Haïti cuit dans son jus

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Frantz Duval Rédacteur en Chef du Nouvelliste - Président de l'ANMH

Depuis que le président Jovenel Moïse est au pouvoir et même pendant la présidence de Jocelerme Privert et bien avant le départ de Michel Martelly, on peut compter les programmes bilatéraux ou multilatéraux qui ont été confiés à la gestion de l’État haïtien.

Nos pays amis comme les organismes internationaux qui coopèrent avec le pays gèrent leurs projets et programmes. Ils décident des secteurs, choisissent les zones d’intervention, embauchent leur personnel et invitent directeurs généraux, ministres, Premier ministre et président de la République à des lancements ou à des inaugurations.

De temps à autre, maladroitement, les autorités haïtiennes expriment leurs besoins, demandent, réclament, imposent leur vue, orientent les dons. Dans l’ensemble, la population comme les décideurs haïtiens bavent devant les promesses et potentialités de l’aide, des dons et des prêts comme un enfant devant les vitrines d’un magasin de jouets. Nous attendons des cadeaux du Père Noël en toutes saisons, cela fait des années qu'il a perdu l’adresse de notre pays.

Il faut dire que, depuis dix ans, PetroCaribe est passé par là. L’argent rentrait et sortait à flots depuis 2008, sans contrôle d’aucune paire de papes. Les autorités haïtiennes, au fil des largesses du programme vénézuélien, ont perdu l’art et la manière de séduire ou de convaincre les autres bailleurs de fonds.

Au passage, devant nos "gagòt", les pays et institutions amis se sont dit, au fur et à mesure, mauvaise gestion pour mauvaise gestion, mieux vaut le faire sans les Haïtiens.

Les autorités haïtiennes ont gardé le contrôle sur le fonds PetroCaribe et ont laissé l’aide aux donneurs d’aide. D’un côté comme de l’autre, de la Commission internationale de reconstruction d’Haïti (CIRH) au plus petit programme d’aide financé par l’international, en passant par PetroCaribe, plus rien n’est efficace, efficient, utile comme il devrait l’être pour la population.

En cette fin d'année 2018, PetroCaribe est bel et bien mort. Le scandale de la mauvaise utilisation du fonds lui chante depuis des mois un enterrement de première classe.

Le temps est venu, en addition à toutes nos autres obligations, de regarder sereinement les bailleurs de fonds traditionnels, de chercher à reprendre langue, de les démarcher, de les charmer, d’aller les voir chez eux, avec un vrai plan en main, un plan national, construit avec un minimum de cohésion et de jus de cerveaux, tant du secteur public que du secteur privé. Haïti doit refaire son plan d’affaires.

Haïti cuit dans son jus depuis des années. La graisse de PetroCaribe, les largesses des Vénézuéliens, nos petits tours de passe-passe pour faire disparaître les fonds ne peuvent plus aider à faire avancer la machine nationale. Il est temps de remettre tout à plat et de recommencer à conjuguer labeur national et solidarité internationale.

Il y a urgence. Haïti cuit dans son jus et le couvercle de la marmite peut sauter à tout moment.

Edito du Nouvelliste

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Frantz Duval collabore au Nouvelliste depuis 1985. Il a une grande histoire de fidélité et de passion avec Le Nouvelliste où il a occupé les postes de responsable Création et Interactivité à partir de 2002 et de responsable de la section Economique à partir de 1994. Directeur de publication de Ticket et...

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