Jean Gardy Victor, docteur en macroéconomie

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« Trois essais sur les coûts de bien-être de l’inflation et le cycle économique » est le titre de la thèse soutenue le 1er novembre 2017 par Jean Gardy Victor pour l’obtention du grade de docteur en sciences économiques à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM). La thèse, dirigée par le professeur Louis Phaneuf, a été acceptée par le jury avec la mention « excellent ». L’un des trois articles intitulé « Inflation, Output and Markup Dynamics withPurelyForward-Looking Wage and Price Setters », co-écrit avec les professeurs Louis Phaneuf et Eric Sims, vient d’être accepté pour publication dans le journal « EuropeanEconomicReview »

Jean Gardy Victor a fait ses études en économie à la faculté de Droit et des Sciences économiques (FDSE, 2001-2005) et en génie industrielle à l’Université Quisqueya. Puis, il a laissé le pays en 2006 pour une maîtrise en gestion et politiques publiques au Chili à une époqueoù il y avait très d’Haïtiens là-bas. Maîtrise en mains, Jean Gardy Victor a fait un bref passage en Haïti. Mais,le manque d’opportunités l’a poussé à immigrer au Québec où il a poursuivi ses études au niveau du doctorat en sciences économiques à l’UQÀM. Il a également enseigné la macroéconomieen licence et à la maîtrise à l’UQÀM et à l’Université de Sherbrooke avec d’excellentes évaluations de la part de ses étudiants. Il garde un œil attentif sur tout ce qui se fait au pays.

La thèse que M. Victor vient de présenter peut aider les décideurs à mieux explorer les conséquences sociales de l’inflation. Il s’agit d’un pont important entre la macroéconomie et la microéconomie puisque l’inflation, comme indicateur macroéconomique, a une incidence cruciale sur le bien-être individuel.

En effet, depuis les années 70, fait remarquer le néo-docteur, la macroéconomie s’est graduellement dotée d’outils lui permettant de traiter les problèmes quotidiens rencontrés à partir d’un cadre conceptuel cohérent, construit autour du comportement optimal des agents économiques et de l’hypothèse d’anticipations rationnelles. Ce noyau conceptuel de base s’est enrichi par l’ajout de frictions réelles et nominales, donnant naissance aux modèles néokeynésiens. Cette classe de modèles a facilité l’analyse normative et a permis de mieux comprendre les fluctuations macroéconomiques à cause de leur capacité à répliquer les évidences empiriques liées aux caractéristiques et à la dynamique du cycle économique.

Toutefois, en dépit de leurs succès, lit-on dans l’introduction de la thèse, certains chercheurs mettent en doute la capacité des modèles néokeynésiens à évaluer les coûts de l’inflation et à servir d’outils d’analyse de la politique économique. Par exemple, les récentes évidences selon laquelle la dispersion des prix serait insensible à une hausse de l’inflation, suggèrent que ces modèles ne sont pas utiles à l’évaluation des coûts de l’inflation car ces coûts reposent sur une relation positive entre la hausse de l’inflation et la dispersion des prix. Les modèles néokeynésiens peinent également à répliquer le comportement de certaines variables macroéconomiques sans recourir à des ingrédients ad hoc ou à des chocs structurels douteux. Ces anomalies ont porté Chari, Kehoe et Mc Grattan (2009) à affirmer que ces modèlesne sont pas utiles à l’analyse de politiques économiques.

La thèse est composée de trois chapitres qui identifient un ensemble de mécanismes clés permettant d’améliorer la performance des modèles néokeynésiens. Il s’agit de trois contributions significatives à la littérature macroéconomique, particulièrement au courant néo-keynésien.

Le premier chapitre fait la preuve qu’un modèle néokeynésienn’est pas nécessairement inconsistant avec des évidences d’une faible corrélation entre la hausse de l’inflation et la dispersion des prix et ce, même pour des niveaux d’inflation proches de ceux des années 70 et 80. Il montre ensuite que l’interaction entre les changements technologiques et les salaires rigides constitue un canal alternatif à travers lequel ces modèles génèrent les coûts de l’inflation. L’article trouve que l’inflation peut générer des coûts élevés dépendamment du degré de substitution entre les expertises de travail. L’importance des coûts de l’inflation constitue un signal invitant les autorités monétaires à la prudence face aux propositions qui recommandent de hausser la cible d’inflation afin d’augmenter la marge de manœuvre des banques centrales en présence d’une récession.

Le deuxième chapitre de la thèse développe un modèle dans lequel les firmes sont interconnectées et effectuent des emprunts pour financer leurs intrants. Il montre que ce modèle, débarrassé de chocs structurels douteux et d’ingrédients ad hoc comme les clauses d’indexation, parvient répliquer les évidences empiriques portant sur la dynamique de l’output et de l’inflation. Les réseaux de firmes et la structure de financement des intrants sont déterminants pour obtenir ces résultats.

Le dernier chapitre pousse plus loin l’analyse du modèle néo-keynésien enrichi en demandant aux données, via une estimation bayésienne du modèle, de fournir une évaluation de leur importance dans l’économie. L’estimation confirme que les réseaux de firmespossèdent une importance significative dans l’économie. Elle confirme également empiriquement que les firmes utilisent des emprunts auprès des institutions financières pour financer près de la moitié du coût de leurs intrants, dont le capital, le travail et les inputs intermédiaires.

Une autre anomalie que l’on retrouve dans les modèlesnéo-keynésiens est leur incapacité à générer une corrélation positive entre la consommation et l’investissement. La raison est que la consommation répond négativement à l’impact suivant un choc d’investissement. Le modèle estimé par Jean Gardy Victor produit une réponse non négative de la consommation suivant un choc d’investissement et une corrélation positive entre la consommation et l’investissement qui est plus proche des données que celle délivrée par les modèles qui ne possèdent pas ses ingrédients.

Un ajustement du modèle dans le cas d’Haïti serait d’une importance capitale. Avec un taux d’inflation de plus de 13 % en 2018, on s’attend à des coûts sociaux importants. Mais malheureusement, ces coûts ne sont pas encore clairement évalués théoriquement. Pour faciliter ce genre de travaux, l’État haïtien doit penser à financer un programme de recherche qui met en relation les chercheurs haïtiens de l’extérieur et les universités haïtiennes.

Source Le Nouvelliste

Author
Détenteur d’un doctorat en sciences économiques de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) en rédigeant une thèse sur l’épargne et la littératie financière des ménages au Canada, Thomas Lalime est spécialisé en microéconomie, économie du développement, évaluation de projets et en micro-économétrie. Il a...

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