Haïti sans une opposition politique

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Haïti l'un des rares pays actuellement au monde sans une opposition véritable, nous voulons dire qui soit réelle et effective. Et peut-être un cas unique dans ce qu'on appelle le monde démocratique.

Ce n'est pas qu'il n'y ait des leaders d'opposition. Aussi bien chez les élus parlementaires que dans l'opposition tout court.
Mais ce sont des leaders qui ne valent que par leur nom, leur nom propre (dans les deux sens du mot, du moins on veut bien le croire) et même pas celui du parti auquel ils sont censés appartenir.
Mais surtout pas en vertu du nombre de partisans qu'ils peuvent déplacer avec eux.
En un mot, des leaders sans troupes !
Pourtant ce ne sont pas les motifs qui manquent pour que se concrétise une opposition véritable.
Le pays n'avait jamais été aussi économiquement mal en point. Ni les dirigeants aussi dans l'incapacité de redresser la barre. On n'ose même plus utiliser le mot blocage, ni même blocage total, tellement c'est depuis longtemps dépassé. 
Si la nouvelle saison cyclonique se mettait de la partie, alors …
Oui c'est le désespoir (le vrai qualificatif de l'heure) et le peuple le montre bien qui cherche son salut que dans la fuite vers d'autres cieux : Chili, la République dominicaine voisine, faute de mieux.

Désespoir ...
Pourtant le pays ne bouge pas. Les gouvernants continuent leur politique de promesses sans suite, le pouvoir n'est pas inquiété puisqu'il n'est pas véritablement remis en cause.
Les manifestations rassemblent de moins en moins de monde malgré les appels répétés des leaders. Avez vous remarqué aussi comment les gouvernants s'en prennent davantage aux journalistes ? Ce n'est pas un hasard. Ce sont peut-être ceux-là les dernières voix du pays réel. Pas l'opposition !
Comment l'opposition peut-elle faire défaut à un moment aussi critique, donc également pour elle aussi propice ?
Vous avez relevé le mot tout à l'heure : c'est DESESPOIR.
Cela voudrait dire que le pays n'y croit plus.
Nous avons épuisé notre stock, la capacité du pays à se rebeller. A nous suivre !

Faire sa propre révolution ...
On a trop, pour un oui ou un non, sans suffisamment de réflexion, de stratégie et d'objectifs clairement définis appelé le peuple sur les barricades.
Le peuple, il est fatigué de cela ; le peuple, il a soupesé le pour et le contre, et il considère que c'est lui le seul perdant.

Et en cela, nous sommes tous d'accord, certes. Seulement c'est un peu tard pour un simple examen de conscience.
L'opposition doit donc commencer par faire sa propre révolution, avant de pouvoir convoquer le pays réel. 
Cependant ce défaut de participation du pays, cette sorte de position de banc de touche adoptée vis à vis de la lutte politique - contrairement aux trente dernières années (remontant à la chute de la dictature Duvalier en 1986), cela a peut-être encore d'autres explications.

Strip-tease et fake-news ...
Beaucoup d'autres choses ont changé pendant les mêmes dernières trente années. Dont la plus importante est la téléphonie sans fil. L'internet. Les fameux réseaux sociaux .
Les jeunes d'Haïti sont plus branchés aujourd'hui sur les expériences que font leurs amis et compatriotes qui ont émigré vers d'autres cieux (en attendant leur tour) que par les activités politiques en Haïti même. Voilà.
Ils abandonnent le pays, pensent-ils, aux nuls et aux corrompus !
On pourrait inclure dans la même catégorie certains programmes politiques sur les ondes qui sont davantage du strip-tease pour dirigeants politiques (du pouvoir comme de l'opposition), beaucoup plus masturbatoire que des occasions de réflexion véritable sur la réalité sociale, politique et économique.
Tout cela, ajouté aux 'fake news' plus appétissants que la réalité crue - bien entendu aussi chez un peuple pas assez sophistiqué en la matière, il en résulte une opinion tronquée, une véritable castration du processus de réflexion politique. 
Bien entendu à l'avantage des tenants du pouvoir en place, aussi bien législatif qu'exécutif, voire quand c'est le même parti qui domine partout.

Les événements de 2004 ...
Nous pourrions évoquer aussi comme explication de cette fatigue du pays réel face aux urgences politiques de l'heure, quelque déterminantes que soient ces dernières : les événements de 2004.
Comment pouvait-on croire en effet que le non respect de la célébration du Bicentenaire de notre Indépendance (1804-2004), première nation noire de la Terre et seconde république indépendante des Amériques, pourrait ne laisser aucune trace dans notre psyché ?
Enfin les étudiants qui ont toujours été le ferment de l'indignation nationale (Grève de Damiens à quelques mois de la fin de l'Occupation américaine en 1934 ; les Trois glorieuses qui mettront à bas le gouvernement de Lescot en 1946 etc), or depuis 2004 les étudiants sont dos à dos avec le peuple. Et rien ne ressemble encore plus à de la masturbation que leurs manifestations qui provoquent aujourd'hui les protestations de leurs propres camarades. 
Il y a donc beaucoup de chemin à faire pour retrouver une opposition qui fonctionne.

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