais d’imposteur. Ce texte avait provoqué pas mal de remous dans le secteur. Ils étaient nombreux à le commenter ou sinon à le partager sur les réseaux sociaux. Certains ont beaucoup aimé. D’autres ont préféré nuancer certaines choses dites. Mais tous ont reconnu que par ce texte, un débat de société extrêmement important a été soulevé. En écrivant ce texte sur le journalisme culturel en Haïti, j’en ai profité par la même occasion pour poser de manière sous-jacente le problème du journalisme tout court. 
Les derniers événements survenus dans les studios de la RTVC occasionnant une prise de gueule entre un animateur de l’émission Matin Caraïbes et l’ancien Président Martelly m’invite à revenir un peu sur la question du journalisme en Haïti. Mais cette fois-ci, je me propose de creuser un peu plus, de regarder un peu plus en dessous. L’affaire Martelly-Edmond a suscité pas mal de réactions sur les réseaux sociaux et des commentaires tous azimuts. Des réactions, les unes les plus saugrenues que les autres. 
Pour mener à bien ce travail de levée de rideau, ce procès du journalisme en Haïti, vous me permettrez d’appeler à la barre comme témoin à charge deux sociologues français, il s’agit du Fameux Pierre Bourdieu, particulièrement à partir de son petit pamphlet publié en 1997 et intitulé : « Sur la télévision suivi de l’Emprise du journalisme ». Et après lui, Serge Halimi qui écrit un livre critique sur le journalisme en France dont le titre est : « Les Nouveaux chiens de garde » paru également en 1997, reprenant le petit livre Paul Nizan paru en 1932 intitulé : « Les chiens de garde ». 
Un jour, un ami à moi, co-animateur d’une émission vedette sur une grande station, m’a avoué avec la plus grande sincérité du monde que le véritable rôle de cette émission est de faire du bruit pour empêcher que l’on pense vraiment et d’occuper le temps pour empêcher que les gens ne pensent pas aux vrais problèmes. Une façon de faire passer le temps. Je n’ai jamais été frappé par autant de franchise et de sincérité de toute ma vie. 
Pourquoi Bourdieu à la barre ?
Tout ce que Bourdieu a dit sur la télévision en France est aussi valable en Haïti pour la radio. Dans ce livre Bourdieu s’attaque aux mécanismes visibles et invisibles qui interviennent dans le fonctionnement de la télévision et du milieu du journalisme et qui soumettent ces domaines de façon pernicieuse à la loi du marché. Il explique comment la télévision et le journalisme arrivent-ils à influencer les sphères politiques, économiques, culturels et juridiques. En plaçant les intérêts du marché au centre, les effets de la télévision sur ces sphères sont forcément néfastes. 
Après la publication de mon premier texte sur la presse culturelle, j’ai été invité à débattre la question avec des amis journalistes et opérateurs culturels dans une station de la capitale. Un de mes amis, animateur vedette d’une émission télévisée, m’a fait savoir que le rôle d’un animateur, c’est de faire gagner de l’argent au patron de média et que le média n’est pas une œuvre caritative. Le sachant comique dans le temps, j’ai cru à une de ses blagues mais non, il était sérieux et même très sérieux. Et j’en étais profondément triste. 
Alors Bourdieu poursuit pour dire que la télévision est un média dangereux. En Haïti, on comprend facilement que c’est la radio. Dangereux dans le sens ou, poussé par la recherche de la plus large audience, de l’audimat, par la concurrence sans limites, à travers la nature des informations qu’elle diffuse, elle peut exacerber les passions primaires des populations. Faisant, du coup, de la télévision (la radio pour le cas haïtien), au lieu d’un instrument de démocratie et d’émancipation, un outil d’oppression symbolique. 
Mécanismes visibles et invisibles, qui sont-ils ? Instrumentalisation de la vérité ? Comment cela se passe ? 
Les mécanismes visibles de la censure sont plus faciles à identifier. Il y a quelqu’un qui mène le débat, qui choisit le sujet ou qui les impose de préférence ; le temps de parole est limité ne donnant aucune occasion à la vraie pensée de se déployer. Le journaliste omniprésent qui intervient à tout bout de champs pour soi-disant recadrer mais qui ne cherche, en vérité, qu’à faire semblant de dire quelque chose. 
Mais la censure invisible est plus complexe et plus difficile à identifier. Ce qu’a dit mon ami, animateur vedette d’une émission télévisée, est, on ne peut plus, symptomatique de cette censure. Le souci de rapporter de l’argent nous amènerait à traiter non pas de ce qui pourrait aider à apporter un peu de lumière aux auditeurs et auditrices (et/ou téléspectateurs/trices, lecteurs/trices) mais à ce qui pourrait les abrutir davantage. 
Vu sous cet angle, le journalisme en Haïti, au lieu de contribuer à émanciper les masses, cherche plutôt à les enfouir dans les profondeurs abyssales de la bêtise. Je vois déjà des critiques qui me diront non, tu ne peux pas généraliser comme ça. Il y a eu quand même quelques efforts. Des gens se sont sacrifiés pour combattre la dictature et qu’il y a eu jean Dominique quand même. À ceux-là, je leur dirai en mode Pyram, Et après…
Je n’ai jamais pu comprendre comment un « Journaliste » peut prétendre être un analyste politique et sur la base de ça décide de commenter lui-même, sans aucun invité, une actualité politique. Il occupe l’antenne tous les jours de la semaine durant environs trois heures d’horloge. Pour la plupart, ce sont des anecdotes, vécues réellement ? Inventées de toutes pièces ? Qui sait ? Dans d’autres cas ce sont des ragots politiques. Des « zens » sans aucune analyse préalable de la véracité de l’information. Et cela arrive quand ils n’ont plus rien à dire, ils décident de blaguer sur des sujets de société extrêmement importants qui auraient nécessité l’intervention d’un spécialiste dans le domaine. Mais non, ils préfèrent s’improviser comédiens, sabotant au passage la lutte des femmes pour l’émancipation, le droit des minorités sexuelles, banalisant les drames conjugaux etc. etc. Ils se définissent « Directeur d’opinion ». Très symbolique, ce nom, au regard de la violence symbolique dont parle Bourdieu. Or la nature du concept de Violence symbolique chez Bourdieu est que cette violence s’exerce avec la complicité de ceux qui la subissent. Par exemple, je ne serais pas étonné que le public s’en prend à moi par exemple qu’à ceux qui l’abrutissent. 
Toutes les semaines et même en week-end, les médias organisent un massacre de l’opinion publique. Le comptable de l’administration publique est plus concentré sur sa poste de radio que sur son travail, attendant par où un « zen » vient à se péter. Dans la plupart de ces émissions, ce sont les politiciens qui ont la parole et non les spécialistes. Certaines d’entre elles sont une cacophonie où des politiciens véreux s’injurient réciproquement en s’appelant Frère, Camarade, ami, au point que ma fille m’a demandé une fois : « Papi, pourquoi tu entends tout le temps des gens s’engueler à la radio ». Ah ! La pauvre ! Elle ne comprendra pas tout de suite. 
Car les patrons de médias, inspirés par le génie, croient qu’il suffit d’engager un militant de chaque parti politique pour rétablir l’équilibre. Une émission équilibrée pour eux, c’est le fait de réunir des membres (parmi les plus idiots) de chaque camp politique autour d’un micro avec au milieu un arbitre qui finit toujours par choisir son camp. Voilà la démocratie qu’ils nous proposent. Je ne suis peut-être pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire. Sacré formule ! Mais au fait, on sait très bien que personne n’arrivera à rien dire, il n’y aura que du bruit. Et le temps aura déjà passé emportant sur ses ailes toutes les questions importantes des malheureux d’ici-bas. Il n’a pas pu suspendre son vol. Désolé Lamartine !
Une fois, j’ai rencontré un mec à Café Philo. Il était tiré à quatre épingles. En costard. On était là à parler de tout et de rien alors que sur le plateau un intervenant présentait un sujet. Cela ne nous intéressait pas vraiment. Mais une fois, l’intervenant terminé et que l’on va passer aux séries de questions. Mon ami me pris de l’excuser. A la question, ou va-t-il, il a répondu, je vais poser une question. Stupéfait ! Je lui ai dit mais je ne comprends, on n’a rien écouté du tout de ce qu’il disait. Il m’a répondu avec le plus grand calme du monde que ce n’est pas nécessaire. L’essentiel c’est de savoir articulé un peu et de pouvoir tenir quelques mots en français, de finalement poser une question qui n’en est pas une et surtout de se faire filmer et photographier au moment où l’on parle et de le publier sur sa page Facebook, tu verras au bout de la semaine, combien de gens qui vont m’appeler pour me féliciter pour ma question. J’étais effondré mais à la fois admiratif par rapport à son stratagème. Je me suis dit en voilà un qui connait les règles du jeu. 
La citation de Pierre Bourdieu comme témoin à charge dans ce procès du journalisme nous a été utile en ce sens qu’il nous a permis de comprendre la portée symbolique de l’oppression qu’exerce les médias sur le peuple. 
Toutefois, Serge Halimi, va se faire un peu plus percutant en parlant dans son livre des Nouveaux Chiens de garde. Reprenant le livre de Paul Nizan, paru en 1932, où il s’attaquait aux penseurs de son époque (Bergson, Émile Boutroux, Brunschvicg, Lalande, Marcel, Maritain) qui s’adonnaient à un idéalisme qui les empêchaient d’analyser les situations réelles des peuples. Ils ne faisaient qu’énoncer des vérités sur l’homme en général sans pour autant essayer d’analyser leur situation matérielle d’existence. Jeune philosophe et marxiste, à l’époque, Paul Nizan s’est appuyé sur la théorie marxiste des classes sociales pour contrer cet idéalisme bourgeois dont faisant montre ces philosophes. Car leur travail était de perpétuer les valeurs et les idées des classes bourgeoises dominantes. Selon Paul Nizan, le véritable rôle de la philosophie, c’était d’étudier la situation des peuples, l’oppression dont ils sont victimes et la misère dans laquelle ils pataugent. La philosophie ne devait pas se faire évasive, prônant un idéalisme désincarné. 
En 1997, le Sociologue Serge Halimi, a fait paraitre un livre qui reprend le titre de celui de Paul Nizan en y ajoutant le terme « Nouveau ». Les Nouveaux Chiens de garde est donc un essai critique qui s’attaque aux médias. Ce livre qui a connu un grand succès en France notamment a été adapté en cinéma en 2012. Rien d’étonnant que le texte d’Halimi a été préfacé par Pierre Bourdieu car l’un s’inscrit en continuité de l’autre. 
Dans ce texte, Serge Halimi traite d’un certain nombre de questions extrêmement importantes au regard de la présente analyse. Certaines d’entre elles méritent que l’on s’y attarde un peu. 
Collusion entre pouvoirs médiatique, politique et économique
Bourdieu introduit sa préface ainsi : « De nos jours, les simulateurs disposent d’une maquilleuse et d’un micro plus souvent que d’une chaire. Metteurs en scènes des réalités sociales, politiques, intérieures et extérieures, ils les déforment tour à tour. Ils servent les intérêts des maitres du monde. Ils sont les nouveaux chiens de garde ». Tout d’abord, Bourdieu situe le texte d’Halimi par rapport à la nouvelle dynamique. Maintenant, ce ne sont plus les philosophes et les Professeurs d’université qui maquillent l’oppression des peuples mais bien les journalistes. Toujours est-il qu’à l’époque, en France, les médias les plus opulents étaient la télévision et les journaux. Mais dans le cas haïtien, notre analyse s’applique à l’ensemble des formes médiatiques mais particulièrement à la radio dont la force de frappe est de plus en plus percutante. 
D’après Serge Halimi, les journalistes, les politiciens et les tenants du pouvoir économique entretiennent des rapports carrément incestueux. En tant que Technicien en Gestion des marchés publics, le terme « Collusion » m’est beaucoup familier. La collusion, qu’il ne faut pas confondre avec Collision, est une entente illicite et secrète entre au moins deux personnes pour violer les droits d’un tiers. Quand, par exemple, l’avocat de la victime s’entend avec le bourreau (ou son avocat) au dépend de la victime. L’une des manifestations de cette collusion se montre dans le comportement révérencieux de certains médias face aux hommes politiques et aux décideurs. 
J’étais encore assez jeune quand un Président de la République alors traqué par une opposition extrêmement composite alliant des factions de la bourgeoise et des étudiants sexistes qui constataient à peine qu’ils avaient des testicules, avait dit à un journaliste qui l’interviewait de poser une bonne question, l’accusant ensuite d’avoir été payé pour poser de mauvaises questions. A cette époque-là, les médias, la société civile étaient montés au créneau pour dénoncer ce qu’ils appelaient une atteinte à la liberté de la presse. On avait l’impression que c’était grave, et qu’il en était de la survie de la démocratie en Haïti. Quelques années plus tard, un autre président, passé maitre dans l’art d’injurier les gens, a injurié la maman d’un journaliste, agressé une femme qui voulait se substituer aux journalistes en posant les vraies questions, attaqué des journalistes, des soi-disant icônes de la presse haïtienne. Et pourtant, il n’en est rien. Quelques dénonciations par ci et par là. On n’a plus l’impression qu’il en dépendait de l’avenir de la nation. Que la démocratie n’était pas vraiment en péril. Que la société civile ne se mobilise plus. Etc. etc. Ce sont là des choses qui incitent à la réflexion. Si l’on devait en rester au fait, ajoutons les plus récents au tableau. Je n’arrivais pas à comprendre comment un ancien Président de la République, qui a produit les spectacles de Mariott et de Henfrasa, invité pour parler du fait que certaines villes du pays ont ouvertement rejetées sa participation à leurs festivités carnavalesques, a été reçu avec autant de révérence. Un homme qui se comporte en voyou a inspiré aux journalistes autant de respect. Il a fallu un jeune, peu éduqué quant aux pratiques de collusion, pour gâcher la noce. Je ne suis, peut-être, pas d’accord au fait que vous injuriez les gens mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le faire. La révérence devant le pouvoir dont parle Serge Halimi dépasse les limites de l’indécence en Haïti. Le journaliste qui dénonce les gabegies d’un pouvoir alors que sa femme bénéficie de contrats juteux au sein de ces mêmes gabegies qu’il dénonce. Journaliste vedette à Port-au-Prince, propriétaire de médias en province, rien ne dérange. Directrice générale de la fonction publique mais Chroniqueuse dans une station privée. Ministre de l’information et de la Communication, propriétaire de média et présente lui-même la principale édition de nouvelle du matin. Certains vont jusqu’à utiliser l’antenne du média pour faire la promotion de ses propres entreprises. C’est que la collusion en Haïti a déjà quitté le stade de l’indécence. 
Train de vie des journalistes 
Il est bruit en Haïti que les médias ne payent pas. En tout cas, pas suffisamment. Il semblerait qu’en matière de salaires, les journalistes seront logés à la même enseigne que les enseignants. Comme quoi les journalistes devraient en principe se mettent du côté des enseignants pour exiger de meilleures conditions de travail et un salaire décent. Mais non. Quand j’ai entendu un journaliste s’attaquer publiquement à un Syndicaliste-Enseignant. Je me sens complètement perdu. C’est que la situation en Haïti est tout autre. Il y a une part un nombre imposant de journalistes mal payés, formés ou pas. Ce sont les identités meurtrières pour répéter mon ami, Ralph Jean-Baptiste. Il y a de l’autre côté des journalistes qui roulent sur l’or. Certaines fois, ils en font l’éloge même à l’antenne. De là, une question s’impose. Comment expliquer une telle disparité surtout quand ils font le même travail ? J’ai entendu des explications plutôt des justifications les une les plus farfelues que les autres. Souvent, ils racontent qu’ils ne font pas que ça. Certains d’entre eux sont au micro du matin au soir et tous les jours de la semaine mais ils ne font pas que ça. D’autres prétendent qu’ils sont des vedettes, c’est à en mourir de rire franchement ! Voiture neuve, maison neuve, bar à putes, hôtel de luxe etc. etc. Bon, en tout cas…
Le fait divers fait diversion
On assiste de plus en plus à une confortable installation du fait divers dans nos medias. La perruque d’une artiste qui tombe. Un « beef » entre des rappeurs. Les faux-pas langagiers des élus ! Une directrice générale qui ne sait pas trop bien lire. Un pasteur qui avilit ses fidèles en déballant leur vie privée sur l’autel de l’église ou qui célèbre ses propres fiançailles avec deux fidèles en même temps. Il y a beaucoup de fait divers pour occuper le temps des journalistes. Pourtant, une loi sur la diffamation est votée au parlement. Il serait bruit que ce serait une loi « baboukèt ». Ils n’en savent rien. Une autre loi est votée pour stigmatiser et violer les droits des minorités sexuelles. Les journalistes s’en foutent pas mal. Une société macabre est en train d’être mise en place avec toutes les dispositions d’un retour à la dictature. Les journalistes s’en remettent aux Nations-Unis. La MINUSTAH s’est fait plus sexy en portant une minijupe, pourtant on parle de départ de la MINUSTAH. Pour des raisons qui vont au-delà des journalistes eux-mêmes, il serait dangereux que les médias servent à aiguiser la conscience critique des jeunes et à former le peuple de telle sorte qu’il puisse prendre son destin en main. L’autodétermination. Les logiques du capital étant profondes et nombreuses et même impénétrables ont conduit à l’instauration dans nos médias d’un journalisme de marché. La logique du marché est celle qui prévaut ! La fameuse ligne idéologique et politique être droite, oblique et même brisée selon les vœux. La pensée unique s’installe peu à peu. Une fois, je discutais avec une personne humble. Elle me faisait part d’une information que je tentais d’évaluer la véracité et la pertinence. Voulant me convaincre rapidement, elle m’a dit qu’elle l’a entendue à la radio. Et cela suffisait pour en attester de la véracité de l’information. Cette personne toute humble qu’elle était ne comprenait pas que la radio elle-même, très souvent, ne vérifie pas les informations qu’elle diffuse. 
Les journalistes sans s’en rendre compte servent les intérêts du capital et le plus souvent contre eux-mêmes. Ils seront aussi les victimes des choses qu’ils ont aidées à faire taire. Les médias se doivent de tenir la tête hors de l’eau. Pouvoir payer ses employés, faire marcher la boite et arriver à maintenir une certaine constance sur les ondes. Tout cela a un coût. C’est du business. Il faudra que quelqu’un paie. On se montera tendre ou agressif selon le cas. On fera des concessions. On jouera le jeu de l’équilibre. Mais l’essentiel serait de pouvoir tenir la tête hors de l’eau et ceci quel que soit le prix à payer. On deviendra les nouveaux chiens de garde. 
La citation de Serge Halimi à la barre nous a permis d’expliquer un point fondamental dans notre analyse. Comment les journalistes et les médias arrivent à défendre une idéologie dominante au dépend d’eux-mêmes et du peuple aussi ? Comment, par le phénomène de collusion, les journalistes en sont venus à imposer une pensée unique en bannissant de ses émissions la pensée critique et profonde, axée sur la recherche de la vérité et de la science ? Comment, pour des raisons de survie, les médias arrivent à tout concéder au capital, ratant au passage la chance d’être un instrument de libération du peuple opprimé ? 
En guise de conclusion
Dans le précédent article sur la presse culturelle en Haïti, beaucoup de choses ont été dites mais pas tout. C’est un sujet sur lequel j’aurai encore beaucoup à dire. Naturellement, il y aura beaucoup de désaccord. D’autres se verront peut-être particulièrement touchés. Je suis conscient de parler de chose qu’on aime ne pas en parler. Mais je me suis dit que quand on veut changer les choses il faudra qu’on commence par se changer soi-même. De nettoyer sa propre maison avant de constater les saletés chez le voisin. L’autocritique. Se les servir soi-même avec assez de verve comme dirait Cyrano de Bergerac (Edmond Rostand). J’aime les débats sincères ou l’on dit les choses vraiment. Où l’on arrive à se regarder en face. S’affronter soi-même. Bourdieu disait lui-même que le Sociologue est un être dangereux en ce sens qu’il dévoile ce qui est dévoile-voilé. L’intraitable défaut de creuser les choses. De tâter les profondeurs abyssales des phénomènes sociaux. C’est à ce titre qu’ils ont été cités à comparaitre. Le procès du journalisme /de la presse en Haïti doit se faire un jour. Il est nécessaire si on veut voir celui du Petro caribe. Il y a beaucoup de paroles dans les médias mais très peu de vérités. La vérité blesse mais elle affranchit de la douleur. L’affaire Martelly-Edmond n’est qu’un scandale parmi d’autres. Il y en aura d’autres encore tant que la presse haïtienne n’aura pas récupéré son indépendance. La presse haïtienne n’est pas en crise, elle est tout simplement une presse de crise. Elle nourrit la crise sociétale et la maintient en vie. Il est temps de passer d’une presse de crise à une presse responsable, émancipatrice et libératrice. J’espère qu’une fois encore ce texte a permis de poser les vrais problèmes de la crise du journalisme en Haïti.

Samy Janvier
Lecteur haïtien

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