Il faut toujours se méfier quand les Etats-Unis disent que tout va bien en Haïti

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Frantz Duval - Redacteur en chef du Nouvelliste

La première fois que l’administration Trump a déclaré que la situation s’améliore en Haïti, que tout allait bien, c’était pour argumenter sa décision de suspendre le régime spécial du statut temporaire (TPS) pour les dizaines de milliers d’Haïtiens qui avaient trouvé refuge aux USA après le séisme de janvier 2010.

Ni la situation réelle de l’économie haïtienne, ni la fragilité de la situation politique, ni les séquelles du passage de l’ouragan Matthew en octobre 2016 n’avaient paru suffisantes aux yeux de l’administration américaine pour justifier un prolongement de ce fameux TPS qui permet à plus de cinquante mille de nos compatriotes de vivre et de travailler au pays de Donald Trump.

Deux ans plus tard, les États-Unis continuent d’estimer que la situation d’Haïti s’améliore. Le président haïtien, Jovenel Moïse, est invité à la table du président Trump, en sa résidence privée de Mar-a-Largo, en Floride, pour un minisommet.

Cela n’empêche que le pays soit placé, avant et après la rencontre, sur la liste des pays infréquentables que les citoyens américains ne doivent pas visiter. Haïti est dans la catégorie 4.

Comme si cela ne suffisait pas, le 11 avril, le pays est entré dans une nouvelle classification : la liste K. K pour les pays où les risques de kidnapping sont élevés.

Le même jour, un autre rapport du Département d’État américain confirme qu’Haïti est un point de transit de la drogue et de blanchiment de capitaux.

« Les saisies de drogue restent faibles et la capacité minimale d’Haïti à contrôler ses frontières maritime et terrestre continue d’être un sujet de préoccupation particulière […] Le système judiciaire haïtien en dysfonctionnement limite considérablement les poursuites engagées au niveau national dans les affaires de drogue et réduit ainsi les obstacles au trafic », telle est la conclusion du rapport 2019 du Département d’État américain «International Narcotics Control Strategy Report (INCSR), Volume I ».

Plus loin, le document explique : « Bien qu'Haïti ne soit pas un centre financier majeur, les entreprises régionales de stupéfiants et de blanchiment de capitaux font appel à des passeurs haïtiens, principalement par voie maritime. Une grande partie du trafic de drogue en Haïti et du blanchiment d’argent qui s’y rapporte a un lien avec les États-Unis », établit le rapport fraîchement publié.

À l’instar des années précédentes, en 2019, la rhétorique concernant Haïti est restée la même, à savoir « la faiblesse du système judiciaire haïtien, l'impunité et le manque d'intérêt politique rendent le pays vulnérable à la corruption et au blanchiment d'argent », écrit Patrick Saint Pré dans son compte rendu du rapport.

« La plupart des systèmes de blanchiment d’argent identifiés impliquent des quantités importantes de monnaie américaine détenues dans des institutions financières hors d’Haïti ou des entités non financières en Haïti, telles que des restaurants et des entreprises de construction, ainsi que dans des petites entreprises. La majorité des biens confisqués en Haïti appartenaient à des Haïtiens reconnus coupables de trafic de drogue aux États-Unis. Des produits illicites proviennent également de la corruption, du détournement de fonds publics, de la contrebande, de la contrefaçon, des enlèvements contre rançon, de l’émigration illégale et d’activités associées, ainsi que de la fraude fiscale », rapporte le Département d’État américain.

C’est donc le tableau d’un échec complet que l’administration américaine trace pour parler d’Haïti. Cela n’empêche qu’au Conseil de sécurité les représentants américains présentent Haïti comme un pays où tout va bien. L'organisation des Nations unies, dirigée en Haïti par une Américaine, Helen Meagher La Lime, décrit aussi un pays qui progresse et qui ne nécessite plus la présence de sa mission.

Sur ce point, le président Jovenel Moïse, les Nations unies et les Américains sont sur la même longueur d’onde. On ne sait pas encore pour atteindre quels objectifs, mais un fait est certain, quand les Américains disent que tout va bien en Haïti, tout le monde doit se méfier encore plus de la situation et des retournements d’opinions. Les Américain ont appuyé en Haïti : la dictature, les militaires, nos pires présidents et ont contribué à les renverser.

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