Il y a des gens qui…

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Lionel Trouillot - Auteur

Les blagues qui fusent sur les récentes prestations langagières de quelques- uns de nos parlementaires font rire. Il est vrai qu’il y a matière. Une phrase qui se termine par un pronom relatif… On attend encore la subordonnée fantôme. Des nombres qui deviennent des noms… Des mots pris pour d’autres… Non sens et contresens… Pas besoin d’être le plus génial des humoristes pour rire et faire rire en caricaturant tout juste un peu plus qu’ils ne le font déjà eux-mêmes nos augustes représentants du peuple. 

Cela arrive dans tous les pays que les parlementaires disent des bêtises et que le peuple en rie.  Le problème est qu’une fois le rire tu, il y a de quoi s’inquiéter, ici peut-être plus qu’ailleurs.  Au-delà du comique, entre des propos qui ne disent rien et des propos qui montrent que tel ne sait pas de quoi il parle, on peut bien se demander comment la fonction de représentation et de défense des mandants peut être exécutée de façon intelligente. 

Il y a des gens qui… il y a des gens qui… m’agacent profondément. Ceux-là qui disent que ce n’est pas grave. Ceux-là qui disent qu’il n’est pas juste de se moquer. Il est normal de se moquer. Quand un individu prend sur lui d’assumer des fonctions d’importance et de prestige, il se doit à lui-même et aux autres de ne pas couvrir sa fonction de ridicule. Les parlementaires ne sont pas payés pour jouer au cancre ou faire le pitre. 

Il y a des gens qui… il y a des gens qui… refusent de poser le problème de la compétence linguistique des parlementaires en français, alors que c’est évident que se pose là un problème grave. Je comprends les voix qui voudraient que les débats aient lieu en créole. J’en ai parlé dans une précédente chronique. Des débats en créole garantiraient une compréhension minimale et une égalité dans les prises de parole. Ils montreraient aussi que les parlementaires acceptent le contrôle permanent de leurs mandants  qui pour la plupart ne comprennent pas le français. Pour l’instant, ces débats au Parlement, se de twa k ap fè chèlbè, yon bann k ap fè makak…

Il y a des gens qui… il y a des gens qui… disent qu’il ne faut pas s’arrêter à ces détails, qu’il y a des sujets plus sérieux. Mais, justement, ce ne sont pas ceux qi rient qui ont transformé des sujets sérieux en farce. Pendant qu’il y a des gens qui sont payés pour les servir et qui font plutôt rire ou pleurer, il y a des gens qui souffrent de faim et de toutes sortes de privations suite au passage d’un ouragan dévastateur. Il y a des gens qui subissent les effets désastreux sur leurs vies de structures sociales fondés sur l’injustice et l’exclusion. Ces gens-là, c’est leur destin que messieurs les parlementaires tiennent entre leurs mains. Il conviendrait qu’ils s’en souviennent plutôt que de nous jouer des « remakes » de Languichatte ou de Syto Cavé. Tiens, je me souviens d’une scène dans une pièce de Cavé : - Kantikèr, kantikèr, à kèl paj son lyé ? – A la page Vé point deux barres… » C’était, je crois, la mise en scène d’un enterrement.  Sauf qu’au Parlement, ça touche à l’avenir des vivants.

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