Lettre à mon ami Henri Cayard

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Mon cher Henri,
J'ai beau me retenir, je ne peux m'empêcher cependant d'exprimer mon profond désaccord avec le contenu de ton texte et bien sûr le message subliminal qu'il véhicule. Tu as fait, à mon avis, un lamentable amalgame entre «autoflagellation» et le fait que certains aient exprimé leur indignation (non pas le simple rejet de ce qui révolte mais la tentative de le comprendre).  
Le «nationalisme de carte postale» a toujours séduit les élites haïtiennes. «Nous avons de belles plages et de jolies femmes», disent-elles. Ce nationalisme n'est pas cher et il n'engage personne. 
Par-delà sa beauté, en quoi donc la visite de Miss Univers peut changer les conditions d'existence des Capois et des Capoises ? Nul ne saurait mettre en doute l'immense talent et la qualité de l'oeuvre de Raoul Peck. Celle-ci cependant n'est pas le fruit du cadre de production ou de pratiques culturelles haïtiennes.  De plus, l'ensemble de son oeuvre a été un cri d'indignation au nom des déshérités et des laissés-pour-compte. 
Les faiblesses de langage ou les déficits académiques de certains de nos parlementaires  n'auraient nullement attiré l'attention si, par ailleurs, ils avaient été un modèle de vertu. Encore une fois, ce comportement apparemment méchant à leur endroit était davantage une expression d'indignation, la raillerie n'en a été que l'instrument.
Mon cher Henri, les gens qui partageaint les photos ne faisaient pas de l'autoflagellation. Ils ne faisaient qu'exprimer leur indignation. Certes, les nationalistes de carte postale sont plus gênés lorsqu'on expose ce genre de photos que par la publication de la mortalité infantile ou le nombre de personnels soignants par habitant. Ils n'aiment pas qu'on les assimile à ces Haïtiens qui «salissent l'image du pays», entendez les «boat people», les coupeurs de canne, ceux qui vont au Chili ou au Brésil, etc.  Ils s'accomodent cependant en toute aise de la présence en leur sein de corrompus, de trafiquants ou de celle d'un Premier ministre qui profite du désarroi des victimes de l'ouragan Sandy pour détourner plus de 125 millions de dollars US.
De plus, mon cher Henri, comment oses-tu condamner à l'exil ceux-là qui s'indignent et s'opposent? Je sais que sommeille encore en nous un petit nain fasciste qui agite une certaine nostalgie des temps de la dictature.  De grâce, Henri, ne réveille pas le tien.
Enfin, tu évoques, au nombre des belles choses, «les efforts du gouvernement pour relancer l'agriculture» en allusion à la caravane de M. Moïse.  Il s'agit, bien sûr, d'une perception toute particulière de la beauté.  M. Moïse lui-même n'oserait pas une telle témérité. Je crois que tu te fais seulement le porte-parole de tes propres intérêts politiques. Je ne pense pas pouvoir déterminer la pertinence et l'utilité de la tapageuse  démarche de M. Moïse dans cet espace. On peut toutefois se poser quelques questions. 
Aurais-tu la sincère ingénuité de croire que l'effondrement de notre production nationale est due simplement à la détérioration de nos infrastructures?
Ignores-tu l'impact des politiques d'ajustement  structurel sur les économies périphériques?
Penses-tu vraiment que la relance de la production peut être conçue en dehors de politiques publiques clairement définies?
Je voudrais terminer en te disant, Henri, que les peuples ont toujours avancé à travers leur indignation et leur colère. Crier sa douleur, ce n'est pas «exhiber le moignon d'un membre amputé». C'est plutôt un rappel, c'est surtout un appel.
Dr Jean Hénold Buteau source le nouvelliste En Réponse à Henri Cayard Un sport nouveau sous la toile

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