Des urgences permanentes

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À 55 kilomètres, au large de Môle-St-Nicolas, un séisme de 4.4 sur l’échelle de Richter s’est produit il y a deux semaines. L’information est passée comme une lettre à la poste. Le temps du sursis sismique s’étire avant la rupture, à n’importe quel moment, d’un segment de la faille septentrionale, de celles sous les pieds des Port-au-Princiens ou de la faille Enriquillo qui longe le morne L’Hôpital, traverse la région des Palmes, jusqu’à Tiburon, au Sud d’Haïti. Le pays, peuplé de résignés mais pas assez d’indignés agissants, regarde ailleurs, brûle ses jours. Dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, où la vie se moque de la mort dans un défi permanent à la logique, au bon sens, il y a d’autres menaces, moins cataclysmiques qu’un séisme, qu’on fait semblant d’ignorer. 
Le réseau vétuste de l’EDH, véritable menace à la sécurité publique, n’est considéré comme tel que quand un transformateur ou un câble électrique est à l’origine d’un incendie qui lève le voile sur notre dénuement, la précarité de nos services d’urgence. Ce n’est pas seulement les services d’incendie qui manquent à nos villes. Il n’y a pas assez d’hôpitaux spécialisés pour prendre en charge un nombre important de grands brûlés. L'hôpital de l'Université d'Etat d'Haïti (HUEH) est en grève presqu'en permanence. Dans nos centres hospitaliers, il y a des interventions chirurgicales urgentes différées parce qu’on ne trouve pas de sang. D'ailleurs, le centre de transfusion sanguine de la Croix-Rouge haïtienne fonctionne au ralenti cette semaine à cause du dysfonctionnement d'un des automates servant à la purification du sang des donneurs. La police routière, quasi inexistante, laisse le champ libre à des fous du volant, ces chauffeurs de pappadap qui transportent des gens encore plus irresponsables qu’eux dont le seul souci est de rouler vite, d’arriver vite. 
Le service d’inspection des véhicules est encore dans les limbes, cinq ans après l’accident qui s’est produit dans les parages de la TNH. Il ne manque que le camion dévalant la pente. Les marchands, cela fait longtemps qu’ils ont repris leurs places. La liste de nos carences est si longue qu’il faudra du temps pour l’égrener. Les environnementalistes, les chercheurs nous diront que la mauvaise gestion de nos déchets contamine nos nappes phréatiques. Ils souligneront aussi que des métaux lourds sont trouvés dans l’eau de boisson, ici, à Port-au-Prince. On leur dira assez quand ils évoqueront la contamination de la baie de Port-au-Prince par des usines qui déversent des déchets chimiques dans des canaux qui vont à la mer. 
A chaque fois qu’un drame frappe à nos portes, quelques grandes gueules professionnelles passeront leurs nerfs sur les claviers des ordinateurs et des smartphones. C’est tellement plus facile de balancer des récriminations sur les réseaux sociaux. La mise en commun des compétences pour penser ensemble les vulnérabilités, réfléchir aux contributions collectives en appui à un État quasi inexistant ne s’opérera pas. Bondye bon. N’est-ce pas ?
Roberson Alphonse Editorial du Nouvelliste

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