Budget 2018-2019: premier regard

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Budget - Nesmy Manigat

« Avec moins d’assiettes qu’en 2009, pour plus de bouches à nourrir en 2019, ce ne sont pas seulement des économistes qu’il faut au chevet de ce budget. Il faut des médecins de guerre pour amputer avec ou sans anesthésie, couper et réallouer, afin d’éviter la gangrène ».

En tout premier lieu, il y a lieu de constater que la croissance modérée du PIB à prix constant au cours de ces 20 dernières années n’a pas été suivie d’une augmentation proportionnelle des recettes publiques. Le budget de l’Etat a même chuté en dollars au cours de ces 10 dernières années, passant de 2,470,432,128 de dollars pour l’exercice 2008-2009 à 2,244,480,519 dollars en 2018-2019 correspondant aux 172,825,000,000 gourdes, tandis que la population augmente. L’instabilité politique, les désastres naturels n’ont certes

pas aidé.

Une fois de plus, le budget a été déposé avec un déficit de 58,549,995,347 milliards de gourdes dont le financement devra être assuré en partie par des dons équivalents à 28,912,483,315 de gourdes, les ressources tirées de l’annulation de la dette du FMI de l’ordre de 3,766,435,001 gourdes, un financement du Bandes / Venezuela de 11,631,031,685 gourdes et les bons du trésor à concurrence de 8,999,045,347 gourdes etc....

Si d’un côté les financements du Bandes, du FMI sont assurés, parce que déjà disponibles sur des comptes bancaires à la BNC et à la BRH, rien n’est certain pour le reste, car le décaissement des dons dépend de l’acceptation par les bailleurs des documents de projet élaborés sur la base de « plans sectoriels crédibles » et d’autres types de conditionnalité. Quant aux bons du trésor en gourdes, ils dépendront en partie de l’analyse du risque que feront les principaux intéressés. Encore faudra-t-il s’assurer également que les administrations fiscale et douanière ont la capacité et les moyens de collecter les 114 milliards de gourdes de ressources domestiques annoncées.

Il n’y a aucun doute que ces administrations peuvent et doivent faire plus contre l’évasion fiscale, la contrebande, la corruption et mieux adresser l’informalité de l’économie. Un pays qui dispose en 10 ans de moins en moins de ressources pour donner des services à chaque citoyen doit faire les sacrifices nécessaires pour éviter le pire. Le renforcement et la modernisation de ces administrations est une urgence, or peu est prévu dans le budget 2018-2019 à ce effet.

Mais les causes sont également en amont. Il est temps de revoir les missions et efficacité de nos organismes et/ou entreprises d’Etat (AAN, APN, OAVCT, ONA, OFATMA , EDH..) qui rapportent peu ou, pire, coûtent de l’argent aux citoyens. Indépendamment des autres facteurs, il est temps de revoir l’impact du modèle fiscal sur la trop faible croissance économique (le tarif douanier, les impôts sur les revenus personnels, les impôts sur le revenu des entreprises, les taxes sur la consommation des biens et services, l’impôt foncier, la fiscalité des collectivités territoriales ….). Les recettes publiques ne peuvent pas reposer autant sur les taxes à la consommation et l’imposition des revenus des particuliers ayant une trop faible capacité contributive. Le niveau des impôts sur les revenus corporatifs doit occuper une part plus importante par l’augmentation des investissements privés national et international.

Mais en attendant, compte tenu de la grande précarité de l’Etat et des citoyens, de la nature des dépenses publiques et, compte tenu également des mécanismes de financement du déficit budgétaire et ses corollaires (la dépréciation alarmante du change et l’inflation), il faut agir vite et bien. Ce ne sont pas seulement des économistes qu’il faut au chevet de ce budget 2018-2019, il faut des « médecins de guerre » pour amputer avec ou sans anesthésie en vue d'éviter la gangrène avec son lot de pauvreté, d’inégalité, d’insécurité et d’instabilité politique. Haïti n’a vraiment pas besoin de 18, voire 21 ministres. Il faudra couper partout où les dépenses ne sont pas critiques et les réallouer au budget d’investissement et aux dépenses sociales urgentes. Les leçons du passé doivent servir pour que l’efficacité de la dépense publique soit un véritable impératif.

Ce n’est que de cette façon que le citoyen à son tour comprendra mieux certains sacrifices à accepter à son tour. Ce n’est que de cette façon qu’on pourra se donner le temps et la sérénité nécessaires pour adresser les réformes politiques, sociales en profondeur.

 

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