Les grandes dates de l’histoire diplomatique d’Haïti de la période fondatrice à nos jours, un texte à proposer à l’enseignement de l’Histoire d’Haïti.

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J’ai lu en trois nuits le dernier ouvrage de Weibert ARTHUS ayant pour titre « Les grandes dates de l’histoire diplomatique d’Haïti de la période fondatrice à nos jours». J’en suis sorti joyeux. C’est un travail colossal. Un texte bien fabriqué, riche en documentations. 
Publié chez L’Harmattan le 15 février 2017, ce texte de 245 pages sur les dates importantes de l'histoire des relations internationales de la République d'Haïti s’adresse aux étudiants, chercheurs, diplomates, hommes ou femmes politiques. Ce livre restitue, dans un cadre scientifique, le processus évolutif de la diplomatie haïtienne en vue d’en proposer une meilleure compréhension. Il répond à un double besoin : celui, d’abord, d’ajouter à l’historiographie haïtienne un document qui équipera la génération présente d'instruments apportant un éclairage objectif sur l’insertion et la marche de notre pays dans le système international ;  celui, ensuite, d’encourager les professeurs d’histoire d’Haïti, les chercheurs, les politiciens à combler un vide patent de notre système universitaire, l’histoire des relations internationales d’Haïti étant absente du curriculum, même dans nos départements d’histoire. 
Dans l’ensemble, la riche et turbulente histoire nationale de notre pays laisse peu de place à une prise en compte du volet international. Or, la relation de cause à effet entre politique nationale et politique extérieure d’Haïti n’est plus à démontrer. En effet, la terre d’Haïti telle que nous la connaissons a été engendrée, façonnée et rythmée par les relations internationales : de sa découverte par Christophe Colomb à la longue présence des soldats onusiens sur son sol, en passant par la colonisation, la traite négrière et l’esclavage, la portée internationale de son indépendance, la position géostratégique de son territoire, sa participation dans le processus de décolonisation de l’Amérique du Sud, le partage obligé de l’île, l’exil de ses chefs d’État, l’intrusion des étrangers dans sa politique intérieure, la dépendance de son budget de l’aide extérieure, la forte migration de ses ressortissants, les positions homériques de son appareil diplomatique. Cependant, il manquait une production scientifique englobant les différents événements de l’histoire des relations internationales d’Haïti. D’où le bien-fondé du texte de Weibert qui ne doit pas se réduire à une simple chronologie des deux siècles d’interaction entre Haïti en tant que nation indépendante et le monde. 
Il faut souligner que tous les faits et dates de l’histoire diplomatique d’Haïti ne sont pas présentés dans le livre. Selon l’auteur, les événements traités sont choisis en fonction de leur importance ou de leur singularité dans l’histoire globale d’Haïti. Chaque fait traité est mis en contexte avec, en conclusion, une liste d’ouvrages, d’articles de presse ou de revues scientifiques qui permettront d’approfondir le sujet et qui témoignent aussi de tant de documentations. 
Les faits mémorables de l’histoire des relations extérieures de la République d’Haïti méritent d’être vulgarisés et racontés. Mais, il ne faut surtout pas laisser aux autres la tâche de raconter notre histoire à notre place et selon leur convenance. Haïti a une histoire si riche et si belle. Cette histoire, on doit la lire, la relire et la partager aussi avec les enfants et les jeunes du pays. Peut-être que notre passé nous fait beaucoup plus rêver que notre présent. Une chose est certaine : notre passé nous montre que nous pouvons avoir un meilleur futur. Il faut donc une cohorte d’historiens pour faire l’effort de rendre les recherches historiques accessibles et utiles au grand public afin de bâtir l’avenir. 
L’histoire diplomatique d’Haïti doit être enseignée à tous les niveaux afin de raviver notre fierté de peuple et notre utopie de résistance. Nos ancêtres ont fait 1804 dans des conditions si difficiles, mais dans l’unité et dans le sens de la résistance. Notre indépendance, nos forteresses particulièrement la Citadelle et notre générosité aux autres pays du monde n’ont été possibles parce que nos aïeux ont pu rêver au-delà de l’acceptable. Si nous étudions minutieusement leurs actions, nous pouvons nous en inspirer pour préparer un lendemain meilleur. Et, puisque notre histoire ne se limite pas à 1804, il faut aussi apprendre de nos forces et faiblesses depuis la période fondatrice jusqu’à nos jours. Par ailleurs, il ne faut pas limiter l’écriture et l’enseignement de l’histoire à l’histoire politique. Weibert ARTHUS, pour sa part, est intéressé à l’histoire diplomatique et des relations internationales d’Haïti. Mais, il faut une masse critique pour creuser l’histoire économique, l’histoire des idées, l’histoire religieuse, l’histoire des institutions, l’histoire de notre littérature que ce soit en français ou en créole, etc. 
Le livre de Weibert ARTHUS nous invite à être fiers de ce pays, à comprendre d’où nous sommes venus, ce que nous sommes et mieux apprécier ce que les pères fondateurs nous ont légués en héritage. Ce dernier est aussi fait de moments très sombres. Il faut enseigner ces moments pour que la génération présente évite les erreurs du passé et les mauvais choix. Nous devons moderniser notre façon de rédiger les manuels scolaires consacrés à l’enseignement de l’histoire avec des images, des tableaux, etc. Il serait également intéressant d’enrichir cet enseignement en classes par des visites des sites historiques. Ce n’est pas normal que l’étudiant haïtien ignore quelle direction prendre pour aller au Pont Rouge, à Fort Ogé, ou encore dans le péristyle de Dessalines. Il est tellement plus beau de voir la citadelle que de l’étudier uniquement dans les textes. Il y a aussi certains faits importants de notre histoire que nous connaissons très peu ou très mal. Nos relations historiques avec la République dominicaine, par exemple, sont très peu connues. Il y a donc un manque sérieux dans l’enseignement et la recherche en histoire d’Haïti. Combien d’étudiants haïtiens lisent « Ti dife boule sou listwa d Ayiti » (Michel Rolph Trouillot) ? Il faut ouvrir les archives tant publiques que privées aux étudiants, aux chercheurs. Il faut faciliter l’accès aux documents historiques. Il faut aussi des aides à la recherche historique. Y a-t-il un fonds dédié à la recherche? Combien d’étudiants haïtiens savent pourquoi la France nous a-t-elle exigés de payer pour notre indépendance 150 millions de francs ? Comme si le sang des esclaves et la bravoure dont ils ont fait montre sur les champs de bataille n’ont pas suffi à combler la rançon de la guerre. Il faut rappeler que, selon une ordonnance du roi français Charles X, qu’Haïti versât « à la caisse fédérale des dépôts et consignations de France, en cinq termes égaux, d’année en année, le premier échéant au 31 décembre 1825, la somme de cent cinquante millions de francs, destinée à dédommager les anciens colons qui réclameront une indemnité » (art. 2). Et, comme s’il s’adressait à ses sujets et non à un peuple libre, Charles X a spécifié à l’article 1er de son ordonnance : « les ports de la partie française de Saint-Joseph Domingue seront ouverts au commerce de toutes les nations. Les droits perçus dans ces ports, soit sur les navires, soit sur les marchandises, tant à l’entrée qu’à la sortie, seront égaux et uniformes pour tous les pavillons, excepté le pavillon français, en faveur duquel les droits seront réduits de moitié »
Du lieu historique, ARTHUS croit que l’enseignement de l’histoire nationale dans la langue de l’ancienne métropole ne pose pas problème. Car, la langue française, que nos ancêtres utilisaient, n’ont pas empêché l’écriture de notre Acte de l’indépendance et de nos Constitutions fondatrices dans un souci de souveraineté par rapport à la France. Même si l’absence de la langue maternelle dans l’enseignement peut influer négativement sur la promotion de la culture et des valeurs nationales, nous sommes d’avis que l’obstacle majeur est que malheureusement l’éducation dans ce pays a toujours été un luxe. Depuis l’indépendance jusqu’à nos jours, l’éducation haïtienne fait face à des grands défis. Il y a, d’abord, un problème d’accessibilité de l’offre scolaire. Il y a, ensuite, un problème de qualité de l’éducation qui est lié à l’environnement scolaire, à la pédagogie et à la formation des maitres. L’éducation ne fait pas partie des priorités de l’état Haïtien. Pardonnez cette phrase si toutefois cela dérange. 
Tout compte fait, le texte de Weibert ARTHUS « Les grandes dates de l’histoire diplomatique d’Haïti de la période fondatrice à nos jours » peut être déjà considéré comme un classique dans le domaine de l’histoire diplomatique en Haïti. Qu’il soit pour nos historiens ce qu’est pour nos romanciers « Gouverneurs de la rosée » de Jacques Roumain!
Jacques Adler Jean Pierre
Bòs Madichon.

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