Edifions-nous la République des flibustiers ?

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Frantz Duval dans son éditorial questionne la société

Depuis 2008, où sont les comptables ? Les comptables publics, les administrateurs, les directeurs généraux où sont-ils ? Où sont les ministres, les premiers ministres, les conseils des ministres ? Où sont les sénateurs, les députés, les chefs de l’État ? Où sont les responsables publics depuis 2008 ?
Depuis 2008, où sont les instances de contrôle et de régulation ? Où sont la cour des comptes et du contentieux administratif, l’inspection générale du ministère de l’Economie et des Finances ? Où sont l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC), l'Unité Centrale de renseignement financiers (UCREF) ? Où est la Direction générale des impôts (DGI) ?
 Depuis 2008, où est le secteur privé haïtien ? Où sont les firmes d’études, les firmes d’exécution, les firmes de supervision ? Où sont les comptables ? Où sont les auditeurs internes, les administrateurs, les directeurs généraux, les actionnaires des compagnies ? Où sont les banques ? Où sont les propriétaires des compagnies incriminées ? Où sont les associations patronales ?
 Depuis 2008, où est passée la société civile haïtienne ? Où est la Banque de la République d’Haïti (BRH) ? Où est l’Association professionnelle des banques (APB) ? Où est l'Institut des auditeurs internes d'Haïti ? Où est l’Ordre des comptables professionnels agréés d’Haïti (OCPAH) ? Où sont les ONG que la question intéresse ? 
Depuis 2008, quelle instance judiciaire a instruit une affaire de corruption ? Quel tribunal a vu passer un procès pour prévarication ? Quelle instance administrative ou pénale a connu une affaire où le souci de protéger l’argent public était au cœur des débats ? Qui a vu un voleur, un fraudeur, un concussionnaire condamnés ? Qui sait pourquoi la justice tourne toujours la tête dès qu’Haïti se fait dépouiller ? Depuis 2008, où sont les textes et les hommes de loi qui protègent la République de l’appétit de ses fils ?
Deux milliards de dollars. L’équivalent de ce que notre pays Haïti a emprunté de la fin de l’occupation américaine à 2010. Deux milliards de dollars, entre autres milliards du budget ou de l’aide internationale, ont été dépensés dans le pays entre 2008 et 2016. Deux milliards et pas une question n’a été posée par ceux qui avaient la charge de les garder, de les répartir en projets viables. Pas un mot des contrôleurs de tout acabit.
Il y a des doutes légitimes sur la manière dont l’argent à été dépensé. Il y a une insuffisance d’évidence sur les réalisations sorties de terre. Il y a des suspicions sur certains ordonnateurs, sur des comptables, sur des responsables, sur des compagnies. Il y a même des accusations les une plus graves que les autres. Il y a des questions. Il y a des dénégations. Il y a des réfutations. Il y a un peu de tout. Il y a le fardeau de la preuve qui embarrasse tout le monde. À charge et à décharge, les preuves défaillent.
Depuis 2008, qui a ordonné des enquêtes ? Qui a diligenté des contre-enquêtes ? Qui a contrôlé ? Qui a vérifié ? Qui a fait l’audit ? Qui a recommandé ? Qui a dénoncé ? Qui a cherché à faire moins mal ? Qui a tout fait pour bien faire ? Qui peut certifier qu’on ne peut rien lui reprocher ? Qui peut mettre sa main au feu pour ses clients ?
Depuis 2008, qui de l’État ? Qui du secteur privé ? Qui de la société civile ? Qui des pouvoirs judiciaire, législatif, exécutif veut d’un pays exemplaire ? Qui veut le respect des règles et des procédures ? Qui veut que l’argent du pays soit bien dépensé ?
Depuis 2008 qui s’étonne quand les contrôleurs du Parlement ou des autres instances ne font pas leur travail ? Qui ne se dérobe pas à ses responsabilités ? Qui ne fortifie pas les assisses de la gabegie ? Qui ?
La défaillance collective, avec les exceptions d’usage qui confirment le diagnostic, ou la défaillance de quelques-uns, épaulée par le silence de la grande majorité, ne dilue en rien la responsabilité des vrais coupables et c’est en ce sens que le rapport PetroCaribe, cette version ou une nouvelle mouture, doit aller au bout de son destin. 
L’interrogation n’est pas de connaître la motivation de ceux qui rédigent les accusations ou de chercher à savoir si le lucre guide ceux qui défendent les accusés. On veut savoir simplement si l’argent de PetroCaribe a été bien dépensé, qui a failli et pourquoi il n’y a pas reddition des comptes. Pour ne pas recommencer à l’infini les mêmes erreurs.
L’histoire d’Haïti a connu une période où sur cette terre des flibustiers avaient des bases. La question n’est pas de nos jours de savoir s’ils sont encore dans les parages. Ils ne sont jamais partis. Ils ont changé de visage. Le rapport PetroCaribe ou tout autre processus d’apurement des comptes, leur fait la chasse. C’est nécessaire.
Sinon, il faudra que nous nous rendions compte que nous bâtissons, lentement et sûrement, une République de la flibuste sur cette terre. Et cette fois, sans la lettre du roi qui faisait des flibustiers et corsaires des pions dans la construction d’un empire. 
Edito du Nouvelliste

Author

Frantz Duval collabore au Nouvelliste depuis 1985. Il a une grande histoire de fidélité et de passion avec Le Nouvelliste où il a occupé les postes de responsable Création et Interactivité à partir de 2002 et de responsable de la section Economique à partir de 1994. Directeur de publication de Ticket et...

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