Erevan : L'inélégance du Canada, le manque de flaire de Michaëlle Jean

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Michaelle Jean au sommet de la Francophonie

Dans la diplomatie internationale de ces 15 dernières années, il est rare de trouver un exemple aussi flagrant d'absence d’élégance et de respect dans l'attitude d'un pays envers un de ses ressortissants l'ayant servi au plus haut niveau pour comparer avec la manière avec laquelle les autorités d'Ottawa ont, pour utiliser les termes apparus dans les médias cette semaine, "lâché" Michaëlle Jean.

Avant même le démarrage des cérémonies du 17ème sommet de l’OIF à Erevan en Arménie, le gouvernement du canada a publiquement annoncé ne pas soutenir la candidature de son ancienne Gouverneure générale et Secrétaire Générale sortante de l'Organisation Internationale de la Francophonie. Les intérêts et objectifs stratégiques qui motivent les décisions des autorités politiques canadiennes n’ont pas su masquer l’évident affront volontaire ou pas fait à l'ex-présentatrice de Télé.

Pourtant, le respect de la dignité des personnes, de celui des loyaux services de cette femme, voudrait que le Canada lui annonce à l’avance avec un brin de courtoisie la volonté du pays de s'aligner derrière la France et l'Afrique et lui demande en conséquence, de ne pas candidater ou de retirer sa candidature si elle l'avait déjà posée. Tel un Président demandant à son premier ministre de démissionner ou des associés d’une entreprise demandant à leur CEO de partir à la suite d’un scandale. Car au-delà du pragmatisme politique et des intérêts stratégiques, la dignité des personnes doit être préservée afin de maintenir leur enthousiasme de continuer à faire preuve d’abnégation et à servir le monde.

D'un autre côté, si le comportement du Canada suinte la laideur à plein nez, celui de Mme Jean dénote un certain manque de flairs, voire une certaine naïveté. Car malgré sa position importante, elle n'a pas su avoir les avis éclairés nécessaires pour prendre la décision d'éviter ce désaveu annoncé à Erevan. Au lieu de cela, ses prises de parole dans les médias et son discours d’adieu transpirent une grande colère tant ses flèches étaient directes envers ceux qui, 4 ans auparavant, avaient fait front commun derrière sa candidature dans des circonstances et une conjoncture quasi-similaires à celles de cette année. A cette époque, Madame Jean n'était pas stratégiquement la mieux qualifiée pour prendre la tête de l'OIF prenant en compte le critérium qui a été tacitement accepté depuis Abdou Diouf. En effet, si le Canada est le second plus grand contributeur au budget de l'OIF, de nombreux aspects disqualifieraient ses ressortissants à accéder à la tête de cette organisation. La taille de la population francophone du Canada,  dans un premier lieu, moins de 23% en 2013 avec seulement le Québec, province à velléité indépendantiste d’ailleurs, ayant le français comme langue officielle,  ne devrait pas favoriser une personne de nationalité canadienne devant des concurrents d’autres pays ayant le français comme langue officielle. On peut aussi considérer la place (parmi les premières puissances économiques) du pays sur l'échiquier économique du monde comme un aspect qui ne devrait pas favoriser Michaëlle Jean car l’un des piliers stratégiques de la Francophonie est d’élire des secrétaires généraux originaires de pays émergents ou en développement. Ajoute à tout cela, la fonction de Gouverneure du Canada qu’elle a occupé avant son élection à la tête de l’OIF a fait d’elle la représentante de la Reine d'Angleterre-cheffe du Commonwealth, laquelle reste une association parallèle à l'OIF de par sa nature et des valeurs qu'elle défende. En dépit de tout cela, serait-on injuste de questionner le caractère pragmatique de cette décision ? Par quelles logiques peut-on expliquer qu’un pays soutienne une candidature étrangère contre son propre ressortissant ?

Etant donné qu’il n’y a pas de droit de véto à l’OIF, un vote positif du Canada à Michaëlle Jean n’entraverait nullement l’élection de Louise Mushikiwabo à la tête de l’OIF mais il préserverait la dignité et l’image de celle-ci et lui épargnerait cette humiliation qui pourrait la marquer des années.

Par Frantzcy Bazelais

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