Comment change-t-on de président en Haïti depuis 1915 ?

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Officiellement, on change de président en Haïti depuis 1915 à travers un processus électoral. Ce processus a été de second degré jusqu’en 1946. Puis, on est passé au suffrage universel direct en 1950. Nous avons un mode mixte depuis l’amendement de la Constitution de 1987. Cependant, dans les faits, il y a d’autres modes de changements de président après des convulsions.

Depuis 1915, ceux qui renversent un président en Haïti ne prennent pas directement le pouvoir. Cette évidence est marquante dans l’histoire du pays. Si à chaque fois le peuple gagne les rues, quand il faut rompre l’ordre constitutionnel ou l’ordre de facto, la rue impose rarement son choix. Ses intentions sont cependant toujours respectées.

L’un des grands changements apportés par l’occupation américaine (1915-1934) a été dans le mode de prise de pouvoir en Haïti. Fini les révoltes, insurrections, proclamations et autres aventures de chefs de guerre, généraux autoproclamés, qui descendent de leur province avec leurs troupes, assiègent la capitale et obligent le Parlement à les déclarer président. Les choses sont devenues plus policées. Memes les coups d’Etat réussis doivent se couvrir d’un manteau légaliste. 

Cela n’empêchera pas les tentatives de ceux qui veulent prendre le pouvoir à tout prix, mais cela rationalisa les étapes.

De 1915 à 1946, l’ordre imposé par les Américains s’impose. 1946, qui sera déclaré une révolution, n’a pas vu la rue prendre le palais. C’est plutôt l’armée qui était sagement restée dans ses casernes qui héritera du siège d’Elie Lescot.

Les turbulences de 1950 donnèrent le pouvoir à une nouvelle junte militaire mais Paul Magloire a dû passer par les élections pour devenir président. Quand Magloire fut obligé de partir en décembre 1956, on assista à une suite de présidents et de formules provisoires jusqu’à ce que des élections permirent à François Duvalier de devenir président.

Au cours de cette période, Haïti a connu l’exception qui confirme la règle : Daniel Fignolé devint président provisoire alors qu’il était un candidat déclaré à la présidence. L’expérience durera 19 jours et pas plus. Fignolé perdit et la présidence provisoire et son statut de candidat dans l’affaire. Parmi les autres présidents provisoires de l’époque tous ceux liés à une famille politique finirent en président provisoire et inutile.

En dépit de multiples tentatives de la renverser, la présidence à vie fut transmise de François Duvalier à son fils et le fils a mis en vigueur l’article de la Constitution de 1983 qui l’autorisait à désigner son successeur quand il dû partir le 7 février 1986.

Le pays dormait quand Jean-Claude Duvalier enregistrat son discours d’adieu avant de prendre l’avion pour la France.

En 1986, aucun des opposants connus des Duvalier n’hérita du pouvoir. Jean-Claude Duvalier a remis les rênes de l’Etat à une junte militaro-civile, le Conseil national de gouvernement (CNG).

A la chute de Leslie Manigat, ce ne sont ni les opposants ni les militaires auteurs du coup d’Etat qui investirent le Palais national mais Henri Namphy qui y retourna cette fois sans être à la tête d’un conseil.

Les gendarmes racontent encore la surprise de “Chouchou” ce dimanche soir quand on alla le chercher chez lui pour le remettre au pouvoir. Le général Namphy avait cru un moment qu’on venait l’arrêter.

A la chute de Namphy, ce ne sont pas les petits soldats auteurs du coup d’Etat qui prirent le pouvoir. Le sergent Joseph Hébreux et consorts firent choix du général Prosper Avril.

Pour son coup d’Etat manqué contre Avril, Himmler Rébu confessa que le président pressenti était le général Herard Abraham, le plus haut gradé des Forces Armées d’Haïti de l’époque.

A la chute d’Avril, ce ne sera ni le président de la Cour de cassation Gilbert Austin qui fut intronisé ni aucun des opposants, mais la juge Ertha Pascal Trouillot qui n’avait rien demandé.

Roger Lafontant réussi un coup d’Etat en janvier 1991, quelques jours après la victoire de Jean Bertrand Aristide à la présidentielle du 16 décembre 1991. Il s’auto proclama chef. L’aventure dura moins de 24 heures. 

Quand un sanglant coup d’Etat de l’Armée renversa Jean Bertrand Aristide, le premier président démocratiquement élu de l’après 1986, ce n’est ni le chef d’état-major Raoul Cédras ni le major Michel Francois, bras armé du coup de force, qui prit le pouvoir mais le juge Joseph Nérette qui lui non plus n’avait rien demandé.

De 1991 au retour au pouvoir d’Aristide en 1994, à chaque fois, la présidence ou la conduite des affaires de l’Etat revint à une personnalité que l’on n’attendait pas. Marc Louis Bazin ne fut jamais président et on ne se rappelle plus de quel chapeau on tira le dernier président provisoire du coup d’Etat, le juge Emile Jonassaint.

Quand un soulèvement multiforme mis fin au deuxième mandat de Jean Bertrand Aristide en 2004, ce ne fut ni le Groupe des 184, ni la Convergence démocratique, ni les paramilitaires de Guy Philippe qui prirent le pouvoir mais le président de la cour de cassation, Boniface Alexandre qui n’avait rien demandé ni même rien souhaité.

En février 2016, quand Michel Martelly doit partir après avoir échoué à tenir les élections présidentielles et législatives, ce ne sera aucun de ses opposants farouches qui pris le pouvoir, mais un modéré, le président du Sénat, Jocelerme Privert, après une élection au second degré organisée par le Parlement.

Qu’en sera-t-il en 2019, si les rêves de l’opposition se réalisent ? Quelle sera l’option la plus viable pour conduire la transition ? Jovenel Moïse va-t-il participer à sa succession ordonnée comme JC Duvalier et Michel Martelly ? Le jeu institutionnel va-t-il prévaloir (il n’y a pas de premier ministre légalement en poste et le Parlement est décrié) ? 

Dans le passé on a aussi essayé des formules de conseil de gouvernement (en 1946, 1950, 1986), de president assisté d’un conseil de sages avec Ertha Pascal Trouillot, de premier ministre sans president (Marc Louis Bazin) et même de président plus faible que son premier ministre (le tandem Boniface Alexandre-Gérard Latortue) et depuis que la constitution de 1987 adoptée de plusieurs présidents sans premier ministre.

Faut-il s’inspirer du passé et revenir à la Cour de cassation ou inventer une nouvelle formule?

Changer abruptement de président n’a encore rien résolu des problèmes du pays depuis que nous pratiquons ce sport. Changer de président demeure cependant la formule pour changer de tempo quand l’échec d’un régime est trop cuisant.

Depuis que les Américains ont débarqué en Haïti en 1915, le jour où les Haïtiens tuèrent le président en exercice Vilbrun Guillaume Sam, pas une fois une rupture de présidence se fut sans leur implication ou leur autorisation. 

L’ambassadeur américain en poste à Port-au-Prince est souvent le premier diplomate que souhaite rencontrer tout président haïtien et aussi le dernier qu’il voit.

Pour l’avion de l’exil. 

source Le Nouvelliste

Author

Frantz Duval collabore au Nouvelliste depuis 1985. Il a une grande histoire de fidélité et de passion avec Le Nouvelliste où il a occupé les postes de responsable Création et Interactivité à partir de 2002 et de responsable de la section Economique à partir de 1994. Directeur de publication de Ticket et...

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