La BRH présente son agenda monétaire pour la croissance et l’emploi

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Le faible taux de croissance économique ainsi que sa volatilité, observés depuis le début des années 80, n’ont pas permis au pays d’amorcer le décollage économique tant souhaité par les dirigeants et la population haïtienne. Haïti s’est plutôt enlisée dan

La Banque de la République d’Haïti (BRH) vient de présenter aux agents économiques son agenda monétaire pour la croissance et l’emploi. Il s’agit d’un document d’environ une centaine de pages débutant par l’avant-propos du gouverneur Jean Baden Dubois et qui se termine par des annexes mathématiques et graphiques pour les praticiens de l’économie et des sciences connexes. Ledit document, lit-on à la page 7, est un ensemble de réflexions stratégiques qui ont trouvé un premier écho dans le discours d’investiture du gouverneur le 31 août 2016. Ces réflexions, précise le gouverneur, ont été soumises à l’épreuve des statistiques résultant de l’exécution du cadre macroéconomique des quatre dernières décennies avant de prendre corps dans cet ouvrage que l’on peut considérer comme un cadre d’opérationnalisation de la vision de l’actuel conseil d’administration de la BRH. Ce conseil dit ne pas se contenter d’une simple posture de maintien de la stabilité des prix mais se propose d’apporter une contribution plus active (à travers la politique monétaire) à la réalisation d’une politique de croissance économique viable. 
Le faible taux de croissance économique ainsi que sa volatilité, observés depuis le début des années 80, n’ont pas permis au pays d’amorcer le décollage économique tant souhaité par les dirigeants et la population haïtienne. Haïti s’est plutôt enlisée dans une trappe de faible croissance qui contribue à perpétuer son sous-développement économique et social. Sortir de cette trappe nécessitera des politiques économiques, monétaires et fiscales, novatrices et cohérentes. Malheureusement, cette trappe s’est autoentretenue par une conjonction d’handicaps à la fois structurels et conjoncturels dont les principaux reflets sont le déséquilibre budgétaire (souvent financé par la banque centrale) et le déficit persistant du compte courant de la balance des paiements. Ces déséquilibres ont conduit à l’effondrement de la parité fixe à la fin des années 80 et ont ouvert la voie aux programmes de stabilisation macroéconomique conclus avec le Fond monétaire international (FMI). Pour des raisons diverses, ces programmes n’ont pas donné les résultats escomptés. 
Le présent conseil d’administration de la BRH dit croire en la nécessité d’une nouvelle approche qui met l’accent sur les secteurs productifs, à fort potentiel de valeur ajoutée et à effets multiplicateurs. C’est l’investissement dans ces secteurs qui permettra de sortir de la trappe de faible croissance et le creusement des déséquilibres macroéconomiques. Ces derniers ont eu pour conséquences d’orienter l’effort des politiques publiques essentiellement vers la stabilisation au grand dam de la croissance économique durable. 
En quoi peut alors consister une nouvelle approche pro-croissance de la BRH?  Le gouverneur Dubois prévient qu’il ne s’agit pas de revenir aux politiques dirigistes d’avant les années 80. Pas plus qu’il ne faut pas perdre de vue la mission fondamentale de la banque des banques d’assurer la stabilité des prix. L’actuel conseil d’administration souhaite de préférence tirer les leçons du passé économique récent afin de placer la croissance économique au centre du débat national. Il compte utiliser tous les moyens à la disposition de la BRH afin de placer l’économie sur un sentier de croissance soutenue et inclusive. L’agenda monétaire pour la croissance et l’emploi est le premier d’une série de documents devant servir à concrétiser et à structurer cette réflexion. 
La BRH admet qu’elle ne peut apporter, à elle seule, une réponse efficace à la trappe de faible croissance observée dans l’économie nationale durant les 40 dernières années. Il faudra une forte implication et coordination des différentes institutions chargées de mettre en œuvre la politique économique. Il exigera également un minimum de consensus au sein de la population sur les grands objectifs à atteindre. 
Le document est divisé en quatre parties. La première, un peu trop courte, introduit le cadre d’analyse de la problématique de la croissance en Haïti. La deuxième pose cette problématique en analysant son évolution au cours des cinq dernières décennies. La troisième partie analyse des programmes économiques et financiers appliqués en Haïti au cours de cette période en mettant en exergue les principales retombées sur la croissance économique. La quatrième et dernière partie traite des contours d’une politique monétaire pro-croissance. Il s’agit de thématiques d’extrême importance qui méritent l’attention de tous les acteurs de la vie nationale. 
En ce qui a trait aux faits stylisés, Haïti demeure l’un des rares pays qui, sans être en situation de guerre, se retrouve sur un sentier de croissance quasi nul sur une période de plus de 30 ans. Parallèlement, la croissance démographique a quasiment explosé durant la même période. Cette inadéquation entre la croissance économique et la croissance démographique se trouve à l’origine de beaucoup de dysfonctionnements à tous les niveaux de l’économie nationale. Seule la période allant 1971 à 1980 a été marquée par une forte croissance économique au cours des cinq dernières décennies. 
Durant cette période, on a enregistré une augmentation significative de la valeur des exportations de produits agricoles, la mise en chantier de grands travaux d’infrastructures routières et le développement d’un embryon d’industrie d’assemblage. 
Il s’agit là de trois secteurs productifs qui avaient soutenu la croissance économique des années 70 et qui peuvent servir de base à la réflexion sur la nouvelle approche de la BRH. Demeurent-ils encore des secteurs productifs ? Quels sont les nouveaux secteurs porteurs? Il importe de rappeler que la contribution de l’agriculture au produit intérieur brut (PIB) est passée de 48.4 % en 1955-1969 à environ 22 %  en 2016. 
Le document prend des positions très claires sur certaines politiques appliquées en Haïti et à la BRH durant la période à l’étude. Par exemple, à la page 31, on lit : « Le financement monétaire du développement a été une recette pour la catastrophe parce que tardif et en porte à faux avec le nouveau paradigme ambiant. » Il identifie également les facteurs qui expliquent la persistance du trop faible sentier de croissance en Haïti. Ces facteurs sont d’ordre interne c’est-à-dire inhérents au système socioéconomique et à l’idiosyncrasie haïtienne et d’origine externe prenant la forme de chocs exogènes provenant de l’économie mondiale.  
Les paramètres essentiels de la première catégorie sont la dynamique démographique et les crises d’alternance politique. Un agenda efficace pour la croissance et l’emploi doit nécessairement  tenir compte de ces facteurs. Les politiques économiques des 50 dernières années font ressentir deux vides majeurs: i) l’absence d’objectifs explicites de création d’emplois découlant de stratégies de croissance sectorielle et globale; ii) l’absence de politique démographique dans les plans de croissance et de développement économiques. Parallèlement, les auteurs analysent quelques-uns des programmes économiques financiers mis en œuvre durant cette période. On note par exemple les programmes de stabilisation macroéconomique, d’assistance post-conflit et de relance économique.
Concernant les contours d’une politique monétaire pro-croissance, la BRH souligne le nécessaire arbitrage entre une politique monétaire pro-croissance et la promotion d’un environnement financier stable et intégré. En fait, l’adoption d’une politique de soutien à la croissance fait craindre le danger inflationniste inhérent à un relâchement des conditions monétaires. Dans un environnement de faible productivité et de déficit institutionnel marqué, lit-on à la page 57, les conjonctures de crise ont une emprise plus forte et plus durable sur la formation des anticipations. De plus, en présence d’épisodes récurrents de marasme économique et de déséquilibres persistants des fondamentaux macroéconomiques, cette situation alimente l’emballement des marchés monétaires, ce qui crée l’asymétrie d’un taux de change continuellement orienté à la hausse. 
Ce n’est qu’un exemple de conséquences négatives que peut engendrer la mise en œuvre par la banque centrale d’une politique monétaire pro-croissance. Évidemment, la croissance économique viable demeure un passage obligé pour le décollage économique national. La question des voies et moyens nécessaires à l’exécution des telles politiques devient une préoccupation cruciale. C’est pourquoi la BRH dit vouloir œuvrer à l’optimisation de son cadre actuel d’intervention en envisageant notamment des mesures de soutien à la production nationale.    
Le cadre d’analyse de la problématique de la croissance gagnerait à être approfondi dans le deuxième volume. Sa lecture laisse le lecteur sur sa soif. Il devra poser en des termes très clairs le problème du financement de la croissance en Haïti, notamment le financement des secteurs productifs. Il faudra examiner également le problème de la modernisation de ces secteurs, en ce qui a trait notamment à l’appropriation du progrès technologique. Deux autres enjeux majeurs méritent d’être étudiés : l’efficacité du cadre institutionnel et légal. Et sur chacun de ces domaines, la politique monétaire de la BRH doit prévoir des incitatifs innovateurs. 
Bien entendu, il ne s’agit que du premier volume de l’agenda monétaire. Il y en aura probablement d’autres qui aborderont ces thématiques. D’ici là, la BRH espère que ce premier volume suscitera réflexions, débats et décisions appropriées de la part des différents agents économiques. 
Source le nouvelliste

Author
Détenteur d’un doctorat en sciences économiques de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) en rédigeant une thèse sur l’épargne et la littératie financière des ménages au Canada, Thomas Lalime est spécialisé en microéconomie, économie du développement, évaluation de projets et en micro-économétrie. Il a...

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