Écoutera-t-on les évêques ?

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Il existe deux Haïti : l’Haïti imaginaire, celui dans la tête des dirigeants, et l’Haïti réel, celui que tout le monde voit. Celui auquel on ne peut échapper. Après un long silence, la Conférence épiscopale d’Haïti n’y va pas avec le dos de la cuillère pour peindre l’Haïti réel. Un pays en déliquescence, rongé par la corruption. Un Haïti où « la corruption s’érige en système et tend à devenir naturelle ». Un fléau, selon l’Eglise catholique, « qui cause de graves dommages sociaux, politiques et économiques difficilement réparables. Qui conduit tant les dirigeants que les dirigés à des pratiques mafieuses aux impacts incalculables ».

La Conférence épiscopale fait cette sortie quelques heures après l’intervention du président de la République à la 73e session ordinaire de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York. Le chef de l’État vantait ses efforts et ses engagements pris « à la consolidation de l'État de droit, l’approfondissement des conquêtes démocratiques, entre autres. Jovenel Moïse a présenté son Caravane du changement comme « une stratégie novatrice visant à mettre toutes les ressources de l’État au service du peuple ». La veille de son intervention à la tribune de l’ONU, le président de la République, lors d’une rencontre avec la communauté haïtienne de New York à Spring Valley, a tiré à boulets rouges sur des hommes d’affaires ou des entreprises, sans les nommer, qui ont des contrats très ou trop juteux avec l’État. Jovenel Moïse aurait donc peur de les attaquer au risque d’aller en enfer, avec « des gens qui s’arrangent pour capter 40 à 50 % des ressources de l’État ». Un aveu d'impuissance ! Qu’est-ce qui empêche l’Etat de rompre des contrats qu’il estime trop juteux qu’il a conclus avec des entreprises ? Un président de la République, garant de la bonne marche des institutions n’a pas à dénoncer verbalement, et ce constamment, sans prendre les décisions qu’il faut.

Les émeutes de juillet dernier ont rappelé que nous vivons, sans exagérer, sur une poudrière, avec des inégalités criantes. Les indicateurs ne montrent pas une amélioration de la situation, notamment avec cette inflation à deux chiffres depuis plusieurs mois et la gourde qui ne cesse de se déprécier. Un dossier délicat pointe à l’horizon : le salaire minimum. À quatre jours de la fin de l’exercice fiscal, le Conseil supérieur des salaires (CSS) n’a toujours pas publié son rapport qui devrait permettre aux ouvriers de bénéficier de l’augmentation du salaire minimum. En plus du délicat dossier PetroCaribe, les autorités ont intérêt à intervenir sur le salaire minimum. Des dirigeants qui n’arrivent pas vraiment à poser les vrais problèmes de la population et y apporter des solutions échouent à leur mission. Peu importe les causes de l’échec.

Comme le reconnaissent l'Eglise catholique et plusieurs autres secteurs, le pays est malade. La corruption reste et demeure sa principale maladie. Un mal généralisé et endémique. Tout un système à changer. La justice commencera à se montrer efficace quand elle donnera suite aux diverses dénonciations entre autres. Quand ceux et celles qui ont des comptes à rendre commenceront à se sentir inquiétés. Quand on passera de l’imaginaire au réel.

Valery Daudier Editorial du Nouvelliste

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