Une Diplomatie Haïtienne au Service de la Stabilité Politique.

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Chancelier Bocchit Edmond

L’implication de la diplomatie haïtienne dans la recherche d’un dénouement heureux à la crise politique qui a failli coûter la présidence de Jovenel Moise peut être résumée en une simple pensée de Jules César : « L’expérience, voilà le maître en toutes choses ». En effet, grâce à environ ses 30 années d’expérience, l’actuel chancelier haïtien, Monsieur Bocchit Edmond, a su habilement utiliser la diplomatie au service de la stabilité politique, le premier des biens publics. Ça fait des lustres que la diplomatie haïtienne n’a pas été si active.

On devrait peut-être remonter aux temps des Anténor Firmin, Emile Saintlot et Jean Price Mars pour vivre des moments forts dans les politiques extérieures du pays. On doit admettre, sans exagération aucune, que les actions de l’actuel ministre des affaires étrangères s’inscrivent dans la tradition d’une diplomatie intelligente n’ayant rien à envier aux entreprises diplomatiques de ces figures emblématiques.     

Si le vote en faveur de la résolution ne reconnaissant pas le second mandat du président Nicholas Maduro à la tête de la République Bolivarienne n’a pas été accueilli avec chaleur sous prétexte qu’il constituait une trahison aux principes historiques sacrosaints qui définissent Haïti comme terre de liberté et d’émancipation des peuples, le temps, cependant, a donné raison à la diplomatie hattienne. Selon la tradition du réalisme empirique en Relations Internationales, le comportement des Etats s’explique surtout par la recherche de la satisfaction de l’intérêt national. À l’émission Le Point sur Métropole, Monsieur Edmond reconnait, à juste titre, que les relations internationales sont dynamiques et doivent être définies sur la base des intérêts nationaux. D’aucuns pensent que si ce n’était le vote en faveur de ladite résolution, Jovenel Moise ne passerait pas l’épreuve du pays lock au cours du mois de février dernier. C’est un peu difficile de vérifier la véracité d’une telle conjecture. Cependant, ce qu’il faut admettre c’est qu’en menant une diplomatie proactive et intelligente, Monsieur Bocchit Edmond a œuvré en faveur de la stabilité dans un pays où l’instabilité politique s’est trop longtemps érigée en normes.

L'instabilité politique constitue l'un des principaux facteurs à l'origine de la détérioration de la situation socio-économique d’Haïti. Des études montrent qu’une histoire d'instabilité politique et de violence empêche à Haïti de réaliser ses aspirations en matière de développement. Dans un rapport d'évaluation de son assistance à Haïti publié en 2002, la Banque mondiale a jugé insatisfaisant son support au pays depuis le renversement du régime des Duvalier au début de 1986. La Banque a décaissé environ 300 millions de dollars pour plus de 20 projets entre les années 1970 et 1980, mais sa propre évaluation montre que ces projets n’ont eu que peu ou pas d’impact sur la pauvreté et la croissance économique. Selon ce rapport, l'un des obstacles majeurs à une mise en œuvre, à des résultats et à une durabilité satisfaisante de l'aide au développement en faveur d'Haïti est la mauvaise gouvernance et l'instabilité politique. Coup d'État, troubles civils et des changements de gouvernements à répétitions sont les principales manifestations de l’instabilité politique en Haïti.

 

L'instabilité politique est en effet un grave malaise nuisible au progrès économique, car elle risque de raccourcir l'horizon des décideurs conduisant à des politiques macroéconomiques à court terme non-optimales. Une étude réalisée par des économistes du Fond Monétaire International trouve qu'un changement additionnel de cabinet (soit quand un nouveau premier ministre est nommé ou quand 50% des postes du cabinet sont occupés par de nouveaux ministres) réduit considérablement la croissance du PIB par habitant. Or il se trouve que depuis le renversement du régime des Duvalier en 1986 jusqu'en 2019, il y a eu plus de 20 changements importants de gouvernements en Haïti. De plus, entre 1986 et 2019, Haïti a connu 19 changements de président. Seuls trois présidents élus démocratiquement ont pu terminer leur mandat sans interruption inconstitutionnelle. Ces évènements ont certainement eu des conséquences très néfastes sur l’économie du pays 

C’est à la lumière de cette réalité qu’il faut apprécier les initiatives diplomatiques de l’actuel titulaire du MAE. Ses allers-retours à Washington, le vote contre le second mandat de Maduro, son voyage à Qatar, tous s’inscrivent dans une perspective de la protection et la promotion de l’intérêt national qui transcende de simples intérêts individuels. La charge économique qui résulterait d’une instabilité politique causée par un départ prématuré du président Jovenel Moise ferait trop de tort à un pays déjà en lamentation. Le 166e chancelier haïtien qui a promis un changement de paradigme dans la diplomatie haïtienne est définitivement sur la bonne voie. Cette dernière est celle d’une diplomatie proactive et intelligente au service de la stabilité politique, le premier des biens publics.  

Ivens Jean Louis
Maters in Business Economics
Masters in Education

 

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