Jovenel Moïse à l'écoute

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Le président Jovenel Moïse, après les faux pas, les maladresses et quelques déclarations à l’emporte-pièce ayant apporté de l’eau au moulin de la contestation contre le budget 2017-2018, paraît être moins irrévérencieux ces jours-ci. Peut-être dans un souci de lisser son image, le chef de l’État ne qualifie plus de corrompus ceux qui dénoncent cette loi de finances. Il est descendu de son petit piédestal pour écouter, pour discuter, pour exposer sa vision. 
Il s’est entretenu avec la centenaire Odette Roy Fombrum, fatiguée du « Je, Moi » présidentiel, loin du « Nous Haïtiens ». Il a également discuté avec le pasteur Sylvain Exantus, représentant de la Fédération protestante d’Haïti. Le récit fait de ces rencontres par les interlocuteurs du président sont pour le moins élogieux. Tant mieux pour Jovenel Moïse qui, sur le plan de la communication politique, a marqué des points.
Pour le mieux, « Nèg Bannann nan » a aussi compris ou on le lui a fait comprendre qu’il ne devait pas être le conducteur du train qui passe sur les entrailles des contestataires mais celui qui, dans le dialogue, doit faire de son mieux pour que le plus de monde possible monte à bord. Ne pas changer de cap, au regard de la manifestation violente du 12 septembre dernier, aurait été risqué pour lui mais surtout pour les hommes d’affaires qui ont fait plus que le financer. Ils se sont affichés avec lui et ont exposé leurs entreprises aux débordements pulsionnels ou opérations de casse planifiées. 
Entre-temps, l'échec du dernier appel à la grève, l’essoufflement des manifestations- tuées dans l’œuf certaines fois- représentent un bol d’air pour le président Jovenel Moïse. Pour lui aussi, le Core Group, un regroupement d’ambassadeurs accrédités en Haïti, est revenu au devant de la scène. La photo des diplomates avec le chef de l’État, sans aucun doute, constitue un appui important par ces temps où l’aile dure de l’opposition politique (Fanmi Lavalas et Pitit Dessalines) -quelque peu affaiblie- ne jure que par le « rache manyòk ». 
Cependant, cet appui, si important soit-il, signe l’échec de l’approche politique des huit premiers mois de l’ère Jovenel Moïse. Il a fallu cette surchauffe de la rue et le regard à la fois bienveillant et accusateur des « tuteurs blancs » du Core Group pour que le président donne corps à ce qui a pourtant été l’une de ses premières promesses le 7 février 2017 : la tenue des états généraux sectoriels de la nation pour instaurer un dialogue permanent entre les Haïtiens. La rencontre sur le renforcement et le financement des partis politiques s’inscrit dans ce cadre.
Le président Jovenel Moïse, comme d’autres chefs d'État avant lui, joue l’apaisement, tend la carotte, coupe progressivement l’oxygène qui alimente le feu de la rue, tenue par Fanmi Lavalas et Pitit Dessalines. Il casque, paie cash l’échec politique de son début de mandat. Parce que les nouvelles alliances à construire auront forcément un prix, un remaniement ministériel et d’autres avantages à d’autres Tèt Kale et des non Tèt Kale ne provoquerait aucune surprise. Sur le terrain, des acteurs politiques, à cause de la peur de Lavalas, à cause de contentieux non vidés avec Lavalas, n’iront jamais vers la tabula rasa.
 Sans aucun doute, le tâtonnement, l’inexpérience politique de Jovenel Moïse a mis à mal la paix sociale ces derniers temps. Cela a peut-être eu aussi un coût en espèces sonnantes et trébuchantes pour mobiliser certains et démobiliser d’autres. C’est la petite histoire. C’est anecdotique ici où des pêcheurs en eau trouble de tous bords font leur beurre, comme si chaque crise politique est porteuse de profit dans ce grand marché de dupes. Si pour certains il faut payer le prix pour avoir cette pseudopaix sociale ou une explosion sociale différée, d’autres, portés par une sainte et légitime colère, déplorent ces pratiques de « gran manjè ».  
Cela dit, pour le président Jovenel Moïse, le plus dur est peut-être à venir. Il devra accueillir plus de convives alors que le gâteau du pouvoir est rachitique. Sans le dire, Jovenel Moïse prend un pari risqué. À cause de l’appétit de beaucoup de parlementaires, de celui de potentiels nouveaux arrivants alors que l’administration Moïse ne pourra pas augmenter par exemple le prix de l’essence à la pompe pour rentrer les 11 milliards de gourdes prévues dans le budget. 
Ces temps-ci, annoncer une augmentation du prix de l’essence à la pompe, ne serait- ce que d’une gourde, pourrait ébranler l’assise du président Jovenel Moïse. Sans le crier sur tous les toits, le déficit budgétaire serait un moindre mal. Mais, cela ne colle pas aux promesses de faire du cash management, de ne pas recourir au financement monétaire de la BRH. Creuser le déficit budgétaire, payer les 14 milliards de gourdes du service de la dette, avoir des investissements publics limités, s’exposer sur l’exercice en cours à un retour de la nervosité sur le marché des changes impliquant probablement une nouvelle cadence de dépréciation de la gourde et une augmentation de l’inflation déjà à deux chiffres n’augurent rien de facile. D’autant que PetroCaribe s'est reduit en une peau de chagrin et que l’aide publique au développement a diminué.
Les perspectives ne sont pas rayonnantes pour le pays. Le président Jovenel Moïse devrait le savoir afin de faire preuve d’intelligence politique pour préserver le pays des crises évitables. Cette fois, alors qu’il n’y a aucun signe d’un changement des fondamentaux de l’économie pour sortir le peuple de la misère crasse, il ne serait pas inutile d’encourager, à défaut d’un pacte de non-agression, un vrai dialogue entre les puissants acteurs économiques. Leurs affrontements par secteurs politiques interposés pour avoir des rentes, des parts de marchés juteux ont des conséquences sur la paix sociale. Ouverture, équité, compétition, respect des lois du marché devront avoir un sens, une essence pour supplanter les pratiques de renforcement de monopole, d’oligopole, de favoritisme en échange de services rendus.
Dans ce pays pauvre où il faudra inventer une nouvelle intelligence pour vivre ensemble, sans cette répugnante inégalité socioéconomique, le président Jovenel Moïse doit rassurer ceux qui voient dans le Conseil électoral permanent un instrument pour voler des élections et l’armée d’Haïti l’instrument de répression pour garantir un ordre qui, déjà, est dans un état d’effondrement avancé…
Roberson Alphonse source le nouvelliste

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