9 mars 1807 – 9 mars 2016, 209 ans après, les œuvres d’Alexandre Pétion perdurent encore

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Tous ces coups bas, faux-fuyants, conciliabules d’arrière-cours et tractations de mauvais goût qui caractérisent les comportements et les actions des parlementaires de cette 50e législature ne tombent pas du ciel. Rien d’inédit. Ces actions résultent d’un apprentissage légué par un parlementarisme où les mauvaises manigances sont si répétitives qu’elles tendent à éclipser de la mémoire collective les bonnes œuvres de certains parlementaires comme, par exemple, celles du docteur Raymond Vilaire Cabèche de la 28e législature ou d’un Antenor Firm. L’arrivée d’Alexandre Pétion à la présidence de la république le 9 mars 1807 comme ancien sénateur du premier Parlement haïtien et ses réélections le 9 mars 1811 et 1815, en violation à l’article 68 de sa propre constitution de 1806, témoigne d’une tradition parlementaire où l’irrespect de son engagement et les violations des principes constitutionnels ont toujours été une constante.
Le premier Parlement haïtien, celui du 31 décembre 1806, né de la première fraude électorale organisée par Pétion et Gerin pour le compte de l’oligarchie des anciens libres, a laissé un héritage ô combien redoutable. Conçu en apparence dans une logique de séparation des pouvoirs, le premier Parlement monocaméral haïtien, avec des pouvoirs ahurissants que lui accordait la constitution de 1806, n’était en réalité qu’un instrument devant servir à l’oligarchie des anciens libres de paravent légal pour consolider ses intérêts de groupes menacés sous Dessalines. Ceci est tellement vrai que quand Pétion est devenu président, après le refus de Christophe d’acquiescer la mascarade électorale du 18 décembre 1806, ce parlement fort fut réduit à sa plus simple expression. Malgré les sévères remontrances du Sénat à Pétion, c’est ce dernier qui avait, grâce à sa ruse, toujours eu gain de cause. Pétion s’en foutait pas mal de la constitution de 1806 dont il fut l’un des artisans, comme preuve il organisait sa réélection à la présidence en 1811 avec un Sénat composé seulement de 5 membres alors qu’il lui fallait, selon l’article 68 de la constitution de 1806, les votes de la majorité pour être élu, soit 13 voix sur 24. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’adresse du Conseil Départemental du Sud qui exprimait son mécontentent en ses termes: « Vous le savez comme nous, depuis longtemps la Constitution de 1806 était brisée en pièces, le Senat était dissous ; les membres de ce corps étaient épars et sans fonction ; le Pouvoir législatif, le Pouvoir exécutif, le Pouvoir judiciaire étaient réunis dans les mains d’un seul homme ». Le Sud, désormais dans une tentative de rébellion, déclara « ayez un Sénat, si vous le voulez; un Président si vous le voulez ; mais que votre Sénat soit celui de l’Ouest, votre Président, le Président de l’Ouest» .
Débutées surtout avec la fraude électorale du 18 décembre 1806 pour se culminer à une présidence à vie de la république en 1815-1816, les actions de Pétion initient des pratiques politiques non moins malsaines qui caractérisent jusqu’aujourd’hui la façon de faire de nos parlementaires. L’empressement de Jocelerme Privert à signer avec PHTK un accord sous prétexte de trouver un dénouement à la crise postélectorale, mais qui en fait n’était qu’un expédient pour se porter à la présidence s’inscrit dans la dynamique des pratiques incestueuses léguées par le premier parlement haïtien. Son bras de fer avec le parlement qui avait permis, après d’impensables conciliabules, de devenir président provisoire ne fait que rappeler l’opposition entre le Senat et Alexandre Pétion, un ancien sénateur devenu président le 9 mars 1807.
Et Haïti dans tout cela ? 
Claude Joseph

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