Où est passée la majorité présidentielle au Parlement ?

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Frantz Duval

Jeudi, encore une fois, le Parlement haïtien a fait les grands titres et pas pour de bonnes raisons. Les parlementaires, ceux du Sénat en particulier, continuent de dénuder l’Etat et ses institutions. Cet épisode de plus illustre l’atomisation du pouvoir en Haïti. On perd le contrôle du territoire parcelle par parcelle comme on perd le contrôle de la plus sélecte des assemblées. Comme on perd le contrôle des routes ou du marché des changes.

Restons au Parlement.

Le président Jovenel Moïse a perdu le contrôle du Sénat haïtien le jour où il a échoué à faire élire le sénateur Pierre François Sildor au poste de président du grand Corps.

C’est le sénateur Carl Murat Cantave, proche de Youri Latortue, qui a remporté la bataille au Sénat.

Depuis qu’en 1991 le président de la Chambre des députés Ernst Pedro Casséus a sauvé la tête du premier ministre René Préval en mettant fin sans suite à une séance d’interpellation, les politiciens haïtiens savent que la présidence de l’une ou de l’autre branche du Parlement confère non seulement un statut, mais aussi un pouvoir.

Celui qui tient le maillet décide de l’orientation des séances.

Dans le cas du président Jovenel Moïse, il semble avoir perdu à la fois la présidence du Sénat, l’appui du sénateur Youri Latortue et de ses amis, mais aussi la maîtrise de sa majorité présidentielle qui sur le papier regroupe 19 sénateurs au moins sur 29.

L’impossibilité de tenir la séance de présentation de la déclaration de politique générale de Jean-Michel Lapin est due à cet ensemble de facteurs. La présidence n’a pas su satisfaire ses alliés. Elle a perdu le remote control. N’a pas la formule du sirop décrite par le sénateur Anacasis pour parler du deux fois président Monsieur René Préval.

En trois fois, il a été impossible de mener la séance à terme. Rares sont ceux qui croient encore que cet exploit est à mettre au seul crédit des quatre sénateurs de l’opposition, quels que soient les moyens qu’ils ont eu à utiliser.

La majorité présidentielle ne semble vraiment pas pressée de voir un nouveau premier ministre prendre les commandes. Même les actions et réactions de la présidence portent à interrogation. Jovenel Moïse cherche-t-il vraiment des solutions aux problèmes du pays ?

Et pour comprendre un autre aspect de la crise de gouvernance à laquelle est confronté le président Moïse, il faut remonter au jour où la Chambre des députés a renversé Jean-Henry Céant.

Le lundi 18 mars 2019, le premier ministre était attendu dans les deux chambres pour deux raisons diamétralement opposées. Au Sénat, les pères conscrits voulaient lui accorder un vote de confiance qui l'aurait mis à l’abri jusqu’aux prochaines élections. A la Chambre des députés, on voulait le renvoyer.

Les députés, s’alignant sur les vues de la présidence, ont eu gain de cause. Les sénateurs n’avaient pas pu réunir le quorum de dix-sept présents pour tenir séance. Ils étaient quand même quinze ce lundi-là prêts à voter en faveur de Céant.

Cet incident indiquait déjà qu’il y a de graves divergences au Parlement. Et pour renverser Céant, le président Gary Bodeau avait reçu l’appui non seulement de députés proches du pouvoir, mais aussi de membres déclarés de l’opposition.

Au Parlement haïtien, le jeu des pouvoirs est complexe et chaque élu est une île. Pour le convaincre, il faut se réveiller tôt, d’autant que chaque élu contrôle une parcelle de pouvoir assez significative pour s’estimer absous du contrôle présidentiel, de celui de son bloc ou du parti politique qui lui avait donné bannière. Et chaque élu, en toute impunité et en toute immunité, est à l’abri de toute forme de pression.

La majorité au Parlement est sur Cruise controle et il est évident que la présidence ne tient pas le volant. La minorité y impose sa loi en accord avec la majorité et vice-versa, selon les circonstances.

Edito du Nouvelliste

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Frantz Duval collabore au Nouvelliste depuis 1985. Il a une grande histoire de fidélité et de passion avec Le Nouvelliste où il a occupé les postes de responsable Création et Interactivité à partir de 2002 et de responsable de la section Economique à partir de 1994. Directeur de publication de Ticket et...

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