Informations et rumeurs 2.0

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La photo du cadavre d’un cadre. La note vocale décrivant le visage d’une femme frappée par son conjoint. L’annonce qu’un ancien ministre est au cœur d’une échauffourée dans une administration publique. La vidéo d’un énorme embouteillage provoqué par une énième manifestation. Un mandat de comparution lu par tous avant d’être délivré au principal intéressé.

Pas un jour ne passe sans qu’une nouvelle pénible, un petit fait croustillant ou un étalage navrant ne vienne s’ajouter à la liste infiniment longue des faits et méfaits provoqués ou commis par nos semblables. SMS, WhatsApp, Facebook, Twitter, Instagram, Snapchat déversent en flots continus sous nos yeux les palpitations de la vie dans la cité et dans notre entourage.

Si certaines actions se circonscrivaient jusqu’à l’arrivée des cellulaires et des réseaux sociaux à des sphères intimes, aujourd’hui, vie privée et vie publique se retrouvent entremêlées et exposées à la curiosité de tous. On en raffole, on se délecte, on consomme, on save, on screenshot, on partage et on épilogue sur des suites et fins.

À la vitesse de la lumière, le pays et la diaspora sont avertis de toutes les dérives et déboires des uns et des autres. On ne compte plus les correspondances, les photos, les voice note, les vidéos qui circulent de main en main chaque jour, des fois à l’insu du bon vouloir de leur propriétaire. Tout cela alimente le grand marché des commérages, mais aussi celui des masques tombés.

Quand cela concerne des autorités, des personnalités connues, des élus, des figures de premier plan de la société, pan par pan, le petit échafaudage tenant lieu de béquille à notre société disparaît avec l’effarement que cela provoque. Le tissu social est comme aspiré dans le trou noir de nos désillusions. Il ne reste plus rien.

Les rois sont nus. Nous sommes accablés devant le constat.

Dans les mois et les années qui viennent, il faudra apprendre à faire avec. L’immédiateté des informations comme la disponibilité automatique des rumeurs vont continuer à nous imposer un rythme qui ne permet plus de prendre le temps de la réflexion pour comprendre. De plus en plus, on like et on share avant de lire ou de regarder soi-même. Personne ne veut rater le scoop de l’heure.

Cependant, le tourbillon qui nous emporte, emporte aussi les accusations d’hier, un scandale, un zen, une affaire juteuse remplace l’autre sans arrêt. Et, entre les mailles du filet, des loups passent.

Rares sont les bonnes nouvelles qui arrivent par le biais des millions de messages qui s’échangent dans l’écosystème haïtien. Sur les réseaux sociaux, les contenus sont nos contenus. Nous ne pouvons recevoir que ce que nous produisons le plus. Le laid fait très souvent la concurrence à la laideur.

N’accusez ni WhatsApp, ni Facebook, ni Twitter, ni Instagram, ni Snapchat. Ils ne sont que des tuyaux, des réseaux que vous, vos amis et vos abonnements alimentez.

On reçoit ce que l’on aime, on échange ce que l’on produit

Edito du Nouvelliste

Author

Frantz Duval collabore au Nouvelliste depuis 1985. Il a une grande histoire de fidélité et de passion avec Le Nouvelliste où il a occupé les postes de responsable Création et Interactivité à partir de 2002 et de responsable de la section Economique à partir de 1994. Directeur de publication de Ticket et...

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