Embrasement et naufrage guettent la nation

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Frantz Duval - Redacteur en chef du Nouvelliste

Le mois de septembre ne porte pas chance à Haïti. En 1991, sept mois après une élection triomphale, le premier président démocratiquement élu après la dictature des Duvalier laissait le pouvoir après un coup d’Etat sanglant. Les suites, entre répression, embargo et retour du président accompagné de l’armée américaine, marquent encore notre trajectoire de peuple. On ne s’en est jamais vraiment remis des fractures de 1991.

Ce 30 septembre 2019, 28 ans après le coup d’Etat contre Jean-Bertrand Aristide, la démocratisation continue sa lente agonie. L’économie est toujours étranglée. Les tâches de sécurité sont imparfaitement assurées. Il n’y a pas de rêves communs aux Haïtiennes et Haïtiens. Nous n’avons pas beaucoup progressé depuis la fin de la dictature en 1986.

Cette année, le 30 septembre nous retrouve avec un président décrié et aux abois. Nos institutions ont une légitimité mince comme un souffle. Le Parlement est vilipendé et dysfonctionnel. La justice à tous ses étages est ravagée par l’inaction. La corruption est la doctrine triomphante. Le déficit budgétaire chronique, l’incapacité de trouver de nouvelles ressources pour faire fonctionner l’Etat, la contrebande, les gaspillages, les crises énergétiques et électriques rongent le peu de disponible. Nous n’avons ni pied ni ailes.

L’installation de ministres ad interim pour remplacer des ministres ad interim et démissionnaires depuis plus de six mois souligne une nouvelle étape dans le naufrage national. Il n’existe plus de mécanismes institutionnels pour gouverner en Haïti. Nous bricolons. On invente la légalité comme jamais cela ne fut encore fait sans textes de loi ni références coutumières.

La dernière réunion en date entre le Core Group et des leaders de l’opposition souligne si besoin est que nos tuteurs traditionnels depuis 1991, eux non, n’ont plus aucune solution de rechange au chaos. Ils tâtonnent comme nous tous. La Minustah, la Minujusth et le reste n’ont pas servi à grande chose, sinon à stabiliser nos fragilités.

Les représentants de toutes les composantes de l’opposition qui ont rencontré les diplomates du Core group lundi n’avaient ni proposition unitaire ni alternative crédible. La politique devient de l’art pour l’art quand elle ne peut pas formuler ses désirs ni rencontrer les besoins de ceux qu’elle dit servir. Qui s’en rend compte ici ?

La radicalisation est en train de devenir le seul langage dans les deux camps.
L’exécutif et ses soutiens résistent pendant que des commissariats de police sont attaqués, des entreprises privées pillées, des institutions publiques dévastées, des manifestants criblés de balles.

Les semaines se suivent sans reprise des activités scolaires, sociales et commerciales. Le pays, déjà au chômage, se met en congé forcé. Nous sommes en état de siège ou assiégé. Tout s’additionne pour que la spirale du pire s’installe.

Contrairement à nos crises passées, ce ne sont plus seulement des politiciens ou des groupes aux intérêts antagoniques qui s’affrontent. Nous sommes en train d’exciter des passions, de raviver des haines, de mettre de l’huile sur tous les foyers possibles d’incidents.

Avant le naufrage, nous risquons l’embrasement. Et sûrement les deux au rythme auquel la course vers le pire est engagée.

Nous sommes en septembre. Ce mois ne nous porte pas chance. Il faut le dire, même si la chance n’a rien à voir dans la vie d’un pays et d’un peuple.
Déconstruire comme construire demande de la réflexion et un plan. On n'y échappera pas, sinon bonjours des années de chaos. L’embrasement et le naufrage. Chacun y met sa part. Les sortants comme les arrivants.

Edito du Nouvelliste

Author

Frantz Duval collabore au Nouvelliste depuis 1985. Il a une grande histoire de fidélité et de passion avec Le Nouvelliste où il a occupé les postes de responsable Création et Interactivité à partir de 2002 et de responsable de la section Economique à partir de 1994. Directeur de publication de Ticket et...

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