Changer le système : un discours creux

Publié
3 semaines ago
Dernière mise à jour
3 semaines ago
8932 views
Time to
read
3’

Me Soeurette Michel

Au risque d’être lapidée pour mon opinion, je ne peux m’empêcher de demander à quoi sert et à quoi servira le discours “changer le système” ? Aujourd’hui 17 octobre 2019 soit 213 années depuis l’assassinat du père de la nation Jean Jacques Dessalines nous continuons à nous comporter comme des orphelins égarés sur une terre d’adoption. Depuis quelque temps il y a un discours unique dans l'actualité et dont presque tout le monde parle : “changer le système, an n change sistèm lan”, mais c’est quoi le système ? Quel système ? Qui est le système ? La dernière interrogation est peut-être la plus facile à répondre á mon avis parce que je crois fermement que nous sommes le système ! Le système c’est nous hommes et femmes d’Haïti. Implicite dans le discours de changer le système est le changement personnel de chacun d’entre nous.

D’après le dictionnaire Larousse un système est “ensemble d'éléments considérés dans leurs relations à l'intérieur d'un tout fonctionnant de manière unitaire.” L’inconvénient est que nous les Haïtiens avons créé notre système de par nos actions, nos omissions, nos paroles et nos faux pas. Aucune société ne peut subsister sans le respect des lois et sans aucun ordre. Ironiquement, aujourd’hui c’est exactement 213 ans depuis l’assassinat de l’empereur Jean Jacques Dessalines et l’enquête se poursuit toujours. Si nous sommes honnêtes, nous, intellectuels, élite politique, élite économique, la première, la deuxième, la troisième, et la quatrième voix de ce pays nous devrions cesser de nous mentir, de mentir aux autres et de faire preuve de courage pour changer ce que nous pouvons changer pendant qu’il est encore temps. Le système c’est le président, c’est le parlement, c’est la justice, c’est la classe politique, c’est l’église, c’est l’université, c’est le peuple, c’est l’élite intellectuelle et économique de ce pays, c’est notre diaspora, et le système c’est moi.

Le système dont nous parlons est une entité fictive qui devient réelle par nos actions, nos omissions, nos réflexions, nos décisions, nos demissions, nos faux pas, nos mœurs, nos vices, et nos actes illégaux. Le jour où nous cesserons de voir l’autre comme le système, certaines choses changeront. À force de parler de changer le système, ce concept est vidé de sa substance, il est devenu une parole vide de sens particulièrement quand personne jusqu’ici n’a donné de concrètes étapes du comment changer le système. Si on s’accroche à la théorie ou l’hypothèse que le système est l’autre entraînera les conséquences de ce que nous faisons depuis 211 ans.

En 2015, je participais à une conférence au Panama comme membre de la société civile qui travaille pour l’avancement de la justice sociale dans la région, un collègue venu de Nicaragua m’a demandé dis donc tu n’es pas fatiguée de continuer à parler et demander que les choses changent en Haïti quand apparemment les gens ne comprennent même pas comment se battre pour une vie meilleure ? Et pour supporter son interrogation il avait évoqué l’incident aux Cayes avant la présidence de M. Michel Martelly quand des individus avaient incendié et pillé les bureaux de l’État. À la fin de notre échange j'étais plus que certaine et résolue que nous avons besoin de guérir collectivement comme peuple. Et cette guérison sous forme de thérapie collective doit passer par le dialogue, un dialogue franc, sincère et comme l’avait dit Nelson Mandela un dialogue sans pré conditions. Nous comme humains ne sommes pas différents des autres nations, mais les séquelles de l’esclavage et les luttes fratricides nous tiennent en otage.

Nous ne sommes pas isolés, mais comme peuple nous existons dans un contexte géopolitique qui demande une autre approche tout au moins on peut prendre d’autres pays en exemple et ce qu’ils ont accompli au cours des années. Nous n’avons rien à inventer, mais nous devrions mettre en application ce que nous savons, nous devrions prôner un état de droits réel à long terme et non un État de droit conjoncturel qui sert nos intérêts de groupe ou de clan.

Malgré le discours creux : “changer le système” on peut changer les choses, mais pour cela, faudrait-il d’énormes sacrifices. Et par exemple, il faudrait que le Président soit plus responsable et comprenne que le pouvoir est très volatile et demande de la sagesse, de l’éthique, et surtout de la bravoure. Pour changer les choses, il faudrait que le Parlement fasse son travail qui consiste à contrôler l’action gouvernementale et légiférer ; il faudrait que la justice fasse son travail en mettant en application les lois pour enquêter, arrêter et juger ceux qui le méritent ; il faudrait que certains médias cessent de manipuler la population avec un discours partisan avec les alliés qui supportent leurs lignes éditoriales. Par-dessus tout il faudrait changer nos cœurs et nos sentiments à l’endroit des personnes qui ne partagent pas nos opinions, nos caprices, nos intérêts. Du même coup, il faudrait donner accès aux femmes dans le champ politique pour une participation active, collaborative, et saine.

 

Soeurette Michel, Esq., LL.M

MS Criminal Justice

Animateur (s)

Portrait de Anne Merline Eugene
La Mafia existe
1 année 6 mois ago
Portrait de Jacques Adler Jean Pierre
Agenda Culturel RTVC - 20 Avril 2017
2 années 6 mois ago