Comment utiliser sa carte de crédit sans se faire ruiner ?

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Carte de Credit

Nous avons eu un débat enrichissant sur la chronique de la semaine dernière (1). Son objectif était de vous inviter à la prudence dans l’usage de votre carte de crédit. En fait, comme nous le rappelle le planificateur financier Phémir Édouard, une carte de crédit est un moyen de paiement et non de l’argent disponible pour des dépenses incontrôlées.

 M. Édouard est le seul immigrant haïtien à occuper un poste de directeur d’agence au sein du Groupe financier canadien Industrielle Alliance au Québec. Il aide ses clients à développer des stratégies permettant d’utilisant leurs cartes de crédit de façon intelligente. Dans les lignes qui suivent, je partage avec vous quelques astuces qui vous permettront de gérer plus efficacement votre carte de crédit en diminuant le risque de se faire ruiner.

Idéalement, il est conseiller à tout le monde d’avoir un budget personnel ou familial qui prévoit ses revenus et ses dépenses par mois. Il faut tout faire pour le respecter et commencer à épargner le plus tôt possible dans sa vie. Même des professionnels de haut calibre m’ont avoué ne pas comprendre le mode de fonctionnement des cartes de crédit et pourquoi les intérêts s'accumulaient si vite. D’autres ont tout simplement décidé de remettre leurs cartes à la banque émettrice afin d’éviter des désagréments. Ce sont ces différentes préoccupations qui me poussent à écrire la chronique d’aujourd’hui.

À un certain moment, particulièrement pour ceux qui vivent en Amérique du Nord, il est quasiment obligatoire d’avoir une carte de crédit pour deux raisons principales. Premièrement, elle représente un moyen essentiel sinon unique de bâtir son dossier de crédit. Celui-ci dresse le profil de la situation financière du client en identifiant son niveau d’endettement et son historique de crédit pour pouvoir déterminer s’il rembourse bien ses dettes, s’il n’avait pas connu de faillites frauduleuses et de poursuites judiciaires pour crimes financiers. Un bon dossier de crédit permet d’avoir accès à des prêts importants comme les prêts hypothécaires, parfois à des taux d’intérêt préférentiels. Certains utilisent ces types de prêts pour investir dans l’immobilier en achetant des maisons à revenu ou pour réaliser d’autres types d’investissements rentables.

À noter que la Banque de la République d’Haïti (BRH) a ouvert, en juillet 2017, un Bureau d’information sur le crédit (BIC) dont l'activité principale consiste à collecter, mettre à jour et rendre disponibles les données concernant l'historique de crédit des personnes physiques et morales en Haïti. Ces informations sont ensuite partagées avec des institutions financières (banques, coopératives d'épargne et de crédit, institutions de micro-finance, compagnies de cartes de crédit, etc.), des fournisseurs de services et des commerçants qui les consultent dans leur processus d'octroi de crédit.

Deuxièmement, à travers les achats en ligne, la carte de crédit vous offre l’accès au marché mondial. Certains utilisateurs peuvent s'en servir pour acheter des produits en ligne et peuvent même avoir le temps de les revendre afin de rembourser la dette contractée. On comprend donc qu’il n’y a pas que des inconvénients dans l’utilisation de la carte de crédit. Elle comporte également beaucoup d’avantages si le détenteur en fait un usage intelligent et responsable en évitant que les intérêts s’accumulent. Le scénario idéal serait de payer tous les achats effectués par carte de crédit durant la période de grâce de 15 ou 21 jours, quand il n’y a pas encore eu d’intérêts. Mais ce n’est pas toujours possible pour une grande majorité de consommateurs.

Dans ce contexte, le principe numéro un c’est de dépenser selon vos moyens. La meilleure façon d’y parvenir est de bâtir son budget et de contrôler ses dépenses. À part quelques rares exceptions, on ne disposera jamais assez d’argent pour satisfaire tous ses désirs. Les ressources sont rares et les besoins illimités, répètent souvent les économistes. Le planificateur financier Heurtelou Toussaint Charles conseille de ne pas dépenser plus de 50 % de la limite de sa carte de crédit afin de préserver son pointage maximal de crédit. Puisque quand vous dépassez ce seuil, les banques commencent à vous considérer comme un client à risque et peuvent vous rétrograder dans une catégorie de cote de crédit inférieure. Pour éviter cette rétrogradation, il faut parfois solliciter une sollicitation de la limite de crédit quand vous vous approchez du seuil d’utilisation de 50 % de la limite de crédit. 

Il ne faut pas non plus négliger les modes de paiement traditionnels comme les chèques ou la carte de débit. Malheureusement, ces modes de paiement ne permettent pas de construire son historique de crédit. Il faut donc s’efforcer d’utiliser sa carte de crédit comme si c’était une carte prépayée où vous vous fixez une limite de dépense prédéterminée par votre budget.

Les cartes de paiement peuvent parfois représenter une bonne alternative à l’utilisation de cartes de crédit. American Express demeure l’une des plus connues à date. Ces cartes récompensent les clients qui détiennent un excellent historique de crédit. Donc, les gens qui souhaitent en bâtir ou en rebâtir un n’y sont pas éligibles. La carte de paiement peut être considérée comme une carte de crédit sans une limite prédéterminée. Mais son détenteur doit payer la totalité de son solde à chaque mois. Et le coût d’acquisition se révèle être assez élevé, contrairement à la carte de crédit. Pour compenser ces frais d’émission relativement élevés, les grandes entreprises qui l’utilisent accordent des récompenses sous forme de points.

Mais si le solde de la carte de paiement n’est pas totalement remboursé chaque mois, le taux d'intérêt peut devenir très élevé. Au Canada, il peut atteindre jusqu’à 30 % versus 19,8 % sur la carte de crédit. Pour éviter ces intérêts exorbitants avec les cartes de paiement, on doit s’évertuer de payer la totalité du solde mensuel régulièrement.

Un « sòl » comme alternative

Généralement, une marge de crédit est une meilleure alternative à la carte de crédit car le taux d’intérêt est plus faible, de 4 à 8 % environ au Canada. Mais cette marge doit être demandée au bon moment, le plus tôt est le mieux puisque les banques ne vont pas vous l’accorder si vous êtes déjà très endetté avec vos cartes de crédit. La marge de crédit est très appropriée si vous voulez effectuer un achat spécifique. Les commerçants l’utilisent très souvent pour payer une commande. Il faut obtenir l’approbation de l’institution financière en vue de recevoir le montant d’argent nécessaire à l’achat en question. Le taux d'intérêt applicable sur le prêt est négociable en fonction de la qualité de votre dossier de crédit. Meilleur est votre historique de crédit, plus faible est le taux d’intérêt.

La marge de crédit demeure la meilleure option si l’objectif est d’obtenir une somme importante d’argent en vue de gérer une urgence ou d’effectuer un achat spécifique. Elle est considérée comme un compte bancaire à part dont le montant peut être transféré à un autre compte. Si vous êtes très endetté sur votre carte de crédit, vous pouvez solliciter une marge de crédit d’une banque concurrente afin de rembourser votre dette sur la carte de crédit à 4-8 % plutôt qu’à 19,8 % au Canada et 48 % annuel en Haïti.

Pour les personnes qui ont eu des problèmes de solvabilité et qui veulent rebâtir leur dossier de crédit après avoir retrouvé un emploi, une carte  de crédit avec garantie peut être une solution adéquate. Cette catégorie de carte nécessite le paiement d’un montant à la banque émettrice avant d’obtenir la carte. Ce montant varie entre 100 % et 200 % de la limite de crédit sollicitée. Certaines banques appliquent cette politique aux nouveaux clients qui n’ont pas encore d’historique de crédit. Si le détenteur ne paie pas un mois, la banque fait alors un prélèvement sur le dépôt de garantie. Mais il faut faire attention puisque l’usage de la carte est signalé aux agences ou bureaux de crédit. Une bonne utilisation de la carte de crédit avec garantie aide à rebâtir son dossier de crédit.

Mais la stratégie de refinancement la plus efficace demeure probablement le « sòl ». La personne qui détient la première « main » ou qui se retrouve en première position obtient un prêt sans intérêt pour la période d’échéance du « sòl ». Elle peut l’utiliser pour réaliser un projet spécifique ou pour aider quelqu’un à s’affranchir d’une grosse dette sur une carte de crédit. Il suffit de trouver des gens honnêtes et responsables qui acceptent d’en faire partie.

Dans le « sòl », il faut voir l’idée de solidarité ou d’entraide puisqu’à partir d’un certain montant de dette sur sa carte de crédit, on ne s’en sortira jamais avec le paiement minimal. Qui pis est, vous allez payer jusqu’à 4 fois le montant de la dette contractée. Plus vous avez de la difficulté financière, plus le montant à rembourser va s’accumuler. Il s’agit d’un cercle vicieux qui se transformera en trappe de pauvreté. Le « sòl » peut alors constituer une stratégie de sortie efficiente.

Pour éviter de se retrouver dans ce pétrin avec une dette trop élevée sur sa carte de crédit que l’on n'arrive pas à éponger, pour reprendre les propos d’une amie, il faut redoubler de vigilance. Un exercice très simple consiste à bien identifier la date de facturation des achats afin d’éviter de payer des intérêts trop rapidement et de profiter d’une plus longue période de grâce. Par exemple, si la date de facturation est le 21, tout achat effectué après le 21 apparaîtra sur la prochaine facture dont le paiement sera exigible 2 ou 3 semaines plus tard. Pourtant, de gros achats réalisés le 19 ou le 20 seront exigibles tout de suite dans la facture du 21. Si vous voulez profiter de la période de grâce, faites vos achats le 21 et le 22 du mois s’il n’y a pas d’urgence.

« Il faut même en parler à vos enfants, lorsqu’ils vous demandent de faire des achats pour eux. C’est une très bonne façon de les éduquer, de les inculquer très tôt la discipline de crédit », nous conseille Phémir Édouard. Il met en garde ceux qui acceptent des transferts de solde à 0 % ou 1 % offerts par certaines banques nord-américaines. Par exemple, au Canada, souvent une banque concurrente vous offre un programme de remboursement sur 10 mois à 0 % ou 1% moyennant une pénalité fixe de 2 % du montant de la dette. Si vous êtes sûr de pouvoir respecter le délai, il s’agit d’une excellente offre. Vous pouvez par exemple utiliser un « sòl » pour tout rembourser avant la fin de l’échéance.

Si vous n’arrivez pas à tout rembourser dans le délai de l’offre, les pénalités risquent d’être élevées. Autre précaution à prendre si vous acceptez ce type d’offre, c’est que vous ne devez pas faire des achats avec la même carte durant toute la période de la promotion offerte. Car tous les montants payés seront considérés comme paiement de la dette initiale et non des nouveaux achats comme le stipule une des clauses en petits caractères du contrat. Il faut s’assurer de tout payer avant la fin de la période offerte.

Ce qu’il faut surtout retenir c’est que dans tous les cas de figure, la discipline et la rigueur sont les vertus à cultiver pour ne pas se faire ruiner par une utilisation abusive des cartes de crédit.

Thomas Lalime 
https://rtvc.radiotelevisioncaraibes.com/continu/carte-credit-lutilisation-abusive-qui-appauvrit.html

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Author
Détenteur d’un doctorat en sciences économiques de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) en rédigeant une thèse sur l’épargne et la littératie financière des ménages au Canada, Thomas Lalime est spécialisé en microéconomie, économie du développement, évaluation de projets et en micro-économétrie. Il a...

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