Qu’avons-nous fait, 211 ans après, de l’idéal dessalinien ?

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 A l’occasion de la commémoration des 211 ans de la mort de l’empereur, Jean-Jacques Dessalines, le père-fondateur de la nation et de l’Etat haïtiens, Forum semble se joindre aux manifestations d’hommage à cet illustre héros. Dans ce cadre, Wesner Emmanuel (enseignant et auteur de nombreux manuels d’histoire pour le cours secondaire) et Jean Marie Hardy Pierre (enseignant de grammaire) ont été invités le samedi 14 octobre à débattre des 211 ans de la mort de Dessalines et de ses idéaux aujourd’hui. 
Où en sommes-nous 211 ans après l’assassinat du père-fondateur par rapport à ses idéaux ? Une question fondamentale qui invite aux réflexions, à la critique de l’héritage qu’on fait de la vision, du rêve de Dessalines. Ce génie et stratège militaire, ce visionnaire incontestable, ce rassembleur des forces vives de la société saint-dominguoise, ce père de notre indépendance nationale. Des attributs élogieux à la hauteur de ses actions, de son rêve, de son idéal, de sa vision, et qui lui ont permis de se distinguer de ses compagnons de combat, de lutte ou de misères, comme dirait Léo Ferré.  
C’est, de l’avis de Wesner Emmanuel, cette vision qui a valu à Dessalines l’adhésion des masses aux batailles pour l’indépendance. L’idéal dessalinien est caractérisé par la volonté pour nous d’être et de demeurer souverain. Il traduit l’indépendance totale. En tant que fondateur et créateur de l’Etat haïtien, Dessalines a marqué son passage par des actions concrètes, dont la création des institutions républicaines.    
Dans une approche très critique, Jean Marie Hardy Pierre remet en question ce que nous avons fait de l’héritage dessalinien, de ce qu’il rêvait pour ce pays. A l’en croire, on en est 211 ans après – par rapport à ses idéaux – à des problèmes sociaux cruciaux loin d’être résolus – telle la réforme agraire –, à l’irrespect des droits sociaux, à l’éducation, à la culture. On n’a tiré aucune leçon de notre passé historique, de l’idéal dessalinien, souligne Jean Marie Hardy Pierre qui veut faire fi des anecdotes mais poser les vrais problèmes du pays. Il a voulu en outre faire remarquer un fait important selon lequel les masses n’ont pas participé à la construction du pays, étant écartées par les élites et les dirigeants d’alors. 
Réagissant à la question sur les Constitutions reflétant l’idéal dessalinien, Jean Marie Hardy Pierre s’est montré catégorique : on n’en est pas encore à la Constitution qui traduise cet idéal. Elle n’est pas encore écrite ! Pour lui, l’idéal dessalinien n’est pas encore accompli. Contrairement à Wesner Emmanuel pour qui la Constitution de 1987 semble traduire l’idéal du père-fondateur. 
L’émission Forum apparaît comme étant un hommage à l’empereur Jean-Jacques Dessalines dont le gouvernement haïtien commémore les 211 ans de l’assassinant, à travers un ensemble d’activités parmi lesquelles des conférences-débats, des causeries, des réflexions dans les écoles, les médias, et une grande veillée patriotique au Champ de Mars ce lundi 16 octobre.  
Il s’agit des activités commémoratives qui interviennent dans un contexte de déchirements sociaux et politiques, de pourrissement sociétal, et dans un moment où se trouvent en piteux état les monuments historiques, les infrastructures, des symboles d’hommage au père-fondateur. En témoignent le boulevard Jean-Jacques Dessalines, le monument Pont-Rouge, la place portant son nom au Champ de Mars. Qui pis  est, sa tombe près des ruines de l’église Sainte Anne ! Ce qu’il y a encore de plus fâcheux : la place de l’Autel de la Patrie, une savane déserte où poussent des herbes sauvages et des arbustes, après qu’elle a été abandonnée par des sinistrés du séisme de janvier 2010 qui l’avaient squattée pendant environ deux ans. Et bien d’autres encore qu’on n’en finirait de citer, qui sont soit vandalisés, soit désacralisés, soit détruits, soit endommagés ou laissés dans l’indifférence totale. 
Chenald Augustin 

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une passion pour l'écriture
Journaliste de formation et de profession, Chenald Augustin a travaillé pendant sept ans au journal Le Matin où il était rédacteur au service culture. En juin 2010, il est entré au journal Le Nouvelliste, le pus ancien journal d’Haïti, pour le laisser deux ans plus tard....

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