La baraka du président Moïse

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Jovenel Moïse a la baraka. La baraka, cette chance insolente qui sourit aux chercheurs d’or, aux joueurs, est avec lui. 
Depuis qu’il a été choisi par le président Michel Martelly pour devenir le candidat unique de sa famille politique, tout réussit à Jovenel Moïse. Même quand les circonstances, les adversaires, les adversités lui indiquaient de prendre une route contraire, il a su garder le cap. Ni les élections renvoyées, ni le départ de Martelly du pouvoir, ni la commission de vérification, ni l’action des autres candidats, rien n’a pu l’arrêter. Jovenel Moïse est devenu président élu d’Haïti comme l’opération du Saint-Esprit avait permis à la Sainte Vierge Marie d’enfanter.
Dans un pays comme Haïti, comme d’autres avant lui, Jovenel Moïse doit se croire prédestiné, surdoué, chef suprême et effectif des Haïtiens, celui à qui tout le monde doit vouer reconnaissance et prépondérance. Cela est une habitude dans notre pays, les présidents se voient en potentats omniscients de fait ou de force. Leur parole se fait chair, pensent-ils tous. Leur entourage évite de faire luire la vérité pour ne pas créer de l’ombre à leur légende. Une place au premier cercle est si chère, pourquoi la fragiliser en mécontentant le prince du jour.
Le retour sur terre est souvent pénible. Ceux qui conseillent à nos chefs d’acheter des chevaux fringants en temps de pluie sont rarement là pour les aider à les nourrir en période de sécheresse, quand leurs montures se métamorphosent en vieilles haridelles.
La crise du budget, les premières manifestations, la grève de lundi rentrent dans la catégorie des juments têtues que l’on doit amener boire en temps de sécheresse. La tâche est ardue et les amis rares. Sur la route, il n’y a ni conseil ni âme serviable pour aider dans l’abattage de l’ingrat labeur.
Ce lundi, l’appel à la grève a connu un succès inespéré, sans le rouge des barricades, sans le noir des pneus qui brûlent. Port-au-Prince et sa grande région ont vécu la journée avec des rues blanches. La couleur de la peur, disent certains, la rançon de l’indifférence présidentielle aux revendications, pensent d’autres. Dans un cas comme dans l’autre, le président Jovenel Moïse devra tirer des conclusions.
Les chauffeurs et les motocyclistes qui ont permis la réussite de la grève ont une dent contre le gouvernement et le budget. En mai dernier, lors de l’augmentation des prix des carburants, l’État haïtien avait fait de pharaoniques promesses aux syndicats.  « L'État haïtien n'a pas respecté les engagements pris lors de l'ajustement à la hausse des prix de l'essence en mai dernier », a dénoncé Méhu Changeux, représentant de 28 syndicats, lundi matin sur les ondes de Magik 9.
Autres motifs dans le budget, le coût du permis de conduire augmente, celui des contraventions aussi. Il est requis le paiement de l’impôt sur le revenu pour ceux qui veulent exercer ou exercent comme chauffeur (moto et auto). 
Le secteur des transports qui a porté la grève de lundi attire toutes les attentions du fisc dans le prochain budget sans que les promesses anciennes aient été tenues ni les nouvelles annoncées. Cela a servi de carburant à la contestation. 
Décidément, on peut le dire, le succès relatif de la grève de ce lundi est dû grandement à un déficit de confiance dans la parole de l'État haïtien et à cause des confusions autour du budget, ce sans lui enlever d’autres incitations -sonnantes et trébuchantes peut-être-, toujours présentes dans ce genre de mouvement, somme toute, hautement politique.
Le mois de septembre est celui de la réouverture des classes. Du 4 au 18 septembre, cela fait 11 jours ouvrables. Les enfants de la région métropolitaine en ont déjà perdu 4. Depuis dimanche, le président de la République est aux Etats-Unis pour participer aux rencontres en marge de la tenue de la 72e Assemblée générale des Nations unies et pour prendre la parole devant ses pairs. Du 20 au 22 septembre se tiennent à Port-au-Prince les Etats Généraux de l’Investissement 2017. Un forum sur les « Actions pour la Compétitivité, le Développement des Entreprises et de l’Investissement ». L’école, l’ONU, l’investissement, autant de thèmes qui sont pollués par les manifestations et la grève. C’est le moment de se demander: qu'est-ce qui coûtera plus cher: le président écoute, lâche du lest, passe les turbulences ou le gouvernement investit pour casser la contestation au risque d’abîmer encore plus l'image du pays ?
Jovenel Moïse a la baraka. Il le mérite, sans doute. Il a travaillé pour cela, assurément. Il faut qu’il continue de saisir que la route est longue et qu’il doit faire de son mieux pour ne pas heurter ses mandants, qui ne sont plus ceux – une majorité dans la minorité qui ont été aux élections – qui ont voté pour lui, mais l’ensemble des Haïtiens qui ne demandent qu’à comprendre toutes ses actions et à le voir écouter toutes leurs revendications.  
Frantz Duval Editorial du Nouvelliste

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Frantz Duval collabore au Nouvelliste depuis 1985. Il a une grande histoire de fidélité et de passion avec Le Nouvelliste où il a occupé les postes de responsable Création et Interactivité à partir de 2002 et de responsable de la section Economique à partir de 1994. Directeur de publication de Ticket et...

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